X-Men 2

 

Le premier X-MEN ayant cartonné au box-office au cinéma, la suite débarque trois ans plus tard. Bryan Singer peut s’appuyer sur l’univers qu’il a déjà introduit pour se faire plaisir avec les mutants. Il s’inspire, cette fois-ci, directement des comics pour écrire le scénario et plus précisément du graphic novel (volume en parallèle de la série principale souvent plus ambitieux artistiquement et scénaristiquement)  God Loves, Man Kills écrit en 1982 par Claremont. L’adaptation fonctionne-t-elle ?

 

I/ Les personnages

A/ Les méchants

1. William Stryker l’antagoniste principal

 

 

Il n’y a pas de bonne histoire sans vilain réussi, pour reprendre Hitchcock. William Stryker est de fait un fieffé filou tant dans le comics que dans le film.

Cependant Bryan Singer choisit de ne pas reprendre l’un des thèmes centraux du graphic novel : le radicalisme religieux. Dans le comics, William Stryker est en effet un prêcheur acharné dans la haine contre les mutants. Il multiplie les meetings et prône leur éradication au nom de dieu. On retrouve dans la version ciné la même haine des mutants mais chez un agent militaire du gouvernement. Le fondamentalisme religieux laisse donc place au complot militaro-étatique. 

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Au revoir dieu, bonjour l'armée

Ce choix s’explique peut-être par un effet de génération. Les discours aux relents maccarthystes du Stryker original touchaient peut-être plus le public en 1982, alors que la guerre froide existait toujours. Le début des années 2000 était sûrement plus propice à une nouvelle variation sur les forces obscures cachées dans les arcanes du pouvoir. On ne peut s’empêcher de penser que le personnage perd en force dans cette nouvelle version puisque la haine pure qu’il voue aux mutants est beaucoup moins sensible.

 

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Fallait oser quand même...

D’ailleurs une différence de background rend M. Stryker légèrement moins détestable dans le film. En effet on comprend dans celui-ci que son aversion pour les porteurs du gène X vient de la naissance de son fils, à qui il reproche le suicide de sa mère. Dans la BD, Stryker lui-même tue sa mère et son enfant lorsqu’il se rend compte qu’il a enfanté un « monstre ».

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ça c'est qu'on appelle un méchant méchant

Le changement de motivation et de background du méchant principal de l’histoire le rend un peu moins charismatique et un peu plus classique mais son but reste le même l’éradication des mutants et pour cela il va devoir affronter les X-Men

 

2. Et ses acolytes

 

Jason Stryker, le fils mutant, est donc une création originale du film. Son pouvoir est inspiré de Mastermind, super-vilain qui crée des illusions et manipule les esprits mais le personnage n’a rien d’autre en commun. C’est une bonne idée de la part des scénaristes d’utiliser ce mutant comme arme contre Charles-Xavier. Le fait que Stryker n’hésite pas à se servir de son propre fils comme d’un simple objet dans son plan lui redonne un peu de cruauté.

Lady Deathstrike est quant à elle un personnage à part entière du comics. Mais là aussi seul le pouvoir est repris. Alors que dans la BD, Yuriko Oyama, ennemie jurée de Wolverine,  a un passé riche et interessant (son père est le créateur de la pose d’adamantium sur le squelette mais elle devient une sorte de Cyborg après sa rencontre avec la mutante Spyral), elle n’est ici qu’une création de William Stryker dont on ne saura rien de plus. Elle ne sert qu’à nous proposer un duel assez réussi mais un peu inutile face à Wolverine.

 

B/ Les Mutants

 1. De bons ajouts

J’avais insisté dans le premier article sur l’importance de la place laissée aux X-Men dans les film puisque c’est cette galerie de mutants divers et variés qui fait la force principale du comics. Malgré quelques ratés, Singer s’en était sorti honorablement en introduisant le strict minimum nécessaire. X-Men 2 était l’occasion d’ajouter quelques petits nouveaux et notamment l’un des chouchous du public : Nightcrawler (Diablo).

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<3 <3

 

Nightcrawler est sûrement l’un des personnages les plus populaires chez les fans de X-Men mais aussi chez un public plus large grâce notamment aux dessins animés qui lui faisaient la part belle. Il est donc logique qu’il fasse son apparition dans le film et c’est une réussite. Le film prend le temps de l’introduire et lui réserve quelques scènes savoureuses. (Notamment la sublime attaque du président en ouverture du film).  Le choix d’Alan Cummings est aussi une excellente idée et il se glisse parfaitement dans la peau bleutée du héros.

