Star Wars VII : Le réveil de la force

Réalisation : J. J. Abrams

Sortie : 16 décembre 2015

Genre : Space opera

Durée : 135 minutes

                                                                                              

 


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Un tour de force ?

 

ÉPISODE VII : LE RÉVEIL DE LA FORCE

La COMMUNAUTÉ GALACTIQUE est en pleine ébullition. Des milliers de fans ont annoncé leur intention de renier la franchise. La communauté croule sous les attaques des impitoyables PREQUELS. Il y a des héros dans les deux camps. Le Mal est partout.

Pour régler la question, la cupide WALT DISNEY COMPANY et ses redoutables vaisseaux de guerre imposent une suite à la SAGA.

La WALT DISNEY COMPANY charge en secret un chevalier jedi, J. J. ABRAMS, hanté par l’idée de retrouver l’essence de la SAGA, de résoudre le conflit…

 

Ah bon, il y a un nouveau Star Wars ? A moins d’avoir vécu sur Hoth ces derniers mois, difficile d’avoir échappé au maelström promotionnel et à la montée de hype qui ont entouré la sortie du Réveil de la Force, surtout en cette période de Noël. On en a bouffé du Star Wars, et on va continuer de se gaver avec l’amorce d’une nouvelle trilogie et de spin-offs — la stratégie de Disney consistant à sortir un film Star Wars par an. 

George Lucas, instigateur de la saga, s’était noyé dans son bac à sable créatif (il faut bien dire que le sable est grossier, agressif, irritant et qu’il s’insinue partout) en réalisant de son propre chef les épisodes I à III, rétroactivement précurseurs à la trilogie originale. A force de vouloir tout expliquer, rationnaliser, relier, la prélogie a accouché de films aux scripts tantôt fadasses, tantôt incohérents ; de dialogues mal achalandés ; d’une orgie-bouillie d’effets numériques superfétatoires et de partitions d’acteurs aussi expressifs qu’une paroi de douche. Vous l’aurez compris, c’était globalement raté, malgré toutes les bonnes intentions de Lucas.

J. J. Abrams, à la réalisation de ce nouvel épisode, pouvait bâtir de nouvelles bases en restant dans le même parc de jeu (non, pas Disneyland). Le but : relancer la franchise et lui redonner ses lettres de noblesse. Autant d’attentes que de craintes donc, à l’approche de la sortie du film. L’espoir et la confiance étaient pourtant de rigueur.

N.B. : si vous n’avez pas encore vu le film et que vous avez réussi à échapper aux spoilers (mes félicitations) jusque-là, ne vous en faites pas, cette critique en est dépourvue.

 

 

Star Wars : La Nouvelle Génération

Trente ans après la rouste infligée par la Rébellion à l’Empire galactique, la Nouvelle République ne gouverne pas la galaxie. Conséquence de la bataille d’Endor et de la chute de l’empereur, elle signe un traité de non-agression avec les miettes impériales et se concentre sur la politique galactique. Seulement, est né en parallèle le Premier Ordre, fondé sur les ruines de l’Empire de la volonté d’une faction loyale et extrémiste. Cet Empire 2.0 semble dirigé par des forces énigmatiques liées avec un certain côté obscur… La Résistance, faction armée héritière de la Rébellion, supervise et lutte contre le mystérieux Premier Ordre, alors que la Nouvelle République qui la soutient s’en désintéresse dangereusement. Recherché par les deux camps, Luke Skywalker est lui introuvable… C’est dans ce contexte que les aventures de la saga Star Wars vont pouvoir se réveiller.

Qui dit nouvelles aventures, dit nouveaux personnages. Rey est une héroïne touche-à-tout, livrée à elle-même. La pilleuse de Jakku voit son récit progresser très vite ; on se demande bien comment son arc narratif pourra encore évoluer dans les opus suivants, si ce n’est par rapport à ses origines. Cela dit, le caractère de Finn, s’il démontre de nombreuses capacités héroïques lui aussi, contrebalance la quasi-perfection de Rey. Dernier membre de la nouvelle trinité, le téméraire Poe Dameron, meilleur pilote de la Résistance, est moins présent que ses deux compères, ce qui ne l’empêche pas de laisser une forte impression.

Le cast est excellent, avec une mention spéciale à John Boyega. On tolèrera les rares effluves caricaturaux de certains personnages, surtout du côté obscur de la force — ils participent au comique du film qui n’hésite pas à verser dans le second degré ou dans le méta, de même que le cabotinage de Harrison Ford, cohérent avec le caractère de Han Solo. L’alchimie entre acteurs, ancienne comme jeune garde, est flagrante. Incarnation d’un amalgame impeccable, Chico Chewbacca est au meilleur de sa forme et n’a jamais été aussi judicieusement utilisé.

