Batman v Superman. Dawn of Justice

Réalisation : Zack Snyder

Sortie : 2016

Genre : Super-héros

Durée : 151 minutes

                                                     


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You are so disappointing, on so many levels

Batman contre Superman. En voilà, une étrange idée : donner une suite à Man of Steel en introduisant Batman dans l’arène face au demi-dieu en collant, et par la même occasion en profiter pour mettre sur pieds la Justice League et enclencher l’univers étendu de DC comics au cinéma.

Beaucoup d’enjeux pour un seul film, qui dispose seulement comme point d’appui du film réalisé par Zack Snyder, resté aux manettes pour ce nouvel opus. Les bandes-annonces plutôt clivantes ont vite été oblitérées par la hype et la campagne de promotion intense de Warner Bros – attendez, on parle de Batman et de Superman, là, et même qu’ils vont se taper sur tronche et faire la bagarre !

Hein, le scénario ? Le quoi… ?

Il n’y a quand même aucune chance qu’un film censé être la première pierre du nouvel univers DC au cinéma et figurant ces deux mastodontes manque de respect au spectateur, n’est-ce pas ?

 

Banane of steel

Batman contre Superman, donc. Puisqu’ils sont dans le titre et sur l’affiche, considérons qu’ils sont primordiaux et commençons par là – honnêtement, je ne savais pas par quel bout démarrer, alors allons-y. Je risque de m’étendre un peu mais depuis que j’ai vu BvS, j’ai revu mes notions du temps.

 

D’emblée, on peut reconnaître une lecture plutôt neuve des héros de l’univers DC (du positif pour commencer). Soit. En revanche, je ne vais pas tourner autour du pot : la caractérisation des deux poids lourds est ratée (bon, d’accord, ça n’a pas duré longtemps). Rien de nouveau sous le soleil pour Superman, qui est toujours aussi peu engageant dans ses tourments – c’est récurrent dans la filmographie de Snyder qui nous a déjà servi la soupe du héros « divin » s’interrogeant sur son rapport à l’humanité avec Dr. Manhattan dans Watchmen, conformément au matériau d’origine. Superman est chiant, c’est un fait, c’est tout. En revanche, pour Batman, on se retrouve face à de l’inédit. Le Batman de BvS a de la bouteille et s’est radicalisé ; il ne se soucie plus de la justice ni de la morale. Bien sûr, le Bruce Wayne du Dark Knight Returns de Frank Miller, inspiration affirmée du film, virait déjà plus tortionnaire que justicier. Mais le chevalier noir campé par Ben Affleck est littéralement criminel, manie les armes à feu à un point jamais vu dans le canon du personnage, de manière létale, est pourchassé par les forces de l’ordre et fait usage de méthodes aux antipodes de la subtilité.

 

Créer un Batman barbare, en soi, ne pose pas de problème. Le problème justement, c’est que tout le film est marqué (vous ai-je d’ailleurs précisé que Batman marquait les bandits au fer rouge ?) du sceau de la grossièreté et de la bêtise. La grandiloquence gratuite émaille le film : ralentis inutiles, scènes « fixes » qui semblent directement tournées pour sa bande-annonce, explosions et destruction à la portée exponentielle plus le film avance, et surtout, surtout, un symbolisme outrancier. Vous avez aimé Superman dépeint en tant que figure messianique dans Man of Steel ? Eh bien Snyder enfonce le clou (j’ose tout) avec une masse – c’est rigolo pour un film sans profondeur – au cas où les métaphores dégoulinantes du premier opus n’avaient pas été assez appuyées. Je vous jure que si vous cherchez des formes de croix dans certains plans concernant Superman, vous allez en trouver. Globalement, la mise en scène et les effets sont ultra-classiques, même si quelque chose de positif ressort du début du film, comme lors de la destruction de Metropolis du point de vue de Bruce Wayne.

 

Batman essaie de se dépêtrer des soldats de Snyder dans le désert du scénario (moi aussi je peux faire de la symbolique pourrie)

 

Hack Snyder

Cela dit, pas de fixette sur la vision du réalisateur ou des studios, qui est une chose subjective. Là où objectivement BvS tombe dans la catégorie des films stupides, c’est qu’il prend lui-même les spectateurs pour des crétins. Outre l’exposition omniprésente qui appesantit encore un film qui s’en serait bien passé, BvS n’hésite pas à nous montrer plusieurs scènes similaires, voire de nous remontrer des scènes auxquelles on a assisté il y a quelques minutes (si, si) – et qu’on avait déjà plus ou moins pu voir dans d’autres itérations de Batman ou Superman également. La longueur du film ne vient pas en aide à la faiblesse du scénario, dont tous les éléments sont dans sa bande-annonce ou peuvent être devinés ; l’ersatz de scénario qui nous est servi est cousu de fil blanc, tant les évènements s’enchaînent avec une évidence vénielle, jusqu’à une conclusion à laquelle on n’espérait presque plus parvenir.