Autre addition au casting : Pyro. Membre de la confrérie des Mauvais Mutants dans le comics. Il est ici présenté comme un élève instable dans l’école de Charles-Xavier. On comprend rapidement que le film prépare son passage dans l’équipe adverse pour le troisième volet et c’est une idée assez astucieuse même si dans l’exécution cela semble assez forcé et aurait pu être fait avec un peu plus de subtilité…

Et c’est tout. Deux personnages s’ajoutent donc au casting initial, on est loin d’un raz-de-marée de nouveautés. Bryan Singer décide donc de se reposer sur le casting du premier volet. Magneto et Mystique alliant leurs forces avec Storm, Cyclope, Marvel Girl , Wolverine, Charles-Xavier, Malicia et Iceman pour combattre Stryke. Cela fonctionne plutôt bien et je n’ai pas de reproche majeur à faire à ce choix.

Ah si, j’oublie les caméos.

 

2. Foutus caméos.

Comme je l’ai déjà expliqué, les restrictions budgétaires sont l’un des premiers facteurs quant aux choix des personnages présents à l’écran. Beaucoup de mutants prévus dans les scripts sont ensuite évincés (Beast , Gambit, Psyloche…). C’est tout à fait normal et le cinéma ne peut pas utiliser les personnages créés en 50 ans de comics. Mais ce que je ne supporte pas c’est l’utilisation de caméos pour faire semblant d’avoir mis plein de personnages dans le film. L’exemple le plus marquant est ce pauvre Colossus. Et je ne dis pas ça uniquement parce que c’est mon chouchou. C’est un pilier de l’équipe des X-Men, présent depuis sa création dans la renaissance des X-Men (cf première partie du dossier) et c’est aussi l’un des personnages les sympathiques de l’univers Marvel avec son âme de gentil communiste et son sens de l’équipe.  Alors pourquoi le cantonner à des petites scènes inutiles ?

Les caméos servent uniquement à flatter le fan dans le sens du poil en lui faisant des petits clins d’œil  mais je pense que les caméos ne fonctionnent avec personne en réalité. Le néophyte ne sait pas qui est Colossus et n’en a donc rien à faire de le voir pendant dix secondes, mais l’amateur de comics ne veut pas non plus le voir faire de la figuration. Evidemment qu’il faut des personnages secondaires et c’est l’occasion de montrer différents pouvoirs sans frais mais je pense qu’il serait plus efficace d’inventer des seconds couteaux plutôt que de gâcher des personnages appréciés du public cible.

Dans X-Men ce sont donc, en plus de Collosus, Syrin, Jubilee, Cypher (si on ne cligne pas des yeux), Artie, et Kitty Pryde qui font des apparitions éclair. Inutile.

 

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 Mon super-pouvoir ? Je fais des super caméos de merde !

II/ L’intrigue

A/ Une adaptation réussie

1. Une histoire prenante

Pas la peine de tourner autour du pot. X-Men 2 est globalement une réussite. L’idée d’adapter God Loves, Man Kills pour ce deuxième volet est très habile. Cet arc narratif n’est en effet pas très connu, ce qui laisse à Bryan Singer une certaine liberté. Il s’inspire en effet des grandes lignes de l’intrigue. Charles-Xavier se fait capturer par Stryker qui veut se servir de son pouvoir pour tuer tous les mutants. Les X-Men doivent se lier à Magneto pour faire échouer le plan.

Brian Singer se permet quelques ajouts intéressants. L’attaque spectaculaire de l’école est parfaitement justifiée et incorporée dans l’intrigue. La BD n’utilise pas du tout Cerebro et le film semble même presque plus logique et convaincant dans la façon dont Charles-Xavier est manipulé. C’est assez rare pour être souligné.

Les scénaristes du film ont aussi décidé de laisser tomber l’affrontement public et donc idéologique entre les X-Men et Stryker. Seul le lavage de cerveau du président en fin de film rappelle légèrement cette thématique du rapport entre les X-Men et la société. Le comics s’y attarde beaucoup plus puisque le dénouement se joue par la perte de crédibilité de Stryker face au monde entier lorsqu’il essaye de tuer Kitty. Peut-être que cela vous fait penser à quelque chose si vous êtes allés au cinéma récemment : en effet, Days of Futur Past reprendra cette idée. Mais ce n’est pas du tout le thème principal de X-Men 2 et Singer décide donc de ne pas utiliser ce moment fort du Graphic Novel.

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 Le climax du comics, absent du film (mais pas de la saga)

2. Des scènes géniales

 

Pourquoi tout adapter en film ? C’est une question qu’on se pose régulièrement quand on voit les livres de notre enfance, les grands classiques, les mythes grecs, les comics, les faits divers ou historiques, bref tout ce qui existe, passer à la moulinette du 7ème art. On est d’ailleurs souvent déçus quand on est attachés à l’œuvre originale et pourtant on y va quand même, impatient de voir nos héros préférés sur grand écran.

