L'ombre des femmes

  Réalisé par Philippe Garrel

  Sorti le 3 juin 2015

  Genre : Drame

  Durée : 73 minutes

 

 

La beauté et l'ennui

Philippe Garrel sait parler à la critique. Présenté en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, l’Ombre des Femmes a reçu un accueil laudateur de l’élite française du grand écran. Compliments mérités ou aveuglement de la critique ?

 

Triangles amoureux

Il n’y a guère d’originalité dans le scénario de l’Ombre des Femmes. Philippe Garrel nous ramène en effet aux bases du triangle amoureux. Pierre et Manon sont un couple pauvre, unis par les documentaires qu’il réalise et qu’elle aide à préparer. Mais alors que Manon paraît ne vivre qu’au travers de son mari, la réciproque ne s’applique guère et Pierre n’hésite pas, lorsqu’il croise la jeune Elisabeth, à en faire sa maîtresse.

L'embobineur

C’est par la découverte de cette dernière qu’il apprend que sa femme a, elle aussi, pris un amant, ce qu’il ne tolère. Lorsqu’il réclame de celle-ci qu’elle mette fin à cette liaison, il ne semble toujours pas prêt à lui offrir la réciproque. L’Ombre des Femmes est l’histoire de leur vie, de leur amour et du quotidien des sentiments.

 

La beauté du dénuement

Disons-le sans ambages, Philippe Garrel livre ici un film magnifique en noir et blanc. Privé de couleurs, le film est aussi dénué du jeu de ces acteurs, à tel point qu’on ne sait si Stanislas Merhar, dans le rôle de Pierre, est un génie ou un imposteur. Ce dénuement se prolonge dans les décors : la pauvreté des deux protagonistes justifie certes ce dénuement, mais Philippe Garrel réussit l’exploit de filmer un Paris aussi vide que le regard de son acteur principal.

L'acteur principal en question

Ce dénuement se poursuit jusque dans la narration. Film très court, l’Ombre des Femmes se permet même d’utiliser un narrateur (le fiston Louis Garrel, insupportable voix de jeune premier parisien) pour décrire les sentiments trop complexes à montrer. Ces ellipses narratives semblent avoir fait l’originalité du film et le bonheur de la critique, mais sans renier la première caractéristique, elles semblent surtout compenser l’inexpressivité des acteurs (à l’exception de Clotilde Courau qui manie un grand registre d’émotions avec une facilité déconcertante).

 

Fine frontière entre le dénuement et l’ennui

Alors que la critique semble unanime pour porter aux nues la représentation cinématographique des sentiments amoureux, votre serviteur doit au contraire déplorer la banalité convenue de ces sentiments et l’ennuyeuse normalité de la vie de Pierre, Manon et Elisabeth. Ce qui est assez triste lorsque Jean-Claude Carrière participe au scénario. Alors que reste-t-il ?

Il est pas beau ce noir et blanc ?

Il reste que Philippe Garrel est un grand réalisateur et que son directeur de la photographie (Renato Berra) manie parfaitement l’inscription de la lumière sur une pellicule noir et blanc 35 mm. Il reste que les acteurs en ressortent embellis, que Paris paraît romantique même en 2015. Il reste la certitude que le cinéma ne fait pas que raconter, il montre, et que Philippe Garrel sait montrer.

 

3 1

 

Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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