Knight of Cups

  Réalisation : Terrence Malick

  Sortie : 2015

  Genre : Drame

  Durée : 118 minutes

                                                                                


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La coupe jusqu'à la lie

 

Terrence Malick. Un nom à part dans le cinéma. Après avoir sorti quatre films en 40 ans, il a accéléré son rythme depuis Tree of Life. Knight of Cups s’inscrit dans la lignée de ses derniers films, dans lesquels le narration céde le pas à la poésie. Réussit-il nénanmoins à se renouveller dans son style ?

 

L'universalité malickienne mise à l'épreuve

Malick continue d’employer son procédé désormais habituel. Des voix-off se posant des questions existentielles, un montage de courtes séquences sans réel lien narratif, des personnages un peu perdus dont on ne sait pas grand-chose pour servir une réflexion qui se veut métaphysique sur l’absurdité de nos existences.

Malheureusement ici, le choix du protagoniste principal fait perdre un peu de force à l’ensemble. Raconté crûment, on suit la quête de sens d’un riche scénariste hollywoodien qui couche avec les plus belles femmes de la planète. On se croirait presque dans du Sofia Coppola bien filmé. Difficile donc de s’attacher à ce personnage joué par Christian Bale. Evidemment, l’argent ne fait pas le bonheur et il est légitime de s’interroger sur les affres des classes sociales aisées mais désœuvrées. Mais ce questionnement ne peut échapper à un regard critique sur ce cinéma « bourgeois » qui tente de nous mettre en empathie avec cette figure déjà vue de nombreuses fois de l’artiste en panne d’inspiration qui se lamente sur son sort dans des palaces somptueux.

Ce constat est d’autant plus frappant que Malick vise une universalité radicale dans ses derniers films. C’est l’humanité tout entière qui est conviée à réfléchir sur la vie, la mort, l’amour. Utiliser ce scénariste hollywoodien était peut-être maladroit dans une telle optique. A cela s'ajoute une légère mysoginie qui transparaît dans le film. Les femmes ne sont que des étapes dans la vie de Rick, des prétextes à de jolis plans de corps nus et disparaîssent dès qu'elles ne sont plus intéressantes. On aurait aimé un traitement plus audacieux de son rapport aux femmes et des personnages plus consistants.

 

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Les personnages sont assez pénibles

 

Un regard unique

Et pourtant, même avec une base aussi peu solide, Terrence Malick arrive à nous impressionner. Déjà, parce qu’il n’y a que lui qui peut se permettre de prendre autant de risques avec tant d’acteurs mainstream d’Hollywood. Mais surtout parce qu’il est incroyablement talentueux. Sa façon de filmer retranscrit parfaitement l’angoisse de personnages. La caméra n’est jamais totalement stable, le regard ne sait jamais où se poser. Les personnages sont souvent filmés de près et semblent prisonniers du cadre, les rares plans larges étant réservés aux paysages magnifiques et aux vues de Los Angeles. Le montage déconstruit totalement la narration et nous laisse flotter de moment en moment accompagnant les déambulations de Christian Bale.

Celui-ci ne livre pas sa performance la plus compliquée puisqu’il doit se contenter de paraître hargard et passif face aux événements. Il ne parle presque pas (sauf en voix-off) et ce sont souvent les personnes qui l’entourent qui participent à de faux-dialogues. Ce dispositif renforce l’impuissance de Rick qui semble en permanence désemparé, dans les moments heureux comme dans les périodes difficiles. Le spectateur est à la fois invité à partager ce que ressent Rick mais aussi à l’observer sans pouvoir le comprendre totalement. La succession de plans rapides permet cette ambiguïté ; on ne sait plus quel regard se cache derrière la caméra et on se contente de se laisser emporter par la poésie de Malick.

 

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L'eau reste un élément majeur pour Malick

 

Le cinéma que Malick nous propose depuis Tree of Life atteint vraiment sa limite ici. Si sa maîtrise est toujours impressionnant, le sentiment de déjà-vu et de futilité n'a jamais été aussi fort. On se laisse cependant emporter par la génie de Malick mais il faudra qu'il se renouvelle pour que la magie opère à nouveau. Peut-être en prenant plus de temps...

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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