 

Et l’action me direz-vous ? Rien d’impressionnant, que du réchauffé. Warner Bros nous sert les péripéties “de rigueur” : une baston, une poursuite, du hacking, des séquences de rêve… Aucun risque n’est pris et même la “conclusion” de ce film (dont on ne voit pas la fin) qui se veut a priori surprenante est effacée d’un revers de main en moins de dix minutes. Bravo, je ne peux qu’applaudir (une fois que j’aurais fini de pleurer). Je ne feindrai pas l’étonnement devant les fights au vu des attentes que j’avais à leur égard : c’est sombre, il pleut, c’est plutôt laid, sans couleur ; si vous cherchez de l’inventivité passez votre chemin : lasers contre lasers, muscles contre muscles, grosse armure contre gros monstre, c’est Dragon Ball et concours de super-quéquettes sans enrobage. 250 millions de dollars pour en arriver à ça : désolant. C’est dur à dire car c’est un mal qui ronge les films de Marvel Studios, mais en comparaison, l’humour pendant les combats (du reste plutôt cartoonesques) fait mieux passer la pilule. Le montage est tout aussi fantastique : un petit assemblage à base d’entraînement et de muscu pour Bruce Wayne, une scène plus tard il part mettre des claques à Superman. C’est Batman, on vous dit.

 

Mais quand même, Batman en action, il doit déchirer quand même ? Il faut d’abord savoir que Batman et ses véhicules sont invulnérables (même s’il doit utiliser une de ses 34 mitraillettes pour transpercer un bateau en bois), qu’on le voit très peu en action en dehors de son armure anti-Superman, et qu’à côté de ça… il est complètement con. Entre sa capacité de déduction anémique, son obstination pathologique et l’inanité de ses choix… « Et si je faisais exploser une bonbonne de gaz pour sauver l’otage qui se trouve à 3 mètres ? Heureusement, ma cape est fireproof ». Qu’on lise ci et ça que Ben Affleck s’en sort bien, soit, mais ce n’est pas avec un script pareil qu’on pourra juger sa performance. Idem pour tout le cast, qui n’a pas l’occasion de briller ou de surprendre.

 

Les rôles secondaires sont au diapason : il est donné à la Vierge Marie Lois Lane plein de choses à faire pour faire avancer le scénario – comme dans Man of Steel – mais de manière tellement grossière. Combien de fois lève-t-elle le regard vers le ciel, à attendre un signe de Clark ? Autre exemple, Perry White, rédac-chef du Daily Planet, est insupportable dans ses contradictions et a perdu toute cohérence ou sagacité par rapport à sa dernière apparition. Aucun personnage n’intéresse véritablement ou ne provoque l’identification, si bien qu’on ne s’intéresse pas plus que ça à leur sort. Et on aurait tort de s’investir dans quelconque destin, puisque la plupart d’entre eux n’ont aucune utilité.

 

Un film interminable, superminable

Long, très long, le film a tendance à perdre le spectateur bien avant sa fin, d’autant que le titre Batman v. Superman est franchement mensonger. Tout le monde avait bien entendu assimilé que les deux héros ne se battraient pas pendant tout le film et qu’ils mettraient de côté leurs divergences et s’associeraient pour lutter contre une menace commune. Belle idée d’ailleurs d’avoir dévoilé cette menace (Doomsday) dans le trailer, vraiment, bravo, se priver de la surprise du rebondissement menant au troisième acte du film, je m’incline. Bref, le titre est mensonger car cet affrontement n’est pas au centre du film. Il faudra en effet attendre de longs moments si c’est pour cette raison que vous aviez payé votre place de cinéma – j’avais cru lire « le combat du siècle » sur l’affiche du film, ce doit être une méprise. Bien sûr à ce stade vous ne serez pas abasourdi si je vous dis que ce combat dure au mieux quelques minutes, jusqu’à ce qu’un Batman sanguinaire, déchaîné et n’ayant que pour but de détruire Superman interrompe le combat au moment de porter le coup fatal. Pourquoi ? Et bien parce que Superman prononce le nom « Martha », celui de sa mère et accessoirement celui de feue la mère de Bruce Wayne, pardi. Batman réalise alors l’humanité de Superm… Ok, c’est bon, bullshit. C’est de la sémantique, c’est gratuit. Si la mère (adoptive) de Superman s’était appelée Marie-Pierre, le film était terminé. Quoiqu’avec ce prénom je risque de donner de très mauvaises idées à Zack Snyder (il en a déjà bien assez). Au final, le combat entre Batman et Superman n’est que la carotte – ah, si seulement le public était un âne…

 

Si je suis touché par les critiques… ?

 

Ecueil souvent significatif d’une œuvre bancale, les dream sequences – au demeurant les scènes les plus réussies du film niveau réalisation selon moi, et également les plus intéressantes – surviennent, hélas, à plusieurs reprises. Or elles ne s’imbriquent pas dans la narration et non plus, étrangement, dans le montage, n’offrant qu’un futur possible tel que l’envisage Batman. Rien n’explique d’ailleurs pourquoi Bruce Wayne est sujet à ces hallucinations tirant plus de la prophétie que du délire. Preuve en est lorsque Flash - en armure et avec une… moustache – semble venir du futur (peut-il aussi naviguer dans les subconscients… ?) pour prévenir Batman d’un danger proche. L’intervention du Scarlet Speedster est l’un de ces moments qui vous font sortir du film, tellement la dissonance de ton est flagrante avec l’univers qu’a voulu présenter Snyder.

