Julieta

  Réalisation : Pedro Almodovar

  Sortie : 2016

  Genre : Drame

  Durée : 96 minutes

 

 

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Quand la mer monte...

 

Une robe de soie rouge vif en gros plan pour lancer le film, pas de doute, on est chez Almodovar. Comme à son habitude, le réalisateur panamé espagnol nous propose un portrait de femme meurtrie, thème dans lequel il excelle. Revenu bredouille de la Croisette, Julieta méritait-il un tel désaveu ?

 

Le film nous présente Julieta, femme qu’on sent traumatisée par un événement triste concernant sa fille et dont on nous raconte l’histoire par un long flashback. Plus précisément, c’est la lettre qu’elle écrit à sa fille qui sert de fil narratif. Le procédé est loin d’être original mais cela importe peu si le film s'en sert efficacement. Le thème majeur que Pedro Almodovar veut peindre est ici la culpabilité. En deux séquences, l’une au début du film, l’autre dans la deuxième partie, le film nous montre ce qui pèse sur les épaules de cette mère apparemment abandonnée de tous. En se livrant progressivement à sa fille, et donc au spectateur, Julieta retrace la trajectoire de sa vie, comme pour mieux comprendre où est elle s’est trompée. Le film s'inscrit dans une trajectoire, claire, droite et limpide. Un peu trop peut-être. Ce récit tout en pudeur pourrait être bouleversant mais malheureusement, Julieta n’arrive pas à dégager l’émotion que contient pourtant le récit.

 

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Pedro Almodovar nous offre en bonus une chronologie efficace des coupes capillaires

 

En effet, le film semble tristement se résumer à ce qu’il dit, et on se demande si on ne ferait pas mieux de lire les nouvelles de Munro dont il est tiré. On attend poliment de savoir quel est le problème entre la mère et la fille, sans être happé ni par les personnages, ni par les situations. Le réalisateur ne laisse pas le temps aux personnages de vivre les péripéties qu’ils rencontrent. En voulant raconter l’ensemble de la vie de Julieta dans un laps de temps très court (le film ne dure que 1h40), Almodovar survole son sujet sans le creuser et sans le rendre palpable pour le spectateur. Le changement d’actrice aurait pu être une très bonne idée pour signifier le tournant de l’âge mais surtout le tournant psychique de Julieta. On ne s’attache cependant pas assez aux étapes de sa vie, pour être marqué par ce changement qui devient, alors, un artifice comme un autre.

C'est d'autant plus dommage que l'un des sujets survolés, le destin de la fille de Julieta, est un sujet passionnant, finalement assez peu développé au cinéma et qu'on aurait aimé voir traité par la caméra d'Almodovar. Les ellipses et les non-dits sont généralement la force des grands films, et je suis le premier à applaudir les cinéastes qui arrivent à suggérer sans montrer. Ici, cependant, on ne peut s'empêcher de penser qu'il manque quelque chose, pas seulement des pans de l'intrigue, mais surtout l'émotion qui ne peut se construire sans laisser le temps au spectateur de prendre part au récit raconté.

 

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Emma Suarez est l'un des points forts du film

 

Julieta n'est pas un mauvais film. On y retrouve le talent, les thèmes, le cinéma d'Almodovar et ceux qui ont aimé Parle avec elle ou Tout sur ma mère seront en terrain familier. Trop familier peut-être. Sur des sujets qu'il aurait pu transcender, le réalisateur espagnol déçoit et rend une copie beaucoup trop fade. Cette fois-ci, il semble normal qu'Almodovar revienne les mains vides de Cannes.

 

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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