Imitation Game

  Réalisation : Morten Tyldum

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 114 minutes

 

 


 

The imitation game a p

 

Homme ou machine (à Oscars) ? 

 

Après Foxcatcher, adapté d’un fait divers, nous continuons notre revue des films nommés aux Oscars avec Imitation Game, lui aussi tiré d’une histoire vraie, celle d’Alan Turing mathématicien de génie qui a joué un rôle décisif pendant la seconde guerre mondiale. Les biopics me font toujours peur car les réalisateurs se prennent souvent les pieds dans le tapis de l’académisme et de la retranscription plate. Une nomination aux Oscars renforce ce préjugé puisqu’on y célèbre très rarement les films novateurs et bousculant un peu les codes. Morten Tyldum va-t-il réussir à éviter ces redoutables écueils ?

 

Un film programmé

 

Malheureusement on comprend assez vite que le film ne sortira jamais des sentiers battus. La réalisation est très plate et sert juste à faire défiler l’histoire. Les dialogues sont convenus ainsi que les personnages secondaires. Le cas du personnage joué par Keira Knightley est frappant. Introduite par un cliché devenu insupportable et censé défendre la condition des femmes (le quiproquo de la femme de génie prise pour une secrétaire), elle passera tout le film à remplir son rôle de faire-valoir sentimental d’Alan Turing, alors que son intellect brillant (voire supérieur à Turing comme l’annonçait pourtant le début du film) est totalement évacué. Tout est construit pour faire ressortir la figure d’Alan Turing, génie incompris, incapable de socialiser et seul capable de décrypter le code des Allemands.

07874469 photo imitation game

La comparaison entre Turing et sa machine structure le film

L’intrigue aussi pâtit de canevas pré-défini. Toutes les scènes auxquelles on s’attend sont là. Le réalisateur semble même avoir appuyé sur la touche "pilote automatique" par moments pour laisser le récit se dérouler sans heurts. Forcément, ce traitement de l’histoire nous sort un peu de ce qui se passe à l’écran et nous empêche de réellement se prendre aux jeux de trahisons et de mystères qui entoure la machine. On sait très bien ce qui va se passer (même sans rien connaître du fait réel), ce  qui tue une partie de l’intérêt du film. Dans un film aussi lisse et acadamique, il est rare de voir des effets totalement ratés. Les scènes de reconstitution de guerre sont alors d'autant plus choquantes par leur laideur et leur inutilité. On ne comprend vraiment pas comment elles ont pu passé le filtre du montage. Ells sont heureusement très courtes.

 

Mais qui arrive à toucher quand même

Et pourtant le film est plutôt plaisant à regarder. Cela est avant tout dû à l’histoire réelle qui est quand même extraordinaire. Ce savant de génie, incapable de s’ouvrir aux autres, plongé dans les coulisses de la WWII à travers une course contre la montre pour décrypter des messages codés, c’est un matériel à scénario assez incroyable. Même en ne faisant que raconter cette histoire, le cinéaste ne pouvait pas livrer un film totalement ennuyeux. On peut regretter cependant que le film n’essaye pas une seconde de nous faire comprendre les mécanismes de la machine sur laquelle travaille Turing. La personnalité complexe d'Alan Turing est, quant à elle, assez bien traitée. Même si le rapport du scientifique avec sa sexualité est analysé à travers un procédé assez maladroit de récit imbriqué, cette partie du film devient poignante dans le final et réussit donc à nous émouvoir malgré tout. Le casting est aussi évidemment réussi. Pas la peine de vous rappeler qui est Benedict Cumberbatch, nouveau chouchou du public (notamment féminin). Il incarne parfaitement le scientifique anglais tout en maladresse touchante et en méchanceté cynique. Son jeu réussit à donner un peu d’humanité à un film qui en manquait un peu.

The imitation game 1La bande de bras cassés admirant Turing faire tout le boulot 

Il faudrait faire passer au film le test de Turing : série de questions qui permet de déterminer si un individu est un robot ou pas (quoi ? Vous n'avez pas vu Blade Runner ?). Le film calibré pour les Oscars semble en effet dénué de véritable personnalité, machine académique remplissant son rôle. Cependant, grâce à Cumberbatch et grâce à une histoire véritablement touchante, il est bien possible que le film passe le test de justesse et laisse percevoir une identité.

2 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

2 votes. Moyenne 2.50 sur 5.