 

Dawn syndrome

Puisque je parle de Flash, je ne peux pas omettre l’un des aspects qui bousillent BvS. A son sous-titre, L’Aube de la Justice, et avec l’apparition de Wonder Woman, vous vous êtes sans doute rendus compte que ce film était un préambule à la future équipe de super-héros de DC baptisée Justice League, qui fera prochainement l’objet de deux long-métrages. Evidemment, BvS tease massivement la Justice League avec une balourdise aussi éhontée que la vacuité générale du film. Vous savez, chaque détracteur aura décrété son point de non-retour vis-à-vis de BvS – ils sont légion. L’un d’eux concerne l’introduction concrète à la Justice League et en particulier à ses membres. Pour décrire simplement cette scène surréaliste : imaginez Wonder Woman en civile dans sa chambre d’hôtel. Elle reçoit un e-mail de Bruce Wayne, avec en pièce jointe des fichiers récupérés sur une clé usb appartenant à Lex Luthor. A l’intérieur, des dossiers sur trois méta-humains contenant non seulement des vidéos de démonstration de leurs pouvoirs, mais aussi leurs logos historiques. Je répète : LEURS LOGOS HISTORIQUES SONT SUR LA CLE USB DE LEX LUTHOR AVANT QU’ILS NE DEVIENNENT DES HEROS. Diana Prince regarde bien chaque vidéo en entier, à la chaîne, sur fond de musique ridiculement rythmée, avant de rabattre l’écran de son laptop. Voilà comment nous sont présentés la future Justice League et les prochains héros des long-métrages DC Comics. Plus débile, plus gratuit, plus lourd, tu meurs. Marvel a eu 5 films pour préparer l’audience aux Avengers, DC a une clé usb.

 

Ce film est un objet d’étude très particulier, à la fois long et trop rempli, mais qui sonne creux. Le film se croit intelligent, ou veut se montrer intelligent dans son propos, mais c’est l’inverse qui se produit. Le propos est complètement bas du front et par-dessus le marché, mise en scène, dialogues, scénario, commentaires sur une société qui semble toujours bloquée au 11-septembre sont tous au premier degré. Composés de citations, de proverbes et de mantras ou cherchant sans cesse la punchline et la pseudo-philosophie, les dialogues, justement, font de la peine. Leur artificialité est tellement flagrante qu’elle en devient très vite irritante – les personnages dialoguent sans discuter entre eux, c’est effarant. Et encore, parfois il n’y a même pas de dialogue : Superman et Wonder Woman, ces grands timides, n’échangent par exemple aucune parole. Intéressantes, les fondations de la Justice League.

 

Musicalement pour finir, on savait qu’on aurait du Hans Zimmer (épaulé par JXL), et on n’est globalement pas déçu – ni surpris. Les compositions de Man of Steel étaient à mon sens l’un de ses points forts ; elles font ici leur retour et c’est plutôt une bonne chose. On accordera à Hans Zimmer une certaine cohérence… si ce n’est pour le thème de Wonder Woman : l’arrivée de l’héroïne amazone se fait au son d’une guitare électrique aussi déroutante que la logique de son intervention dans le film – rires et soupirs ont à son apparition traversé la salle de cinéma.

 

Ceci est un plan tourné uniquement pour la promotion. C’est aussi un plan à trois.

 

Ce qui est génial, c’est que j’ai volontairement omis de très nombreux éléments du film et que j’ai quand même été relativement long. Sachez juste que ceux-ci – motivations de Luthor, apparition de la kryptonite, genèse de Doomsday… – seraient à sa décharge. Preuve supplémentaire de la construction chaotique du film, Warner a diffusé une scène coupée au montage, moins d’une semaine après la sortie du film… Elle contient des détails sur l’intrigue (changez rien les gars) mais donne aussi une bonne idée de la « qualité » de BvS.

Autrement, les… costumes sont plutôt réussis… C’est bien.

En définitive, BvS n’est pas simplement stupide ou mauvais, c’est un film nanardesque, prétentieux et ringard. Fatigant à tous points de vue, il sort qui plus est au plus mauvais moment, à l’heure où l’inflation super-héroïque au cinéma confine toujours plus à l’écœurement. En tant que fétichiste de la métaphore, Zack Snyder nous présente – de manière je l’espère inconsciente – en Doomsday une allégorie de son long-métrage : moche, précipité, arrivant parce qu’il fallait qu’il arrive, sans saveur et sans cervelle. A la différence de l’abomination kryptonienne, pas sûr que Batman v. Superman ressorte plus fort de tous les coups qu’il encaisse.

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Armand Folton 

Haut comme un kokiri, je compense par une grande mauvaise foi.

Je joue à des vieux jeux mais je ne suis pas vieux jeu.

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