De l’autre côté de l’holochess, on reconnaîtra également que l’instabilité des antagonistes du film permet d’installer des menaces moins univoques et plus imprévisibles. Domhnall Gleeson et Adam Driver offrent deux interprétations bien différentes de leur courroux ; le second, dans la peau de Kylo Ren, correspond ironiquement à une version mieux écrite d’Anakin Skywalker, plus subtile. Cependant, c’est le droïde sphérique BB-8, aussi facétieux qu’attachant, qui vole la vedette à tout le monde.

 

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Vous connaissez Panopavelix ? C’est un dr… un droïde.

 

A travers ses personnages, Le Réveil de la Force développe d’intéressantes thématiques — solitude, désillusion, conflit intérieur, responsabilité — qui s’articulent parfaitement avec l’esprit de Star Wars, pensée au départ par George Lucas comme une « histoire de famille ». Cet opus n’en est pour autant pas moins un divertissement de grande ampleur qui sait attiser l’excitation et l’enthousiasme, proposant un rythme dynamique. Peut-être trop dynamique d’ailleurs, car malgré sa durée plusieurs zones d’ombres gagneraient à être éclaircies — c’est, j’imagine, le revers de la médaille d’un film incorporé dans une trilogie — au détriment de quelques scènes dispensables. En tout cas, l’ouverture du film est pêchue et immisce directement le spectateur dans l’action.

 

Les Gardiens de la Nostalgie

L’agitation de la fibre nostalgique polarisera les opinions. Impossible de se voiler la face, le fan service est omniprésent et implanté de façon consciente dans la réalisation. Chacun pourra se faire son avis selon son degré de tolérance et sa connaissance — son amour — de la franchise. Disons que la plupart des appels à la trilogie originale fonctionnent car ils sont intégrés à la narration de manière organique. Seulement, Le Réveil de la Force peut en même temps donner l’impression de trop se reposer sur les acquis de l’univers, voire même de les distiller à la chaîne (à en juger par les réactions du cinéma, la chose remplit son office).

Le film se raccroche trop aux anciens personnages pour se démarquer par une forte personnalité ; les trente ans séparant théoriquement l’épisode VI de cette nouvelle mouture ne portent pas un poids narratif absolu. Pis, certains considéreront que la trame scénaristique du Réveil de la Force défigure la fin parfaite et catégorique de l’opus précédent — ce que Disney avait déjà entamé dans d’autre médias, du reste, comme dans les comics officiels. Toute la question est de savoir si l’on doit forcément mettre en perspective chaque épisode par rapport aux autres…

Toutefois, Le Réveil de la Force remplit sa mission, en réussissant le passage de témoin — de sabre laser, techniquement — entre l'ancienne et la nouvelle génération. On accepte l’entrée des nouveaux personnages dans l’univers et l’interaction des anciens avec ceux-ci. Structurellement, il est intéressant de constater qu’on s’intéresse dans le récit d’abord à la nouveauté, puis on y introduit les anciens en guise de repères ; ainsi jeunesse se forme au contact des aînés.

Avec la promesse d’un recours raisonnable aux effets numériques et d’une utilisation maximale des décors naturels, l’attente était forte quant à la direction artistique empruntée par la suite de Star Wars. Le film comporte une poignée de plans magnifiques, notamment sur Tatooine Jakku, la planète ensablée ; les décors naturels sont saisissants et immersifs. Si l'on veut chipoter, certains plans auraient pu gagner à être raccourcis un tantinet (la scène finale vient en tête, avec un plan « vu d'hélicoptère » qui s'incorpore bizarrement à la composition d'ensemble). Le film termine d’ailleurs sur un cliffhanger, procédé particulièrement prisé par Abrams depuis son travail sur la série Alias. Les scènes de batailles spatiales et de duels au sabre sont elles maitrisées et même réjouissantes, modèles de fluidité, de nervosité et de lisibilité. La simultanéité terre/air d'une des scènes de bataille est, par exemple, particulièrement bien pensée et réalisée.

 

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Snoooke on the waaater

 

 

Remake of the Myth

Au bout du compte, aucune patte particulièrement personnelle ne ressort de la réalisation de J. J. Abrams — qui sera vraiment surpris ? Le Réveil de la Force ne prend strictement aucun risque. Le parallélisme entre Un Nouvel Espoir et Le Réveil de la Force est transparent, à la lisière de l’auto-plagiat, surtout au niveau scénaristique — il ne s’agit toutefois pas d’une copie exacte moulée dans la carbonite. Bien sûr, la volonté affichée est celle du retour aux sources après la fragilisation de la franchise provoquée par les épisodes I à III. L’écho fait, aussi, à des ingrédients de L’Empire Contre-attaque et du Retour du Jedi semble confirmer cette invitation à revenir vers la saga.

