Deliverance

  Réalisation : John Boorman

  Sortie : 1972

  Genre : Drame

  Durée : 109 minutes

                                            


Deliverance poster

Rame ou crève

 

Pour profiter une dernière fois d’une rivière sauvage destinée à être transformé en lac touristique, quatre hommes se lancent dans une traversée en canoë pour se confronter à la nature. Mal leur en a pris.

 

Sauvage(s)

Le ton du film est donné dès les premières minutes qui nous laissent entendre en voix-off, Lewis (incarné par Burt Reynolds) déplorer la future extinction de la rivière sur des images de chantier et de destruction. Le rapport de l’homme à la nature est déjà posé comme conflictuel. Mais la deuxième séquence nous montre que le danger ne vient pas uniquement des éléments. En débarquant dans une ville déserte car rayée de la carte pour faire place au lac, les quatre compères vont se retrouver face aux derniers habitants de l’endroit et même si les relations restent cordiales, on sent bien que ce sont deux mondes différents qui se rencontrent. Le duel au banjo entre l’un des « touristes » et un jeune garçon apparemment déficient mental, en plus d’être une séquence grandiose, anticipe déjà le cœur du film. Le lien qu’essaye de créer le guitariste avec l’enfant est finalement factice, dès que les instruments s’arrêtent, toute communication est impossible. C’est d’ailleurs par un regard muet et inquiétant que l’enfant dira au revoir aux aventuriers imprudents. Ils sont des intrus dans cet environnement qui ne leur appartient pas. Ils devront se battre pour en sortir vivants…

 

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Toujours se méfier des sans-dents

 

 Une traversée pas gaie

Comme on s’y attend, la traversée est évidemment une catastrophe. Et ce n’est pas la nature qui se révèle la plus hostile. Certaines scènes sont particulièrement angoissantes et on se retrouve prisonnier de l’atmosphère étouffante de la rivière. Car si celle-ci est condamnée à disparaître, elle semble déterminée à emporter tout ce qu’elle peut avec elle. A la fin du film, les quatre hommes ne sont définitivement plus les mêmes. D’ailleurs, petit jeu rigolo si vous regardez ce film avec des amis, demandez-vous quel destin vous choisiriez si vous deviez vous mettre dans la peau d’un des personnages. Dilemme garanti.

Si les personnages peuvent sembler légèrement caricaturaux au début du film (le gros, le normal, le musicien et l’aventurier intrépide incarné par un Burt Reynolds qui n’aura jamais autant ressemblé à Marlon Brando), les épreuves qu’ils traversent modifient totalement la donne et Deliverance évite l’écueil d’une écriture trop superflu qui aurait fait basculer l’intrigue dans le film-catastrophe. L'évolution du personnage principal (joué par Jon Voight, qui avant d'être le supporter numéro un de Trump, était un très bon acteur) reflète cette profondeur d'écriture. Il se montre, en effet, face aux circonstances, assez ambigu et ne devient jamais la boussole morale qu'on aurait pu attendre de lui.

 

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Marlon Reynolds ou Burt Brando, je ne sais plus

 

On ne peut s’empêcher de penser à Aguirre ou la colère de Dieu, le chef d’œuvre de Herzog. Si les films partagent le thème de la descente d’une rivière destinée à échouer, Deliverance est beaucoup plus brut et épuré. La poésie de Herzog fait place ici à un récit dur et sans autre apprêt que la beauté des paysages. Le fait que le film de Boorman se situe dans notre époque lui donne aussi une dimension différente : celle d’un témoignage sur la déchéance d’une humanité corrompue qui veut dompter la nature alors qu’elle ne se contrôle pas elle-même.

 

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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