Réalité

  Réalisation : Quentin Dupieux

  Sortie : 18 février 2015

  Genre : Inclassable

  Durée : 87 minutes

 

 

077619

Dupieux à la puissance Dupieux

 

A la sortie d’un film de Quentin Dupieux, la première chose à faire, c’est observer le public. Si l’on part du principe que les déçus des précédents films de Mr. Oizo (son pseudo quand il compose de l’électro) ne font pas deux fois la même erreur, il y reste deux catégories de spectateurs : ceux qui savaient, et les autres. Ceux qui savaient sont généralement des amateurs, comme votre serviteur, voire des admirateurs de l’œuvre de Dupieux ; ils attendent chaque année avec impatience la nouvelle livraison de ce taré de la bobine, puis s’en délectent avec le même plaisir de ses absurdités. Les autres, eux, ne savaient pas. Quelle joie alors de lire la perplexité, l’incompréhension dans le regard de ces néophytes !

 

B7zdjdcceaa0chg

 « Hors cadre »

Le cri parfait

En effet, les films de Dupieux, ce n’est rien de le dire, déboussolent. Dans le dernier opus, Alain Chabat, alias Jason Tantra, est un petit cadreur de la télé qui vient vendre son idée de film au producteur Jonathan Lambert (Bob Marshall). Le film se fera à une condition, que Tantra trouve le cri parfait, celui qui montrera la souffrance de l’humanité face à la rébellion des télévisions. Autour de cette intrigue, se greffent et se croisent plusieurs personnages : la petite Reality qui veut absolument voir cette cassette vidéo tombée des entrailles d’un sanglier, le directeur de son école, travesti à ses heures, la psychanalyste de ce dernier, épouse de Tantra et le mystérieux Zorg, documentariste en cours de tournage.

 

Vertigineuses mises en abyme

La touche Dupieux apparaît en deux temps. La première moitié du film, à l’intrigue déjà bien absurde, pose les galons de l’histoire. On rit et les fans ne pourront s’empêcher de remarquer les nombreuses références que Dupieux fait à ses films passés : le travestissement, les objets tueurs par les ondes (et encore je n’ai pas vu Steak).

Article rubber

 Oops. That’s wrong. It’s from Rubber. (Jeu de mot aux frais de la crédibilité de l’auteur)

La diabolique mécanique du surréalisme s’enclenche dans la seconde moitié quand on commence à s’apercevoir que la temporalité du film n’est pas linéaire. Les nombreux rêves des personnages se confondent avec la réalité, magnifiquement aidés par l’utilisation de la musique obsédante de Philip Glass. Leurs pérégrinations semblent les ramener au point de départ. Les jeux incessants de mise en abyme (il y a là de quoi mener une étude approfondie sur l’articulation chronologiques des différentes scènes) les poussent même au dédoublement.

Génie ou escroc ?

Alors, oui, nombreux sont perdus et lassés par les amusements de Dupieux. Et, oui, on regrettera le jeu d’acteur limité de Chabat et Lambert. Mais derrière cela demeure une parfaite maîtrise de la narration et surtout une réflexion permanente sur l’œuvre : le film en tant qu’objet, sa carrière de réalisation, ses acteurs et ses personnages. En cela, Réalité est sans doute un très bon Dupieux et un très bon film surréaliste.

 

4

 

Hugo Argenton

En attendant d'aller faire l'ermite dans les Highlands ou le Bayou, avec l'oeuvre intégrale de Tolkien pour seule compagnie, je hante les salles du nord-ouest parisien et dévore séries politiques et romans.

On a la vie qu'on peut.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !