Unfriended

  Réalisation : Levan Gabriadze

  Sortie : 2015

  Genre : Horreur

  Durée : 83 minutes

 

Unfriended 1

Non.

 

Vous rappelez-vous de The Blair Witch Project ? Un film novateur avec un concept qu’on n’avait pas encore vu avant, ou si peu (le found footage), et qui a su devenir culte. Vous souvenez-vous de Paranormal Activity ? Un film d’horreur proposant un nouveau concept : suivre les caméras de sécurité d’une maison. Unfriended est un peu dans la même veine. C’est peut être pour ça qu’on s’emmerde autant en le regardant.

 

 

Paranormal Connectivity

 

Blaire et sa bande d’amis sont des lycéens normaux de 28 ans. Comme leur vie est vide de sens et d’intérêt, et en plus, qui voudrait s’appeler Blaire, ils écument les réseaux sociaux et se font des sex cams et des rails de coke. Comment ça, pas de rails de coke ? Bref, ce sont des lycéens normaux (NORMAUX ON VOUS DIT), qui sont amis (si, si, je vous jure, ce manque d’atomes crochus là que vous ressentez pendant tout le film, ça s’appelle l’amitié qu’on vous dit) qui parlent sur Skype et sur les différents réseaux sociaux, comme tous les jeunes de leur époque (TOUS LES JEUNES ON VOUS DIT). Mais ce soir, leur conversation Skype reçoit un invité supplémentaire qu’il leur est impossible d’ignorer. Déjà parce qu’ils n’arrivent pas à le supprimer de la conversation, ces espèces d’invertébrés. Mais aussi parce qu’il menace de les tuer, rien que ça. Un rapport avec leur amie qui s’est suicidée il y a un an suite à la sortie de photos compromettantes d’elle sur Facebook ? Sûrement… Tout ça pour quelques petites photos, moi je trouve ça fort de revenir sous forme de fantôme de l’internet.

 

Unfriended 2

Mais qu'est-ce que je fous dans un film d'adolescent à 28 ans moi ?


 

Skype ? Skip.

 

Vous l’aurez compris par mes subtiles et magnifiques manoeuvres, le film est un énorme nid à clichés. Les acteurs ne font clairement pas l’âge qu’on leur donne (sauf si ce sont de bons gros demeurés qui essayent de passer leur bac américain depuis 10 ans), ce qui a tendance à décrédibiliser la totalité du propos. Sans déconner, à 28 ans, qui se soucie encore des photos qui ont été prises l’année passée pendant une “frat party” hein ? Et qui va à une frat party à 28 ans d’ailleurs ? L’utilisation des nouvelles technologies est un prétexte, et même une blague tant le trait est forcé. Evidemment, il suffit d’écouter la différence entre le bruit des touches de clavier et ce qui s’écrit vraiment à l’écran pour se rendre compte que le réalisateur n’en avait absolument rien à foutre. Après tout, pourquoi chercher un minimum de vraisemblance dans un film où une fille revient à la vie pas vrai ? Take that CyberJesus. Et puis, de toute façon, ils écrivent comme des jeun’s. Donc on s’en fout du nombre de touches sur lesquelles ils appuient, après tout. Fuck la vraisemblance mon pote, on est dans un film qui te parle à toi le jeune. TU LES SENS MES GROSSES RÉFÉRENCES ? HEIN LE JEUNE, J’TE CAUSE !

 

Unfriended

Jouons à un jeu.

 

Une autre évidence, c’est la présence de “l’ami en surpoids geek qui utilise des termes d’internaute que les autres ne comprennent pas et qui a des talents de hackeurs”. Alors là, chapeau, c’est du propre, il est même insupportable et il gueule, le portrait est par-fait monsieur le réalisateur! En plus il dit “troll” et les autres ne comprennent pas le terme, mais c’est génial ! Je parie que votre fils / fille vous l’a dit un jour et vous vous êtes dit : “tiens, le langage de l’internet il est drôle quand même. Je devrais en faire un film”.

 

Ajoutez à ça les classiques histoires de trahisons entre amis (ILS SONT AMIS QU’ON VOUS DIT) et autres passages obligatoires du teenage horror film, et vous obtiendrez une purge apocalyptique, un raz-de-marée digital de foutage de gueule. Mon avis, c’est que le scénariste s’est dit : “c’est moche, quand même, qu’on ne puisse pas retirer les photos, même compromettantes, une fois qu’elles sont sur le net. Faisons-en un film. Sur Skype. Un film d’horreur. Ouais, ça sera bien.”


 

WTF did I just watch ?

 

Le pire, dans cette histoire, c’est que ces clichés ne forment pas la majorité du film. Le film se passe à 100% sur écran d’ordinateur, et ne montre pas tout le temps Skype, mais aussi beaucoup les allers-retours de la jeune Blaire sur les différents réseaux sociaux et ses conversations. Sans déconner, ça, c’est que je fais quand je m’ennuie. Au boulot. Pourquoi voudrais-je regarder un film qui me montre ce que je fais quand je m’emmerde ? C’est pas sensé être un divertissement ? En plus, le film me propose des jumpscares d’une facilité déconcertante, des scènes dignes des pires séries B et un intérêt proche du néant. Qu’est-ce que je fais devant l’écran ?

 

Unfriended 3

En plus, ils utilisent un MAC. UN MAC !

 

Et là, une révélation.

 

Je pense que le film est une réflexion profonde sur le film d’horreur et les nouvelles technologies. Le film d’horreur semble être dans une impasse. A quelques exceptions près, on nous ressert toujours la même chose à la même sauce. Peu ou trop de mise en scène, des jumpscares faciles, et avec l’apogée du film d’horreur familial et du found footage, le genre a du mal à se renouveler. En parallèle, la critique des nouvelles pratiques sur les réseaux sociaux et la pseudo-immortalité des contenus mis en ligne publiquement est prégnante. Unfriended est également une critique virulente des jeunes qui restent toute la journée devant leur écran d’ordinateur. Le film tabasse violemment la génération internet, et intelligemment.


Non, je déconne, il ne fait que surfer sur la vague. Un film à éviter.

 

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Martin Hervieu

Programmeur à mes heures, je reste avant tout un enfant des Dents de la Mer qui en plus de m'avoir donné mon prénom m'a donné un nouveau dieu.

Sinon, je joue aussi à des jeux et je regarde des films et surtout beaucoup de séries. Et pas que des biens.

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