2046

  Réalisation : Wong Kar-wai

  Sortie : 2004

  Genre : Drame

  Durée : 129 minutes

 

 


 

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Echos du grand amour

En 2000 sortait sur les écrans du monde entier une petite bombe qui révéla le cinéaste chinois/hongkongais, Wong Kar-wai. Ce bijou au doux nom d’In the Mood for love est devenu culte pour tous les cinéphiles mais aussi pour les arpenteurs un peu plus occasionnels des salles obscures. Quatre ans plus tard, 2046 a la lourde tâche de lui succéder. L’intrigue se situe donc après les événements d’In the Mood for Love. Chow essaye de combler laissé par le départ de Su Li-Zhen.

 

Leçon d’un virtuose

Wong Kar-Wai est sûrement l’un des plus grands cinéastes de notre époque. Ce film en est une preuve. De nombreux plans sont tout bonnement à couper le souffle. Entre le jeu de lumière, le cadrage et les mouvements de caméra, tout est fait pour plonger le spectateur dans l’ambiance du film. La beauté esthétique n’est donc pas vaine et sert pleinement le ton du film à la fois mélancolique et poétique.

On sait que le réalisateur est un amateur d’effets de style. On retrouve donc les fameux ralentis d’In the Mood for Love, des jeux de montage qui brisent la continuité temporelle de l’action et d’autres petites touches qui restent cependant discrètes et toujours au service de l’univers général du film.

Cet univers est d’ailleurs assez triste et tous les personnages semblent immobilisés, prisonniers d’un futur qu’ils n’arrivent pas à atteindre ou  d’un passé qu’ils voudraient retrouver. La structure du film est bien pensée. Celui-ci est construit autour de trois histoires d’amour, toutes échos de sa première histoire. Mais ces histoires ne sont pas racontées linéairement. Elles sont découpées et racontées sans véritable chronologie et de manière parallèle. Certaines scènes et même certains plans prennent sens qu’à la fin du film (le gant noir de la première des femmes par exemple). Attention, je ne parle pas de twists à la Nolan, ce sont des petits détails qui s’ajoutent les uns aux autres et forment au final un tout cohérent, architecture méticuleuse d’un monument poétique. Fil rouge du film, un plan régulier de l’enseigne de l’hôtel avec comme seule variation le personnage présent dans un coin de l’écran : tous les protagonistes y apparaissent tout à tour, parfois seuls, parfois en couple, ce qui donne une force incroyable au plan qui nous présente le même lieu sans personne pour le faire vivre.

A cela s’ajoute quelques scènes tirées de l’œuvre de fiction qu’est en train d’écrire le personnage principal en s’inspirant de ces différentes rencontres. Dans un futur éloigné et peuplé d’androïdes, des êtres ressemblant aux connaissances de Chow vivent une histoire qui rappelle vaguement les autres fils narratifs, comme un écho métaphorique. C’est très intelligent de la part de Wong Kar-Wai, car ça lui permet à l’intérieur de son film, par cette mise en abyme, de cristalliser les émotions qui se dégagent des trois autres intrigues dans une ode onirique et partielle qui n’entend pas résumer tout le film mais qui lui donne une dimension supplémentaire. C’est aussi une réflexion sur la création et la part de sentiments personnels qu’insuffle chaque auteur dans son œuvre.

 

Des sentiments qui se diluent

Cependant 2042 n’a pas la force de son illustre prédécesseur. Et c'est peut-être paradoxalement, la structure du film que je viens de vous vanter qui empêche le récit de nous emporter totalement. En effet, chaque relation apparaît comme un écho affaibli de l’amour premier la mélancolie se dilue donc dans ses trois intrigues et le film perd en puissance dans cette répétition tierce d’une même tonalité. On sent même poindre l’ennui dans le ventre mou du film alors que l’une des relations vouées à l’échec s’étire dans une situation assez classique.

Les premières et dernières quarante-cinq minutes sont pourtant fantastiques. Peut-être que l’intrigue (science-) fictionnelle aurait mérité d’être plus développée ou mieux répartie dans le film. Peut-être que tout simplement, le film aurait peut-être gagné à être raccourci une demi-heure au montage.

2042 est éblouissant de beauté et propose une construction intéressante sur le thème de l’impossibilité de revivre le grand amour, une fois celui-ci perdu. Les intrigues parallèles fonctionnent comme des échos du premier amour raconté dans In the Mood for Love. Malheureusement, le film lui-même devient un écho du chef d’œuvre qui le précède et n’arrive donc pars à retrouver sa puissance. Reste néanmoins une belle œuvre de la part du grand Wong Kar-Wai.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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