Foxcatcher

 

  Réalisation : Bennett Miller

  Sortie : Janvier 2014

  Genre : Drame

  Durée : 134 minutes

 

   


 

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Invitation au domaine de la lutte

 

Sélectionné à Cannes, sorti sur nos écrans 6 mois plus tard, Foxcatcher a su s’attirer des critiques plutôt élogieuses, notamment pour le rôle inattendu de Steve Carell. Celui-ci incarne en effet John E Dupont, milliardaire décidant de prendre sous son aile une équipe de lutte. Ce film s’inspire d’une histoire vraie dont je n’avais jamais entendu parler avant d’entrer dans la salle de cinéma. Ayant vu et peu apprécié le pourtant acclamé Le Stratège du même réalisateur, Bennett Miller, je m’attendais à une nouvelle histoire typiquement américaine de looser reconverti en héros du sport à force de courage et d’abnégation. Je me suis complétement trompé…

 

Un film de genre ?

Les premières minutes m’ont pourtant conforté dans mon préjugé. On fait la connaissance de Mark Schultz, champion olympique de lutte un peu looser, vivant dans l’ombre de son frère qui l’entraîne et lui donne de précieux conseils. C’est en faisant la connaissance de John E. du Pont que Mark voit l’opportunité de prendre son envol aux côtés de ce père de substitution. Les scènes habituelles de ce cinéma de genre sont là : entraînements, échecs, déception, victoire… La lutte, sport extrêmement pénible à regarder à la télévision devient presque une danse quand on assiste à la répétition laborieuse des mêmes gestes par les sportifs. Mais, très rapidement, on sent que le film se détourne de ce sujet un peu trop facile. La caméra s’attarde sur d’autres moments bien plus étranges. Le personnage de John E. Dupont devient de plus en plus énigmatique. L’atmosphère s’alourdit dans l’immense domaine où tous les personnages sont réunis. La photographie du film est d’ailleurs particulièrement réussie. Les couleurs désaturées donnent aux scènes une tonalité particulière. Au lieu d’être un instant de solidarité sportive vers une victoire assurée, la période d’entraînement devient vite un moment de tristesse et de frustration. Les personnages semblent tourner en rond sans réussir à se tourner vers les prochains enjeux sportifs. Le sport passe ainsi au second plan et ce sont les relations entre les personnages qui intéressent réellement Bennett Miller. Les acteurs sont heureusement très bons, puisque qu’une grande partie de la réussite du film repose sur leurs performances. Tout le monde a déjà parlé de la métamorphose de Carell, retenons aussi le jeu parfait de Mark Ruffalo, et Channing Tatum excellent en demeuré mutique. 

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Deux personnages énigmatiques

 

Montrer sans expliquer

Le jeu des acteurs est en effet particulièrement remarquable car tout se joue dans le non-dit. Comme tout grand film Foxcatcher ne montre pas ce qu’il faut voir, il laisse le spectateur progressivement sentir que quelque chose ne va pas, sans expliciter les réelles raisons de ce malaise. On ne saura d’ailleurs jamais ce que pensent réellement les trois protagonistes principaux. Enfermés dans un jeu de manipulation et de frustrations, le temps s’écoule sans que personne n’exprime ce qu’il a sur le cœur. Mark, coincé entre son frère qui l’a élevé et son nouveau mentor, ne trouve pas d’autre solution que de se replier sur lui-même. Bennet Miller réussit ainsi l’exploit de faire évoluer la situation sans utiliser d’artifices narratifs Les moments-clefs d’un film de sport comme la compétition finale sont évacués. Ne reste que la rancœur et la faiblesse de ce trio voué à la déchirure. 

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La relation entre les frères est l'un des moteurs du film

Bennet Miller relève un défi magistral en s’attaquant à ce fait divers. Dans son deuxième film sportif consécutif, si la lutte est au premier plan ce n’est pas en tant que sport mais dans la relation entre les personnages qu’elle est la plus poignante. Sans chercher à expliquer ce qui se passe, Bennet Miller réussit un film dense et inattendu.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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