Le client

  Réalisation : Asghar Farhadi

  Sortie : 2016

  Genre : Drame

  Durée : 125 minutes

                                    


Client

 

L'éléphant dans la pièce

 

Asghar Farhadi a réussi à imposer son style très personnel dans le cinéma international et fait partie des réalisateurs importants du moment. Sa présence à Cannes n’était donc pas une surprise. Après le film français Le Passé, il revient en Iran avec Le Client. Il revient surtout aux fondamentaux de son cinéma.

 

Une tension permanente

En effet, Le Client se construit par les mécanismes qui rendent le cinéma de Farhadi si fascinant. Les non-dits, les ellipses, les manques de communication entre les personnages qui créent le malaise, une tension tenue tout au long de ses films, rien ne manque. Ici, c’est l’agression de la femme d’un professeur qui est au centre du récit. On ne sait presque rien de cet incident. Les personnages, ayant honte de ce qui s’est passé ou de ce qu’ils imaginent s’être passé, n’en parlent pas alors qu’ils y pensent en permanence. L’agression est donc omniprésente tout en étant un angle mort du film. Evidemment, la principale interrogation est de savoir s’il y a eu viol ou pas. La volonté des protagonistes de faire le moins de bruit possible sans réussir à évacuer le drame crée une contradiction malsaine dans leurs attitudes et leurs réactions. Le mari semble intérioriser toute la colère de manière plus aiguë que sa femme, comme si son honneur blessé était plus important que la santé de sa femme. Au lieu de se soutenir, les protagonistes se soupçonnent et s’isolent au fur et à mesure que le film progresse, laissant peu de place à l’espoir et à l’optimisme.

 

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A cause du flou, le couple se fissure

 

Un grand cinéaste légèrement en deça

La virtuosité de Farhadi et l’intelligence pure de sa mise en scène ne font plus de doutes. La (longue) scène finale entretient de manière brillante une tension très forte dans un espace étroit. Cependant, Le Client n’arrive pas au niveau d’Une séparation ou d’A propos d’Elly. Son premier défaut est l’utilisation superflue de la pièce de Miller Mort d’un commis-voyageur. Les personnages sont en effet aussi acteurs dans leur temps libre et des bouts de pièce parsèment le film. La mise en abyme est un procédé tellement banal au cinéma, qu’il faut vraiment justifier son utilisation de manière pertinente. Ce n’est pas le cas ici, et ces passages semblent à la fois artificiels et inutiles. Cela plombe le style tout en sobriété et subtilité de Farhadi. De plus, l’histoire est moins prenante que les précédents films du réalisateur. Malgré la très bonne scène finale, les personnages et leurs motivations peinent à convaincre et à nous intéresser. Le réalisateur se penche, en effet, trop sur le mari et en dresse un portrait finalement assez simpliste. Farhadi nous avait habitué à des personnages et des questionnements un peu plus complexes.

Le film mérite-t-il donc ses deux prix cannois ? Incontestablement, Le Client est un bon film d’un grand réalisateur. Sa présence au palmarès est donc tout à fait légitime. Cependant, si le prix du scénario se justifie malgré les quelques défauts d’écriture, celui d’interprétation est moins évident. La prestation de Shahab Hosseini, acteur fétiche de Farhadi, n’est en effet pas particulièrement marquante dans un rôle qui ne lui laisse pas exprimer tout son talent.

 

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Le Client n'est pas dénué de défauts mais plaira aux amateurs du cinéma de Farhadi, qui y retrouveront tout l'arsenal du réalisateur iranien.

 

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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