X-Men 2 offre une  réponse à cette question. On y va surtout pour voir ces petits moments de grâce qui n’existent qu’au cinéma. J’en ai déjà parlé mais la scène d’introduction nous fait voir Nightcrawler comme on ne l’a jamais vu dans un comics. Cette bataille téléportée parfaitement chorégraphiée est exactement ce qu’on vient voir au cinéma. (Et puis Dies Ira, ça marche toujours.) L’évasion de Magneto est aussi une scène très forte, un peu moins spectaculaire mais diablement bien pensée.

Le film s’amuse beaucoup avec les pouvoirs des mutants : le petit garçon qui zappe la télé, Iceman qui refroidit une bière, Wolverine à qui l’on demande de poser ses couteaux, sont autant de bonnes idées inattendues et très plaisantes à voir sur l’écran.

(Petite parenthèse ronchonne, ce côté prosaïque des mutants n’existait quasiment pas dans les BD jusqu’aux années 2000 à peu près, depuis on subit presque une overdose de petites scènes de la vie de tous les jours où l’on voit Jean et Cyclops manger des burgers pendant des scènes interminables. Tout ça à cause de Bendis…)

C’est cette combinaison d’une intrigue solide avec des moments cultes qui fait de X-Men 2 l’un des meilleurs (le meilleur ?) film de la saga. Brian Singer a su s’appuyer habilement sur ce qu’il a développé dans le premier volet pour construire un très bon film.

 

B/ Deux bémols

1. WOLVERINE

Wolverine prend encore plus de place dans ce film et c’est le début d’un phénomène qui n’a jamais cessé. La saga X-Men semble ne tourne qu’autour de lui et c’est vraiment dommage. Il a donc le droit dans ce film à deux scènes rien que pour lui : l’attaque de l’école et son combat inutile contre la pseudo-Deathstrike pendant que Cyclops euh… bah… hum…

Le comics réussissait à gérer presque tous les personnages de l’équipe en 60 pages. Kitty Pryde notamment, alors récemment créée dans l’univers X-Men (elle porte encore le surnom d’Ariel) bénéficie de plusieurs scènes en solitaire. Le film peine encore à faire exister tous les membres de l’équipe et c’est quand même regrettable.

 

2. Une fin toute nulle

 

C’est quand même dommage de conclure ce film par cette fin sortie de nulle part. Certes, il fallait introduire le troisième volet mais tuer Jean Grey à  la va-vite pour faire un faux cliff-hanger était sûrement le pire moyen de le faire. Non et puis franchement, un barrage ? Sérieusement ? Jean Grey qui est l’un des mutants les plus puissants de l’univers Marvel se faire tuer par un peu d’eau ? Personne n’y croit une seconde.

 

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Oh merde, une fuite !

La mort dans les comics est un concept très différent par rapport aux films. Personne ne meurt jamais dans les comics (à part Gwen Stacy). En effet, la mort d’un personnage iconique signifie qu’il va revenir dans quelques mois ou quelques années au mieux. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà compté le nombre de résurrections chez Marvel ou DC mais c’est surement un nombre à 3 chiffres. Cela s’explique simplement, les comics sont un flux continu et si la mort d’un personnage crée un climax narratif et peut booster les ventes (cf mort de Superman), sur le long terme les lecteurs et les scénaristes ont besoin que le défunt revienne. Spider-Man, Batman et Wolverine sont immortels mais le Joker, le Bouffon Vert et Magneto aussi. Dans les films par contre, on n’hésite pas à tuer définitivement, notamment les vilains. La première trilogie de Spidey voit le Bouffon Vert, Harry Osborn, Octopus et Sandman mourir, chose impossible dans les comics où ces vilains reviennent régulièrement.

La mort au cinéma a donc beaucoup plus d’impact. Il convient donc de la soigner. Tuer Jean Grey n’était pas crédible une seconde pour tout lecteur de comics. Mais de cette manière, ce n’était pas crédible pour n’importe quel spectateur ! Une scène complètement ratée mais qui au moins annonce parfaitement la catastrophe qui arrive : X-Men 3.

 

Conclusion :

X-Men 2 est un très bon film qui réussit à s'inspirer d'une excellente histoire pour proposer un film solide ponctué de scènes savoureuses. On peut regretter quelques petits détails mais globalement et surtout quand on sait ce qui arrive après, on ne peut que savourer ce deuxième volet.

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