Cemetery of Splendour

  Réalisation : Apichatpong Weerasethkul

  Sortie : 2015

  Genre : Drame

  Durée : 122 minutes

 

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Un rêve éveillé

 

Film après film, Apichatpong Weerasethakul construit un magnifique univers onirique et enchanteur. Après Oncle Boonmee qui a remporté la palme d’or, il revient avec un film moins fantastique. En apparence tout du moins…

 

Le beau au bois dormant

Nous suivons Jenjira, charmante dame ayant une jambe plus courte que l’autre,  bénévole dans une école hébergeant des soldats plongés dans un sommeil mystérieux. Elle s’attache particulièrement à l’un d’entre eux qui se réveille par intermittence pour partager quelques moments avec elle. Comme à son habitude, Apichatpong crée une bulle dans laquelle il entraîne progressivement le spectateur. La caméra est fixe (sauf quelques secondes à la fin du film)  et les plans sont à la fois très travaillés et d’une simplicité naturelle. Le cinéaste ne multiplie pas les effets tape-à-l'oeil mais montre régulièrement sa virtuosité. Ainsi, la salle où dorment les soldats finira par être éclairée par d'étranges lampes multicolores qui sortent la pièce de l'ordinaire et renforcent l'impression de mystère.  Le temps s’écoule tranquillement et nous laisse le loisir de contempler et de savourer l’ambiance unique du cinéaste. Tant de talent utilisé de manière aussi humble, comme cela fait du bien !

La protagoniste principale est immédiatement attachante. A la fois facétieuse et mélancolique, Jenjira laisse entrevoir ses doutes et ses angoisses de manière délicate et touchante. Ce beau soldat narcoleptique lui offre une parenthèse dans cette ville ennuyeuse, et une occasion de redécouvrir sa vie. Les dialogues du film sont très réussis; à la fois profonds et simples, les personnages savent aussi faire preuve de malice dans leur répartie.

Rak ti khon khaen cemetery of splendour still

Repos, soldats !

 

Songe d’un jour d’été

Si le fantastique semble beaucoup moins prononcé que dans Oncle Boonmee (vous ne verrez pas de poisson-chat pratiquer un cunnilingus), le spectateur n’est pourtant jamais sûr de ce qui se passe à l’écran. Le sommeil prolongé des soldats est une invitation au songe. Un médium permet d’ailleurs de créer un lien avec les invités de Morphée. Rapidement, on ne sait plus qui est réellement endormi, la réalité ressemblant à s’y méprendre à un rêve éveillé. Cette porosité entre le monde du sommeil et celui de l’éveil donne au film une atmosphère unique. Jamais aucun film n’a autant mérité l’épithète, pourtant galvaudé, d’onirique.

Apichatpong Weerasethakul utilise l’absurde à petites doses pour opérer ce léger décalage instillant le doute. Certaines scènes n’ont pas de sens, ou alors il nous échappe. On regarde, amusés, ces persones échanger leur place toutes les secondes sur des bancs en pierre, entre deux plans. Une scène du film retranscrit parfaitement cette ambivalence constante en superposant deux mondes dans un même lieu. Le rêve du médium et les souvenirs de Jenjira communicant entre eux sans jamais s’associer totalement. Le spectateur devient alors funambule sur le délicat fil séparant la raison de l’imaginaire et l’on n’a jamais envie d’en redescendre.

 

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La médium sert de pont entre Jenjira et son soldat dans uns scène sublime

Si les films contemplatifs qui prennent le temps de créer une ambiance particulière ne vous rebutent pas, foncez sur ce nouveau petit bijou d'un des plus grands réalisateurs en activité.

5 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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