The Assassin

  Réalisation : Hou Hsiao-hsien

  Sortie : 2016

  Genre : Drame

  Durée : 120 minutes

                                        


The assassin

Vague à lames

 

En plaçant son dernier film aux temps des samouraïs de la Chine impériale, Hou Hsiao-hsien s’inscrit dans une veine cinématographique chinoise déjà riche, le Wu xia pian, films à sabres, qui a déjà connu quelques chefs d’œuvre (Tigre et Dragon, Le Secret des poignards volants et plus récemment The Grandmaster). Alors, prêt à bondir dans les airs en lançant des katanas ?

 

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Nie Yinniang s'efface constamment dans le décor

 

Et bien non. Si vous cherchez de longs combats spectaculaires, passez votre chemin. En revanche si vous voulez voir le plus beau film de ce début d’année, n’hésitez pas. Hou Hsiao-hsien propose, en effet, avec The Assassin, un moment de contemplation pur. Le film frôle la perfection dans une épure totalement maîtrisée. Chaque plan, chaque cadre, chaque mouvement de caméra, est un délice. Le hors-champ est aussi important que ce qui est montré au spectateur, la gestuelle des personnages en dit plus que leurs paroles. C’est du cinéma à son plus haut niveau. Que ce soit devant la discussion de ce couple que la caméra filme à travers des rideaux de soie ou devant un combat sur les toits eu milieu de la nuit, on ne peut qu’être subjugué par le talent du cinéaste qui nous propose un une beauté permanente. La photographie participe de cet émerveillement en jouant sur les flammes de bougie dans les décors intimistes ou sur le soleil dans les vastes plaines de Chine.

 

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Les quelques combats sont réussis

 

Les combats ne sont donc pas au cœur du film. Ils sont présents, parfaitement chorégraphiés, mais contrairement aux films de sabre dont on a l’habitude, ils sont très courts et dénués d’effets esthétiques. Pas de ralenti ou de triple saut dans l’air donc, mais des duels vifs et incisifs qui ne cherchent pas forcément la mort d’un des protagonistes. En effet, l’assassin qui sort tout juste de sa formation doit se confronter au chemin qu'on a tracé pour elle.  Est-elle assez forte pour tuer ? Ou plutôt assez forte pour ne pas tuer ? Cette question est le nerf d’une intrigue simple et efficace. Il semble que  l'histoire ait décontenancé de nombreux spectateurs. Le constat amer et lucide de la dame derrière moi qui, deux secondes après l'arrivée du générique, a laissé son coeur s'écrier "Et bien, j'ai rien compris" en est un exemple. Le film n'est pourtant pas excessivement complexe même s'il joue beaucoup sur le non-dit. Seul le personnage masqué, présent dans la photo ci-dessus, restera un mysère (bien que l'on imagine son identité sans problème). Et même si quelques détails peuvent échapper au spectateur perdu dans la beauté de la réalisation, l'essentiel réside dans la tristesse de Nie Yinniang. Exilée de sa patrie et de retour dans un costume qu'elle n'assume pas encore. Dans les jeux de pouvoir et d’amour de la Chine impériale, le destin de Nie Yinniang se dessine à coups de sabre. La beauté pure du film est aussi celle de ce personnage puissant qui doit décider seule du chemin que suivra sa lame.  

5 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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