Ave, César !

  Réalisation :  Joël & Ethan Coen

  Sortie : 2016

  Genre: Comédie

  Durée : 106 minutes

                                          


Ave cesar affiche

Ave Caesar, morituri te salutant !

 

Si l'on réunit le péplum avec un film d'amour, un western avec une comédie musicale, des acteurs en vogue et les frères Coen, on peut s'attendre à accueillir dans nos salles obscures un film comme Ave, César !
Le dernier bijou cinématographique des frères Coen est un grand voyage temporel et culturel dans le Hollywood des années 50. Les grands studios, les films à la chaîne, les costumes et les robes à paillettes, en moins de deux heures le film vous promet déjà un grand hommage à une époque et à un cinéma devenu incontournable !

 

Hail caesar
George Clooney se retrouve plus proche du Christ qu'il ne la jamais été dans ce péplum trépidant !


La grandeur du film se  révèle sous divers angles. Le casting phénoménal du film s'unit à de multiples intrigues, dans un cadre unique. Le lien principal qui va réunir chaque élément du puzzle se nomme Eddie Mannix, un personnage complexe, conservateur et religieux, il est dans l'administration des studios hollywoodiens avec un rôle unique, celui de fixeur. Pour mieux comprendre le terme, on parle ici d'un individu qui a pour but de s'occuper des affaires des stars, de gérer la presse et de faire taire les scandales autour de ses protégés. Mannix n'est pas un tendre et il sait s'y prendre dans le business surtout lorsque l'on sait que Joël et Ethan Coen se sont inspiré de faits réels pour ce rôle, Eddie Mannix étant un producteur exécutif et fixeur dans des studios américains de l'époque. Sa réputation avait été faite autour de son travail auprès des stars et d'un incident entre sa femme et George Reeves, acteur qui avait connu une relation trop intime menant à sa mort mystérieuse (Les connexions avec la mafia n'ont jamais fait défaut à Hollywood semble-t-il). Déjà à l'époque ce personnage avait une vie assez mouvementé pour en faire un film et ce rêve s’est réalisé avec le travail des frères Coen. 

L'intrigue principale se définie très difficilement avec un nombre conséquent de sous-intrigues formant le film et son univers. Ce choix parfaitement cohérent s'explique par deux phénomènes assez évidents lors de la prise de recul sur l'œuvre. Dans un premier temps, le film, dans sa multiplicité, va prendre une dimension ultra-réaliste. La quantité d'histoires, d'anecdotes, de personnages nous donne l'impression de voguer au milieu des studios d'Hollywood et de suivre la progression de chaque individu et de son histoire dans les locaux. La quantité de films suivis, de genres cinématographiques exploités font un étalage de tout ce qu'Hollywood et l'industrie audiovisuelle avait à proposer à l'époque : des grands standards avec des têtes d'affiches phares qui marquaient le monde par une omniprésence dans le cinéma américain. La seconde explication découle de la première. Les personnages, acteurs ou réalisateurs, n'ayant pas ou peu de contacts entre eux, Eddie Mannix et sa poigne de fer dans un monde d'artistes volages est leur seul point commun. Il arrive que certaines histoires n'aient presque pas de lien avec le reste des intrigues traitées, mais elles vont permettre de constuire la trajectoire de Mannix au sein de l'intrigue générale. La complexité n'est pas une nouveauté pour les deux réalisateurs, ils ont fait leurs armes sur des films à plusieurs volets et de nouveau il propose une œuvre complète avec de très nombreuses surprises et surtout un humour unique, avec des textes et des finitions d'écriture qui sont propre à leur cinéma. Pour leurs plus grands admirateurs, il ne devrait pas y avoir de déception devant Ave, César!

