Listen-up Philip

  Réalisation : Alex Ross Perry

  Sortie : 21 janvier 2015

  Genre : Comédie dramatique

  Durée : 108 minutes

 

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Gloire et conséquences de l’égoïsme forcené

 

La méchanceté comme revanche

Philip n’écoute rien, ni personne. C’est une habitude qu’il a prise pour se protéger de tous ceux qui ont voulu le décourager de se lancer dans la difficile carrière d’écrivain. Alors quand le succès critique couronne enfin son travail, Philip se voit confirmer qu’il n’a vraiment besoin de rien, ni personne. Il décide donc de régler ses comptes avec son entourage, encouragé en cela par Ike Zimmermann, ancien auteur et nouveau mentor qui voit dans la jeune plume une raison de justifier son propre égocentrisme et une bonne occasion de sortir de la solitude dans laquelle son comportement l’a enfermé.

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 Après. Avant.

C’est en effet là la pierre d’achoppement de ce mode de vie égocentrique. Dans la délectation qu’il ressent à se venger de la vie, Philip va petit à petit se couper du monde : ses amis d’abord, qui ne l’ont pas assez soutenu, son éditeur ensuite, qui lui demande de promouvoir son livre, sa copine enfin, par simple lassitude.

 

L’attachement comme aliénation

Listen Up Philip est avant tout un film de dialogue, une nouvelle déclinaison de ce genre porté avec génie par Woody Allen. L’action est en effet peu importante dans le film, les grandes étapes de la vie de Philip sont expédiées par de longues tirades du narrateur pour laisser plus de place aux dialogues et à l’étude psycho-sociale du personnage qu’ils constituent.

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 « - On regarde dans la même direction.

-          Non, je te tourne juste le dos. » 

La différence majeure entre les films de Woody Allen et celui-ci intervient dans la psychologie du personnage : là où Allen s’est fait un métier de parodier les conséquences nerveuses d’une frénésie sociale d’apparence intrinsèquement liée au milieu universitaire newyorkais, le film de Perry place au centre de son intrigue deux universitaires qui vivent l’effervescence de la ville comme une dangereuse distraction et tout attachement comme une aliénation.

 

La superficialité d’un film de dialogues

En confiant à ce narrateur loquace le soin d’assurer la cohérence du film, Perry fait le choix de donner une place démesurée l’écriture et à la restitution des dialogues. Les deux tâches sont assez magistralement exécutées : Schwartzman, haïssable avec ses cheveux de jais et sa barbe de trois jours, Moss, surprenante en blonde platine, et Pryce donnent une vraie dynamique à un texte très écrit.

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 « Je préfère vieillir avec mon chat. »

Le film pêche cependant sur la longueur et son incapacité à creuser le besoin d’amour que ressentent les deux hommes. Les relations de Philip avec les femmes semblent bâclées dès lors qu’elles ne débouchent pas sur une vacherie du héros, et on aimerait en savoir plus sur le passé de Ike. Il en ressort une impression proche de celle-ci qu’on peut ressentir après certains films de Woody Allen : une certaine superficialité que ne peut masquer le plaisir qu’on prend à suivre l’histoire. 

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Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

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