Cop Car

  Réalisation : Jon Watts

  Sortie : 2015

  Genre : Thriller

  Durée : 88 minutes

 

Image1 affiche

You don't steal a fucking cop car

 

Présenté l’année dernière au Festival du Film de Sundance, le plus grand du genre consacré aux productions indépendantes aux Etats-Unis, Cop Car est l’œuvre d’un certain Jon Watts. Le pitch est on ne peut plus simple : deux enfants tombent sur une voiture de police abandonnée et décident de l’embarquer. Son propriétaire, le shérif local, cherche à récupérer le véhicule qu’il avait délaissé pour s’acquitter d’une tâche qu’on qualifiera de pas très légale. Pitch on ne plus basique donc, mais histoire simple vaut-elle péripéties pauvres ?

De quoi voir ce que Jon Watts a dans le ventre, et pourquoi il a convaincu Marvel Studios de lui confier la réalisation du prochain Spider-Man (outre le fait qu’un réalisateur peu expérimenté s’écrasera plus vraisemblablement plus facilement devant le cahier des charges rédigé par la maison des idées, bien sûr).

Car avant Cop Car, le jeune Jon Watts (34 ans) avait uniquement réalisé des courts-métrages, des épisodes de séries ou des téléfilms — à l’exception de Clown, film d’horreur sorti la même année, d’où un étonnement généralisé à l’annonce de sa nomination par Marvel à la tête du prochain reboot de Spider-Man.

 

Brigade des mineurs

Sans surprise, Cop Car conte bien l’aventure de deux enfants qui subtilisent une voiture de police, avec la recherche (le film n’est, mis à part vers sa conclusion, pas un film de poursuite) de ceux-ci par le shérif du coin en guise de fil rouge. Les personnages sont le parti pris de l’anonymat du scénario : les deux enfants (James Freedson-Jackson et Hays Wellford) ne sont nommés qu’une fois et dans des conditions anormales ; le shérif (Kevin Bacon) également, pratiquement en dehors de l’écran ; tandis que Shea Wingham (vu récemment dans Agent Carter) est crédité comme « Man ». On fait difficilement plus élémentaire. S’ils ont tous leur personnalité, l’insignifiance de leur identité et de leur histoire respective (on ne sait pas comment chacun arrive dans sa situation !) est un élément intéressant du scénario… qu’on trouvera original, astucieux ou futile, c’est selon.

Les arcs narratifs des enfants avides de défis d’un côté, et du shérif avide de… retrouver sa caisse, de l’autre, vont être suivis en parallèle jusqu’à ce qu’ils se rejoignent dans un procédé somme toute très classique. L’analogie est dressée entre le chasseur et les chassés, qui vont être amenés à communiquer par radio interposée : le shérif est en quête de vitesse par une course contre le temps alors que les enfants recherchent cette vitesse par pure soif de sensation forte. Les enjeux du film, dont la lecture des ingrédients donnent envie de le ranger dans la catégorie « suspense », tranchent évidemment avec ceux de nombre de films d’aujourd’hui (du moins les plus rentables) : Watts joue sur une courte échelle.

 

Pris entre deux feux

Si la réalisation de Jon Watts se démarque d’abord par son dynamisme, et ce en dépit du rythme global plutôt lent qui caractérise Cop Car, plusieurs tendances se dégagent de son style (tout du moins dans ce film). D’abord, une présence importante de plans d’ensemble, certains justifiés, comme lors des premières minutes pour montrer le vaste espace de liberté qui s’offre aux deux galopins ; mais la plupart du temps sans autre raison qu'un effet cosmétique.

 

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Indie Movie : le plan

Au-delà de cette manie, souvent présente chez les réalisateurs indépendants au demeurant, le film fourmille de bonnes idées de réalisation, comme lors de la découverte de la voiture par les deux têtes blondes qui se distingue par un jeu de caméras intelligent. De même, beaucoup de petits détails (accessoires, placements, utilisation du hors-champ) sont repérables et rendent service à la mise en scène, permettant de dépasser la banalité a priori du scénario.

 

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L’articulation entre ce dialogue et l’utilisation des portières est fascinante !

 

L’atmosphère musicale reste discrète même si les sonorités (c’est le terme juste pour ce qu’on entend) s’adaptent globalement bien à l’action. Là où Watts électrise en revanche le spectateur (cette blague me portera préjudice sur dix générations), c’est par sa direction d’acteurs. Que ce soient pour les enfants, Kevin Bacon ou les autres personnages, on ne ressent pas de jeu mécanique mais bien une place laissée à la créativité des interprètes libres de jouer avec le script — le shérif Bacon volant une voiture façon MacGyver, c’est immanquable. Excellente prestation de Kevin Bacon d’ailleurs en shérif pas net et nerveux, tantôt débrouillard, tantôt menaçant.

 

Very Bad Cop ?

En définitive et malgré les apparences, Cop Car n’est ni un film de poursuite ni d’aventure et maintient le spectateur en haleine grâce au suspense (notamment lors de son troisième acte avec un climax efficace). Court, le film pêche toutefois du fait de quelques cop-outs bien pratiques : les routes sont plus vides les unes que les autres ; les enfants passent quasiment leur permis de conduire en 20 minutes et portent des armes à feu sans difficulté... Le côté insouciant de la jeunesse est poussé à son extrême. Mais la configuration presque intimiste du film n’excuse pas tout et ce genre de détails brise une cohérence par ailleurs maintenue de bout en bout.

 

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Les jeunes d’aujourd’hui, j’vous jure…

 

On n’atteint pas des sommets avec Cop Car, mais on passe un bon moment devant une œuvre sans prétention. Sans prétention, mais pas sans promesses de la part du jeune réalisateur Jon Watts qu’on a hâte de voir à l’œuvre avec plus de moyens et d’ambitions (mais avec moins de libertés ?).

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Armand Folton 

Haut comme un kokiri, je compense par une grande mauvaise foi.

Je joue à des vieux jeux mais je ne suis pas vieux jeu.

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