 

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La comédie musicale et des marins d'eau douce qui crèvent l'écran sous la direction des frères Coen

 

Le casting, aussi large soit-il, laisse à chaque acteur un espace important pour développer son personnage et son jeu sur de courtes séquences incisives. George Clooney est une star enlevée en plein tournage et l'on suit sa cavale intellectuelle auprès des scénaristes communistes voulant révolutionner le cinéma américain. Etant pourtant au centre de cette intrigue et acteur principal du péplum dont le film tire son nom, son rôle ce limite à cette position marginale des studios. On retrouvera au cœur de l'action bien évidemment Josh Brolin pour son rôle de fixeur mais aussi une Scarlett Johanson, actrice de ballet aquatique, divorcée nymphomane ou encore Alden Ehrenreich en cowboy émérite, relancé dans des films d'intrigue romantique. Ces personnages reflètent l'image d'une époque à travers celle des films, mais ils brisent les codes une fois la caméra coupée. Les stars brillantes sur le plateau se révèlent dans un cadre plus sombre une fois leurs travail terminé et cette exposition de la faiblesse Hollywoodienne, la rupture avec le monde de l'image et son traitement, ajoute un réalisme et une portée au propos du film. 

Le contexte général du film et sa volonté dépasse largement le milieu des studios, des acteurs ou du cas particulier d'Eddie Mannix. Ici c'est toute une période de la société américaine et son histoire qui est passée au crible. Le choix des années 50 pose un contexte historique, la guerre froide, le communisme et une tension mondiale suite à la seconde guerre mondiale. Ce contexte ressort avec les ressortissants marxistes qui vont faire valoir à un George Clooney crédule et enivré des bienfaits de la lutte des classes. S'ajoute à cette couche de réflexion le rapport entre l'industrie du cinéma et sa surexploitation, l'usage d'acteurs, d'un nom vendeur pour un film où ils sont incompétents. On découvre les rouages du cinéma et ses petits secrets, la presse envahissante à l'affût de tout sujet croustillant, des acteurs et des réalisateurs avec une vie privée plus que louche et toujours Eddie Mannix appliquant une couche de crème sur son entourage par la force ou la manipulation, afin de rendre une image dorée et conservatrice du cinéma. 

 

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La révélation du Ballet des eaux pour Scarlett reste le plus grand mystère du film


Le travail titanesque des frères Coens ne s'arrête pas à cette description infinie et pointilleuse de l'univers audiovisuel de l'époque. Il se traduit aussi dans une imagerie très travaillée, des plans volontairement traditionnels en consonnance avec ceux de l'époque, mais aussi une technique moderne et dynamique qui revisite les plus grands classiques de la focale et du cadrage sous un œil nouveau. Ce travail exceptionnel est appuyé par des décors très travaillés, des mises en abymes à travers les tournages, ainsi qu'une bande son marquante car porteuse d'une volonté d'authenticité et de proximité avec l'époque. Ces éléments techniques sont maîtrisés à la perfection et leur usage atteint un certain paroxysme lorsque les plans ou le choix musical s'intègrent à l'ironie du moment et au décalage constant que propose le film (avec une pensée particulière pour l'usage des chœurs de l'armée rouge lors du générique final). L'ambiance générale du film et son dynamisme sont révélateurs d'un travail très fin et complet. J'ai un coup de cœur particulier pour une scène : la visite de Mannix aux bancs de montage, un moment ou le temps semble s'arrêter lors du visionnage d'un extrait. La dimension de cet instant pose le cadre et présente le cinéma dans sa forme la plus simple, avant son traitement jusqu'à ce que la réalité rattrape cet arrêt et que l'intrigue reprenne sa progression.

Dans son ensemble, le film est un excellent compte rendu sur la réalité du cinéma des années 50, autant sur sa représentation classique, avec celle transmise par les différents films, mais aussi dans une version plus secrète, plus complexe et plus représentative de ce qu'était le renouveau du cinéma américain d'après guerre. De nouveau les frères Coens nous touchent par leur approche du cinéma à travers ce brillant hommage à ce qui est devenu depuis le cinéma contemporain. Le retour aux racines du cinéma de studio est fait avec brio et chaque ouverture du film n'est qu'un sourire de plus décroché au spectateur.Un travail colossal pour un résultat exquis, les frères Coens frappent à nouveau là ou on ne les attend pas, et Ave César reste un plaisir dont on ne se privera pas en attendant leur prochain projet !
 

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Lénaïc Leroy

Vidéaste et amateur de cuisine, ces passe-temps développent assez ma demande pour être capable de la ramener sur absolument tout, et surtout les mauvais films et les gratins.


 

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