Aimer, boire et chanter

  Réalisation : Alain Resnais

  Sortie : 2014

  Genre : Comédie

  Durée : 108 minutes

 

 


 

Adieu, Monsieur Resnais

 

C’est toujours émouvant de voir un film posthume. Ça l’est encore plus quand le cinéaste disparu fait partie de votre Panthéon personnel. Hiroshima mon amour est l’un des films qui m’ont profondément marqué et qui m’ont fait aimer le cinéma. C’est un chef d’œuvre absolu que je ne me lasse pas de revoir (ah, Emmanuelle Riva…). L’année dernière à Marienbad  et Nuit et Brouillard sont aussi des monuments du cinéma. Mais même ces derniers films, moins ambitieux, avec la troupe bien connue (Arditi, Azéma, Dussolier…) m’ont plus par leur audace et par le plaisir évident que prenait Resnais à les filmer. Aimer, boire et chanter est donc la dernière œuvre que nous laisse Alain Resnais. Et c’est avec un pincement au cœur que j’ai vu le générique défiler.

 

Théâtre filmé ou cinéma théâtral ?

Resnais filme les acteurs comme dans une pièce de théâtre. A l’image de Pas sur la Bouche, par exemple, tout semble artificiel. Les répliques se suivent avec les intonations et les temps propres aux comédiens de scène. Et même si cette technique était déjà présente dans ses autres films (d’aucuns osent critiquer le jeu parfait d’Emmanuelle Riva pour cela), elle est ici renforcée par l’absence de décors. De simples rideaux symbolisent l’extérieur et les personnages sortent de l’écran après leurs scènes comme des comédiens partent en coulisses. Rien n’est réel et tout est joué. La mise en abyme de la pièce que répètent les personnages (sans qu’on ne les voit jamais pendant ses fameuses répétitions) est d’autant plus maline qu’ils semblent déjà tous jouer une pièce devant nous. Les monologues,  avec gros plan sur fond gris, participent aussi de cette artificialité des situations.

All the world's a stage disait Shakespeare, et pour Resnais c’est une comédie légère. L’intrigue tourne donc autour de trois couples qui seront perturbés par l’annonce du cancer de Georges. Pas de quiproquo, ni de situations abracadabrantes, Alain Resnais ne fait pas un vaudeville mais une comédie sur la confiance dans le couple et le désir d’aller voir ailleurs, l’âge aidant. On passe un bon moment et les répliques font souvent mouche alors que Georges se fait de plus en plus présent. Les acteurs n’ont évidemment plus rien à prouver et on peut juste regretter éventuellement un début poussif avant que l’on s’attache réellement aux personnages.

 

 

Un grand absent

Le fameux Georges est omniprésent, tous les personnages en parlent en cesse, et pourtant il n’apparaît jamais. Spectre hantant les hommes et envoûtant les femmes, il est le nœud principal de l’intrigue mais on ne le connaît uniquement par procuration à travers les récits de ses amis proches. Ce procédé ingénieux permet de faire graviter l’ensemble de ces personnages autour d’un noyau invisible et d’observer comment les interactions se nouent et se dénouent autour de cette figure tapie dans l’ombre.

Evidemment, difficile de ne pas penser à Alain Resnais… Le film nous fait comprendre que Georges était un bon vivant qui conseille à tout le monde de s’amuser et de profiter de la vie tant qu’il est encore tant. Aimer, boire et chanter, comme le rappelle le titre du film, et le reste importe peu. Ce message de Georges c’est celui que nous envoie Alain Resnais. La scène finale devient d’ailleurs, par coïncidence, sublime et bouleversante. On sort donc du cinéma le cœur gros, mais en retenant ce précieux conseil, sans doute une très belle manière de tirer sa révérence, il faut savoir s’amuser et vivre.

Un film mineur donc dans l’impressionnante filmographie d’Alain Resnais. Il est d’ailleurs moins ambitieux et testamentaire que le dernier, le très beau Vous n’avez encore rien vu, qui jouait déjà sur la fontière du cinéma et du théâtre. Mais il est beaucoup plus joyeux et optimiste et c’est sur cette jolie note que nous quittons ce grand artiste.

Merci pour tout Monsieur Resnais.

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !