Ma Loute

  Réalisation : Bruno Dumont

  Sortie : 2016

  Genre : Comédie

  Durée : 122 minutes

 

Loute

 

I vaut miux rire que d'braire; l'grimache al est pus belle.

 

Décidément, le Nord et Bruno Dumont, c’est une grande histoire d’amour. Après Ptit Quinquin qui avait révélé une veine comique insoupçonnée chez le réalisateur, voilà qu’il enchaîne avec Ma Loute, comédie absurde dans la baie de la Slack.

 

Un air de jamais-vu...

Le film met en scène la rencontre entre une famille bourgeoise et une famille de pêcheurs sans le sou. Une histoire d’amour va se développer entre deux jeunes issus de ces univers que tout oppose. Dit comme ça on dirait une mauvaise adaptation sociale de Roméo et Juliette déjà vue mille fois. Mais, croyez-moi, vous n’avez jamais rien vu comme Ma Loute. La principale technique utilisée par Bruno Dumont pour nous faire rire est la caricature extrême. Tous les traits sont tellement exagérés qu’ils arrachent le film de tout réalisme pour le faire vivre hors-sol dans un monde qui lui est propre. La famille de bourgeois est ainsi à la fois profondément énervante et hilarante. Contrairement à Ptit Quinquin, Dumont utilise ici des grandes stars du cinéma français, mais uniquement pour incarner la famille des riches. Et le plus jouissif est que, par sa direction d’acteurs, ils les fait volontairement surjouer, les rendant beaucoup moins crédibles que les acteurs non-professionnels. C’est d’ailleurs, peut-être, l’un des meilleurs rôles de Luchini, notamment si vous ne l’aimez pas. En effet, faire surjouer Luchini par rapport à son registre habituel n’est pas une mince affaire. Le résultat est une caricature de lui-même tellement difforme mais aussi tellement juste que son jeu parfois insupportable devient ici hilarant.

 

Maloute

Ça a sacrément changé Tintin, quand même...

 

Les Terres du Nord

Parmi les acteurs non professionnels, Raph brille pendant tout le film. Personnage ambigu dont on ne sait pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, son acteur est tout aussi ambigu : uniquement crédité du nom de Raph au générique on ne sait rien de lui/elle. Son visage fut en tout cas l’un des plus envoûtants du festival de Cannes et l’incertitude qu’il dégage donne le ton du film, qui s’amuse à laisser planer le doute sur tout ce qu’il montre. Outre le visage de Raph, Bruno Dumont se plaît aussi à filmer avec amour les plages du Nord-Pas-de-Calais. Jamais ces paysages n’auront été aussi beaux et lumineux au cinéma. Le sable blanc s’étalant à perte de vue semble engloutir dans sa lumière l’ensemble des personnages. Les disparitions sont alors presque naturelles, tant les plans donnent envie de se perdre dans les paysages du Nord.

 

Ma loute

Avouez que ça donne envie de passer ses vacances d'été dans le Nord !

 

Le film est-il redondant par rapport à Ptit Quinquin ? Si de nombreux éléments rapprochent les deux œuvres (duo d’inspecteurs incompétents, humour absurde, accent chti, gimmicks utilisés jusqu'à l'usure...) Ma Loute se détache suffisamment de son aîné pour continuer à surprendre et à charmer. La dernière demi-heure entraîne une légère lassitude, le film aurait donc peut-être pu être plus court mais difficile quand même de bouder son plaisir, à condition de rentrer dans le film. Les esprits les plus cartésiens risquent en effet de passer un moment très pénible s'ils restent insensible à cet univers loufoque, car le réalisateur va au bout de ses idées. Bruno Dumont essaye en effet de nous sortir de nos habitudes. Ses personnages tombent sans cesse, comme si le monde dans lequel ils vivent est trop bancal pour garder son équilibre et cette impression finit par gagner les spectateurs, pris de vertige devant la folie de Ma Loute. Pour finalement mieux s'envoler ?

 

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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