Dheepan

  Réalisation : Jacques Audiard

  Sortie : 2015

  Genre : Drame

  Durée : 109 minutes

 

Dheepan

Le Kärcher Tamoul

Jacques Audiard est certainement l’un des cinéastes français les plus intéressants du moment. Capable de s’attirer les louanges des critiques de presse mais aussi un succès public grandissant, le voilà palmé pour Dheepan. Cette récompense n’est pas une surprise en soi, tant son parcours de film en film tendait vers cette apothéose.

 

Une famille en toc

Le film suit l’arrivée en France de trois Sri-lankais fuyant la guerre. Pour franchir les frontières, ces trois personnes qui ne se connaissaient pas ont dû prétendre former une famille (les deux parents et la fille de 8 ans). Les voilà donc parachutés au cœur de la banlieue parisienne, forcés par le destin à vivre ensemble. C’est une très bonne idée que de se pencher sur le fonctionnement de cette fausse famille. Audiard réussit, sans trop en faire, à montrer la construction de réflexes familiaux entre les trois personnages. La gêne est palpable et engendre parfois des conflits. Toutefois, unis dans un environnement hostile, ces immigrés commencent progressivement à créer des liens. Le spectateur ne peut qu’être de leur côté. Les acteurs rendent les personnages vraiment attachants et on a envie de voir cette petite famille trouver le bonheur ensemble.

C’est vraiment la partie la plus intéressante du film. Le jeu de regard, les mouvements des personnages au sein d’un appartement qui force à la proximité, les dialogues et les sous-entendus construisent cette ambiguïté. Ces trois personnes ne savent plus si elles jouent la comédie ou si elles ont fini par former une famille.  En effet, pour reprendre Sartre, nous ne sommes que ce que nous faisons. A force de prétendre être une famille, ne le devient-on pas ?

 

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Ne sont-ils pas trop mignons ?

Paris brûle-t-il ?

Malheureusement, le film ne se concentre pas sur cette question. La dernière heure construit un affrontement entre notre brave famille et la racaille de banlieue. Le film se prend alors les pieds dans le tapis. En effet, pour rendre la tension crédible, Audiard est obligé de forcer le trait et fait des banlieusards une tribu de sauvages forçant notre héros à intervenir. Certains (Les Inrocks notamment) ont condamné poltiquement ce film en pointant du doigt la distinction opérée entre les "bons immigrés" et les autres. Je n'irai pas jusque là, mais il est vrai que le film est bien trop maladroit pour le sujet qu'il veut traiter. La situation difficile des banlieues françaises sert juste de prétexte pour dynamiser le film. Ce manque criant de subtilité est dommageable.

On sait qu’Audiard aime les films musclés, avec de la bagarre bien virile. Cela ne prend malheureusement pas ici, et la toute fin, sans rien dévoiler, est un peu ridicule et tombe comme un cheveu dans la soupe. Si la référence à Taxi Driver est évidente, Deephan ne lui arrive pas à la hauteur et gâche le potentiel de son histoire. L’ultime séquence, prologue nous expliquant le destin des protagonistes de manière aussi subtile qu’un épisode de "Joséphine, Ange gardien" ou de "L'instit", laisse le spectateur perplexe.  Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que cette fin soit aussi bâclée ? Le festival de Cannes a-t-il joué dans le timing du film ou est-ce qu'Audiard n'a pas su comment sortir du conflit qu'il a voulu créer à tout prix ? Mystère.

 

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L'opposition entre les deux univers plombe le film

 

La palme a donc sûrement été decernée au film le moins réussi de Jacques Audiard. Malgré une première partie très interessante, et des acteurs à la hauteur, le scénario s'empêtre dans un conflit sans intérêt qui oblige le réalisateur à se contenter de stéréotypes écrits à la va-vite. Le film n'est pas complètement raté, mais il est très décevant. Peut-être que maintenant qu'il a obtenu la récompense suprême, Audiard aura plus de liberté pour nous surprendre à nouveau.

3 1 

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA auss

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