Ava

  Réalisation : Léa Mysius

  Sortie : 2017

  Genre : Drame

  Durée : 115 minutes


AvaLa nouvelle Avague

 

Faire un film aussi sombre que solaire, c’est l’exploit que réussit Léa Mysius pour son premier long-métrage. Le temps d’un été, Ava nous conte l’histoire d’une jeune adolescente qui perd progressivement la vue. Attention, il est nécessaire de préciser immédiatement qu’il ne s’agit pas d’un mélodrame pour ne pas effrayer les quelques lecteurs qui soupirent déjà devant ce pitch de départ.

Le personnage d’Ava (Noée Abita) est la principale réussite du film. Cette ado rebelle et perdue, candide et mature, réservée et revêche, sombre et pourtant incroyablement lumineuse bouffe l’écran et hypnotise le spectateur. Le film, remarquablement bien écrit, tout en sobriété, ne cherche pas à nous expliquer la psyché du personnage. Ava reste donc un mystère. Les quelques phrases glissées en voix-off nous donnent des clefs de lecture sur ce qu’elle pense mais ce ne sont que quelques images fugaces d’une personnalité que l'on devine complexe. Plus Ava s'expose moins elle se dévoile.

 

925bab9125201ee3894182400ce8c13cLa beauté d'Ava

 

Léa Mysius donne une vitalité bienvenue à son récit. Le montage astucieux fait glisser les évènements de l’été dans une succession de moments forts qui emportent la jeune fille. La relation d’Ava avec les autres personnages est une alternance de non-dits et d’aveux aussi violents que sincères. Pas de faux-semblants ni de bavardages, les personnages se lient ou se délient totalement. A ce titre, Laure Calamy est formidable dans le rôle de cette mère qui semble aimer sa fille mais qui est loin du modèle maternel idéal.

Après Grave de Ducournau, autre premier film d’une réalisatrice portée par une incroyable, jeune actrice,  on ne peut s’empêcher de penser que le cinéma français a de beaux jours devant lui. On ne parlera pas tout de suite de nouvelle vague, de peur de leur porter la poisse, mais on attendra beaucoup de leurs prochains films. La Nouvelle Vague (la vraie, celle avec les majuscules) est d’ailleurs bien présente dans Ava. Impossible de ne pas penser à Pierrot le Fou, devant les pérégrinations des personnages à la recherche de liberté. Et si la comparaison à un tel chef-d’œuvre est forcément dangereuse pour le film de Léa Mysius, Ava s’en sort très bien et trace son propre chemin dans le sable des dunes. Et il faudra bien à la jeune fille toute sa folie et son audace pour pouvoir encore rêver dans un monde où les policiers, sombres figures juchées sur leurs chevaux, rappellent que le monde réel n'aime pas beaucoup les évadés qui suivent leur chemin de petit bonhomme.

 

Ava2Je voulais placer un beau palindrome avec "Ava", "vue", "vie" et "eyeliner" mais je n'ai rien trouvé =(

 

Ava est une vraie surprise et une belle réussite. Frais, sombre, audacieux, lumineux et porté par de superbes acteurs, qu’attendez-vous pour le voir ?

 

4 1

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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