American Sniper

  Réalisation : Clint Eastwood

  Sortie : 2015

  Genre : Film de guerre

  Durée : 134 minutes


 

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Sniper sur la ville

 

Le dernier Clint Eastwood Jersey Boys était passé totalement inaperçu, on peut dire qu’il s’est rattrapé avec American Sniper… Méga carton aux USA (il marche aussi très bien en France ), le film a attiré l’attention par le public qu’il a touché. En effet, comme pour La passion du Christ, c’est le Sud des Etats-Unis qui a surtout plébiscité le film, public plus conservateur et patriote en opposition à l’intelligentsia habituelle visée par Hollywood. Clint Eastwood étant un républicain affirmé et engagé (sa prestation de la chaise vide lors de la dernière campagne reste un summum de one-man show), et le film traitant d’un soldat américain connu pour avoir abattu un nombre records d’ennemis au Moyen-Orient, et les premières inquiétudes sur American Sniper apparaissent.

Le message d’un film doit-il être un motif de rejet de l’œuvre ? Voilà une question délicate… Peut-on dire d’un film qu’il est réac, conservateur, raciste, fasciste et pour cela tirer un trait dessus ? La personnalité d’Eastwood, son engagement, le public auquel il s’adresse, la situation géopolitique du monde doivent-ils rentrer en considération dans l’approche critique d’une œuvre ? Je suis désolé de vous décevoir mais je ne vais pas trancher ici cette question qui opposait déjà Proust et Sainte Beuve. Surtout qu’au final, le film n’est pas propice à ce genre de questionnement.

Un biopic classique

C’est le principal problème des biopics, ils sont rarement très subversifs dans le fond ou dans la forme. Même un film a priori aussi sulfureux qu’American Sniper n’échappe pas à cet écueil. On suit donc la vie de Chris Kyle, cow-boy looser reconvertit en soldat légendaire. Première scène in media res, retour en arrière, alternance vie familiale/scène de guerre, doutes et blessures du personnage, tout est attendu. Rien n’est véritablement choquant ni surprenant. Pas de quoi s’indigner outre mesure donc, ni de quoi s’enthousiasmer non plus.

Les troubles post-traumatiques des soldats ont déjà été traités de manière plus subtile dans d'autres oeuvres The Deer Hunter en tête, la guerre de manière plus générale dans plus d'une trentaine d’autres films (Apocalypse Now, Platoon, Zero Dark Thirty...). Ce sont des sujets dans lequel le cinéma américain a souvent excellé, et American Sniper n’apporte rien à ce qui a déjà été fait.

Heureusement Bradely Cooper est très bon. Avec quelques kilos de plus, il incarne un soldat imposant en force et en mutisme. Il n’en fait pas trop dans les scènes un peu faciles et propices au cabotinage. Les autres personnages sont, eux, anecdotiques, autre tare des biopics…

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Chris Kyle en plein combat

 

Duel au soleil

Qu’en est-il du rapport d’Eastwood à la guerre ? Il est vrai que le film s’articule autour de la vengeance qui justifie (presque) tout. Même si cela passe par le meutre d'enfants ou le sacrifice de victimes collatérales, il faut venger toute vie américaine perdu. Que ce soit l’attentat du 11 septembre explicitement désigné comme motivation du héros (et non de la guerre en général comme j’ai pu le lire dans certains articles), ou les camarades d’infanterie tués, chaque scène d’assaut est d'abord justifié par une logique de vengeance. La loi du Talion et de la justice punitive guide les militaires. Le symbole du Punisher, héros Marvel qui ne jure que par le meurtre de tout criminel depuis l’assassinat de sa famille est ainsi parfaitement choisi. Les militaires essayent de laver par le sang le péché originel commis par les islamistes qui s’en sont pris à leur pays. Tout cela est donc très explicite. De là à dire que Clint Eastwood justifie la guerre, il y a quand même un pas que je ne franchirai pas. D’abord parce que le film se contente de suivre des soldats et ne cherche pas un instant à aborder la problématique géopolitique de la guerre. Et il ne semble pas totalement erroné de penser que les soldats envoyés dans les pays du Moyen-Orient étaient pour beaucoup convaincus, à force de propagande, d’œuvrer pour le bien face aux Etats voyous. La réelle intention des politiques américains et de l’Etat-Major n’est pas du tout l’objet du film. De plus, Clint Eastwood n’oublie pas les incontournables scènes de deuil, de déchirure familiale, de gueules cassées pour nous rappeler que quand même la guerre c’est mal. Le film est patriotique, évidemment, et la séance diapo finale et dispensable est là pour nous en assurer. Qu’il soit fasciste, ou interventionniste j’en suis moins sûr. D’ailleurs si on veut parler de l’homme Clint Eastwood, il fait plutôt partie de la branche isolationniste des Républicains à la Ron Paul qui considère qu’il vaut mieux laisser les autres se démerder avec leurs problèmes.

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Le Punisher, personnage trouble de Marvel symbolise parfaitement l'ambiguïté des soldats confondant justice et vengeance

 

Ce qui est vraiment intéressant dans le film, c’est que très vite, la motivation de Chris Kyle s’éloigne d’enjeux idéologiques ou politiques pour se concentrer sur un duel de snipers. En effet, l’arme du héros est la seule véritable originalité du film et constitue un véritable défi pour Eastwood. Comment faire un film héroïque sur un sniper qui semble être l’arme la plus lâche possible. Posté sur les toits des villes, loin des combats, pour tirer à des centaines de mètres des personnes qui n’ont aucune idée de ce qui leur arrive, le sniper est loin de la figure courageuse du fantassin en première ligne. Pour parer à cette difficulté, le réalisateur utilise deux techniques. Chris Kyle, conscient de son manque d’héroïsme participera à quelques assauts pour ne pas priver le spectateur de véritables scènes de guerre modernes à la Zero Dark Thirty. Clint Eastwood sait se servir d'une caméra et nous entraîne sans souci dans les différents assauts américains par un montage hâché, les cris répondant aux coups de fusil dans un chaos parfaitement orchestré. Mais surtout il centre le récit sur un duel de snipers avec l’équivalent terroriste de Chris Kyle. La guerre devient alors une compétition à mort entre les deux hommes qui se retrouvent à chaque conflit. La bataille finale, un peu gâchée par un effet aussi moche que ringard qui prouve qu’Eastwood vieillit quand même, se résume à ce duel à distance digne d’un western. 

 

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 Qui a la plus grosse visée ?

Que retenir d'American Sniper ? Si le phénomène qu'il a engendré peut inquiéter en tant que symptôme d'une pression conservatrice aux Etats-Unis qui risque de refermer la parenthèse Obama (parenthèse toute relative, pour être honnnête), on ne peut pas dire que le film soit un outil de propagande raciste, pro-guerre et nauséabond. Clint Eastwood offre une copie assez propre sur la vie d'un soldat amércain, sans prendre de risque ni dans le fond, ni dans la forme. Les scènes de guerre sont réussies notamment dans l'opposition qu'il crée entre les deux snipers. Un film correct donc, peut-être son meilleur depuis Gran Torino (ce qui n'est pas très dur) mais très loin d'être à la hauteur des passions qu'il déchaîne.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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