Logan

  Réalisation : James Mangold

  Sortie : 2017

  Genre : Super-héros ?

  Durée : 135 minutes

                                                                                             


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Roadtrip en Logan

 

Si on m’avait dit à la sortie du deuxième film consacré à Wolverine, que le troisième volet serait une réussite j’aurais sûrement ri aux éclats devant l’optimisme de cette personne pourtant clairvoyante. Qu’est-ce qui a donc bien pu se passer pour qu’en gardant le même réalisateur, la saga Wolverine arrête le massacre et nous livre enfin un bon film sur le mutant canadien ?

 

Hit the road, Jackman

Dès l’annonce du titre du film, le ton était donné. Plus question de continuer les films de série B sans imagination, Logan s’inscrit en rupture de l’univers X-Men développé au cinéma. Pour cela, rien de plus efficace que de faire un bond dans le temps vers un futur à la fois proche mais profondément différent. S’inspirant du comics Old Man Logan, les scénaristes ont décidé de proposer une version vieillie et affaiblie de Wolverine, dans un monde en déréliction.

Logan se débarrasse donc de nombreuses contraintes des films de super-héros pour construire une nouvelle voie, plus sombre, plus violente, plus triste. Dans un monde sans repères, la seule issue est la fuite. De « Mad Max » à « La Route », le cinéma a déjà montré que le road movie fonctionnait parfaitement dans une ambiance crépusculaire. Wolverine se retrouve donc sur la route, accompagné par X-23, jeune fille qui incarne l’espoir, le renouveau et qui plante ses griffes dans ses ennemis avec presque autant d’enthousiasme que son nouveau mentor. Le duo fonctionne à merveille. Il faut saluer la prestation de la jeune actrice, Dafne Keen, qui fait un travail remarquable dans un rôle peu évident. Peut-être la meilleure actrice du X-Universe pour l’instant (désolé Anna Paquin). La complicité qui se crée entre les personnages n’est pas artificielle et donne au film toute sa puissance émotionnelle.

En suivant la voie du road-movie, James Mangold donne à son film une cohésion et une cohérence très forte. Le film se construit comme une course désespérée et sans issue. Il ne cherche pas à annoncer une suite ou à se raccorder à un réseau de films. La fuite de ce Logan est une comète dans le paysage des super-héros qui trace son propre chemin aussi brillant qu’éphémère, chant du cygne d’une fusion entre un acteur et son personnage.

 

LoganYoungwerine et Oldwerine

 

 

La vieillesse est un naufrage

Logan n’est pas parfait. La dernière demi-heure n’est pas à la hauteur des enjeux abordés et gâche une partie du potentiel émotionnel du film (le dernier plan est sublime cependant). Les ennemis sont mal exploités, la violence parfois gratuite et quelques décisions scénaristiques sont peu convaincantes. Cependant, cela n’empêche pas le film de brasser de nombreuses thématiques très intéressantes et généralement peu abordées par le genre super-héroïque. Dans l’univers de Logan, les mutants sont rares et mal en point. Alors qu’ils sont censés symboliser la puissance de l’ « homo superior », les mutants sont ici vus au prisme de leurs faiblesses physiques. Caliban, Wolverine ou Charles-Xavier sont physiquement atténués, malades, faibles. Le traitement du professeur X est une des meilleures idées du film : le plus grand télépathe du monde devient un danger pour le monde entier à cause de sa maladie. Et le film ne cherche pas à donner de réponse positive face à ce constat. La détérioration des êtres, tout super-héros qu’ils soient, est inéluctable et ne peut qu’empirer. Ce pessimisme lucide explique en partie pourquoi Logan tranche dans un genre qui d’habitude nous fait rêver en nous présentant des êtres qui transcendent nos limites humaines.

On peut alors se demander si Logan est véritablement un film de super-héros. Isolé des autres films, crépusculaire, et pessimiste, le film de James Mangold se situe volontairement à la limite de ce genre  qu’il rejette autant qu’il embrasse. C’était la seule façon pour les scénaristes de se sortir de l’héritage catastrophique laissé par les autres films X-Men. Cependant, il laisse peu de marge de manœuvre pour les prochains films tirés de la saga des mutants qui ne pourront pas suivre ce chemin trop singulier.

 

Logan2Logan est-il un film X-Men ? Vous avez trois heures

 

Logan est un très bon film. Il est légitime cependant de se demander si c'est un bon film de super-héros ? J'aurais tendance à dire que non. C'est une proposition très interessante et nécessaire sur le mythe de Wolverine qui avait beaucoup trop souffert jusque là au cinéma, c'est un adieu parfait de Hugh Jackman à son personnage fétiche, c'est un film émouvant et sombre, mais il n'incarne pas l'essence des comic-books Marvel comme a pu le faire un Civil War. Et tant mieux, serait-on tentés de dire devant le calendrier chargé qui nous attend. Logan est un stand-alone de qualité, à savourer tel quel. Snikt.

 

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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