La révérence appuyée à la première trilogie ne serait pas un point d’achoppement marquant si toutes les qualités qui font du Réveil de la Force un excellent divertissement (univers, péripéties, humour, imagerie) suffisaient à se détacher d’un invariable sentiment de déjà-vu. Rehash, remake, reboot, remix, on choisira le terme que l’on préfère, mais il est clair que l’appréhension de la production s’est muée, dans une certaine mesure, à une aversion au risque. Le Réveil de la Force, c’est l’attaque du clone.

 

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I will mimic… what you created.

 

Corollaire au manque criant d’audace, le film parvient difficilement à étonner. Une bonne connaissance de l’univers Star Wars — et un sens commun — suffit à devancer les surprises du scénario. L’existence de facilités scénaristiques (les fameux MacGuffin) pourra être pardonnée si on les considère comme un hommage pour certaines, ou si les suites viennent combler les brèches désormais creusées pour d’autres. Aussi, il est naturel que le film comporte énormément de mise en place, ce qui est normal jusqu’à une certaine dose, puisqu’il constitue le premier chapitre d’une nouvelle série de trois films. C’est justement dans cette perspective que le profil d’Abrams fait totalement sens : c’est un réalisateur qui excelle dans l’incorporation d’éléments frais dans une franchise préexistante et qui, surtout, sait articuler un film pour en faire une base solide. En revanche il n’est pas le plus indiqué pour développer des histoires inédites, ou même subtiles. Le Réveil de la Force fonctionnerait bien mieux s’il était le premier épisode de la saga. J. J. Abrams n’a-t-il pas déclaré qu’il souhaitait parler à une génération qui n’a pas forcément connu Star Wars ? D’un sens, et sans que cela soit péjoratif, Le Réveil de la Force a été construit pour plaire aux enfants et aux âmes d’enfants. Reconnaissons aux scénaristes la volonté louable de remettre la force au centre du jeu ; avec celle-ci, on revient à quelque chose de plus mystique. Il est plutôt intéressant de ne pas tout rationnaliser dans cette galaxie mythologique dont les équilibres sont régis par la force (coucou George Lucas). Aisé ici de percevoir une couche supplémentaire de mise à distance de la prélogie et de ses fameux midichloriens (Qui-Gon, pauvre fou…) ! Pour revenir à ce que j’écrivais dans l’entame de cette critique, J. J. Abrams lègue aux scénaristes et à ses successeurs à la réalisation un bac à sable consistant dans lequel ils pourront bâtir. C’est tout à son honneur. Beaucoup de portes sont ouvertes, que les suites pourront emprunter ou non.

Plus curieusement, à l’article des déceptions, c’est John Williams qui ne parvient pas à se hisser au niveau qui était le sien lorsqu’il œuvrait sur les deux précédentes trilogies. Si les thèmes classiques (souvent utilisés et parfois réorchestrés) véhiculent toujours autant d’émotion, les nouvelles compositions laissent quelque peu à désirer, mis à part certains thèmes (Rey’s Theme, March of the Resistance et The Jedi Steps sortent du lot).

Jusqu’à quand la magie opèrera-t-elle ? Star Wars va être amené à se renouveler franchement, bien que sa mythologie, historiquement, présente des caractéristiques cycliques (« It’s like poetry… it rhymes »). Puisque cet épisode VII n’est pas très innovant, son successeur se devra de proposer des idées inédites, oser — à moins que Disney ne compte sur les spin-offs annoncés, à savoir Rogue One : a Star Wars Story et la jeunesse d’Han Solo, pour amener un vent de fraîcheur.

 

Solide divertissement, Le Réveil de la Force est un space opera épique qui réussit à conserver un certain sens de la mesure… jusqu’à sacrifier son originalité. Le manque de surprise et d’ambition vient un brin noircir le tableau, bien qu’on puisse imaginer que les suites fassent preuve de plus de libertés à cet égard. Le contrat est rempli, on se sent en terrain connu, à l’aise, mais peut-être un peu trop. Le film donne l’impression de trop respecter Star Wars, malgré d’apparentes vertus de modernité.

Le Réveil de la Force est un épisode de transition. Avec le gros plus qui fait la différence : c’est Star Wars quand même, et c’est chouette. En définitive, cet épisode VII prend véritablement son envol lors de son dénouement, au moment auquel il décide de se délier de la trilogie originale pour commencer à forger sa propre histoire.

 

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Armand Folton 

Haut comme un kokiri, je compense par une grande mauvaise foi.

Je joue à des vieux jeux mais je ne suis pas vieux jeu.

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