It Follows

  Réalisation : David Robert Mitchell

  Sortie : 2015

  Genre : Horreur

  Durée : 107 minutes

 

 


 

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Marche ou crève

 

Petite sensation au dernier festival de Cannes, It Follows est sorti sur nos écrans précédé d’une réputation de film d’horreur terrifiant. C’est donc en prenant mon courage légendaire à deux mains que je suis allé le voir. Qu’est-ce que je ne ferais pas pour vous ? 

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Mais regarde derrière-toi, bon sang !

 

Une idée de génie

Je ne suis pas un grand amateur de films d’horreur (JawsMassacre à la tronçonneuse et Tintin et les sept boules de cristal sont mes références principales) et pourtant j’ai déjà l’impression d’avoir vu mille fois le même. C’est donc toujours agréable de voir un genre se réinventer notamment autour d’une idée originale. C’est le cas de It Follows dont l’idée centrale est tout simplement brillante.  Le monstre du film est une sorte de zombie qui suit une seule personne jusqu’à l’avoir tuée. Cette malédiction se transmet par un rapport sexuel, il suffit donc de coucher avec quelqu’un pour se débarrasser de la malédiction. Sauf que si le monstre réussit à tuer sa proie, il retourne sur sa cible précédente et ainsi de suite. Autre particularité, le monstre ne court jamais, il ne fait que marcher mais peut changer d’apparence à son gré et donc prendre la forme d’amis ou d’étrangers. Le concept est astucieusement présenté dès le début du film pour qu’on ne s’embarrasse pas avec la phase d’apprentissage. Le film se concentre donc sur un groupe d’amis essayant de vaincre cette horreur.

Il faut avouer que ça marche parfaitement. Le monstre est à la fois lent, ce qui laisse le temps de moments de répits dans le film mais aussi inéluctable et l’on sait qu’il finira bien par revenir à un moment ou à un autre. Le stress qui plane sur les personnages nous est donc immédiatement transmis et on se met dans la peau du personnage atteint jusqu'à se demander ce que l'on ferait à sa place. Faut-il essayer de coucher avec la première personne venue au risque de ne pas savoir quand cette personne se fera tuer et vivre dans l’incertitude ou se savoir suivie et essayer d’échapper au monstre en sachant qu’il faut surveiller ses arrières ? 

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DERRIERE-TOI ON TE DIT !!!

Il est de bon ton d'analyser un film d'horreur à travers le reflet de la société qu'il renvoie. Etonnamment, ce genre souvent décrié pour sa futilité est sûrement celui le plus commenté politiquement et sociologiquement. Ici, c'est la transmission de la malédiction par le sexe qui peut servir de sous-texte au film. Témoignage d'une époque où le sexe n'est plus un plaisir insouciant mais vecteur de terribles maladies ? Sûrement. Mais il faut avouer que ce n'est pas la grande force du film qui ne va pas très loin dans cette analogie. La dernière scène assez pessimiste livre, paradoxalement peut-être, un message à la fois d'espoir sur ce qu'il faut pour vaincre la maladie... Mais je ne peux pas en dire plus. 

 

Une mise en scène brillante

Les bonnes idées ne font pas toujours les bons films. Heureusement David Robert Mitchell impressionne par son sens de la mise en scène. Toutes les scènes sont très bien pensées. Plusieurs fois la caméra, tourne autour des lieux à 360° pour nous montre rapidement l’ensemble du paysage mais aussi toutes les personnes présentes. Evidemment de temps à autre, on distingue pendant trois secondes la ligne droite du zombie se dirigeant vers sa proie, ou est-ce juste un passant ? Ce dispositif technique sert parfaitement le concept du film et oblige le spectateur a scruter les arrières-plans de chaque scène et à admirer le brio avec lequel le réalisateur joue de nos attentes. 

On devient donc rapidement paranoïaque et en permanence sur les nerfs. Le film ne cherche même pas à nous faire sursauter toutes les minutes avec un montage à la hache. La plupart des rares "jumpscares"  n’ont d’ailleurs rien à voir avec le monstre. C’est un climat et une ambiance d’oppression et d’impuissance qui nous prend pendant tout le film. C’est aussi agréable de voir des héros plutôt intelligents dans l’ensemble qui essayent vraiment de trouver une solution au lieu de se séparer dans un manoir hanté pour avoir plus de chances de se faire massacrer.

Petit bémol, une scène du film nous montrant la créature finalement en action est assez ratée car à la fois trop explicite et plutôt moche. Cela prouve que la force du film réside justement dans ce qui est suggéré et construit progressivement et non dans le résultat final. 

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 Ah bah voilà, MERCI !

Pour son deuxième film David Robert Mitchell impressionne par sa maîtrise. Une idée originale servie par une mise en scène parfaitement huilée, voilà un film qu’on ne peut que vous conseiller. 

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

 

Contre-critique

 

Un passage à l’acte raté

« Les bonnes idées ne font pas toujours les bons films », écrit mon camarade critique. En ce sens, je ne peux qu’approuver. Tout simplement parce que le concept d’It Follows est brillant. Brillant par ce qu’il permet (une interminable course poursuite au ralenti), comme par ce qu’il entend (les rapports sexuels laissent en nous une marque indélébile, nous révèlent le monde).

Mais il en est pour le film comme pour son histoire : le problème vient du passage à l’acte. Car, finalement, It Follows ne dépasse guère le teen movie prévisible. Comme si le réflexe du moindre adolescent américain en danger était de se réfugier dans des lieux sombres et abandonnés.

Il ne faut pas non plus mentionner les scènes d’action. Tout le film étant porté par la menace certaine d’être rattrapé par « la chose », les retrouvailles se devaient être réussies. Pourtant, là encore, c’est la déception. Les deux scènes principales tournent au grotesque et ne génèrent que les rires de la salle, comme d’ailleurs les rares tentatives d’approfondir la psychologie des personnages. « Laisse-moi t’aider », supplie le soupirant empli de désir.

Seule les décors et la mise en scène semblent sauver ce merveilleux concept. Mais on est plutôt dans le déjà-vu que dans l’inspiration. Detroit est devenu le paradis des réalisateurs en quête de lieux abandonnés (qui l’a mieux montré que Jim Jarmusch dans Only Lovers Left Alive ?), et les lumières tamisées rappellent fortement M. Night Shyamalan. Bref, tout cela est bien dommage.

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Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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