Elle s'appelle Ruby

  Réalisation : Jonathan Dayton, Valerie Faris

  Sortie : 2012

  Genre : Comédie, Romance

  Durée : 104 minutes

 

 

Ruby

Ruby, Ruby, Ruby (do you, do you, do you)

 

Elle s'appelle Ruby, ou une banale rom com américaine comme on en voit des centaines, sans prise de risque, à fin heureuse, s'appuyant sur quelques moments légers pour asseoir un scénario sans intérêt. En tout cas, c'est ce que le trailer a l'air de vendre. Pourtant, le film a une vraie valeur qui dépasse a priori ses ambitions (ce sont les mêmes qui ont fait Little Miss Sunshine, ce n'est pas peu dire).

 

Une trame à la hauteur du trailer...

Oui, Elle s'appelle Ruby est présenté comme une rom com. Un jeune écrivain en panne d'inspiration et désespérément seul décide, suivant les directives de son thérapeute, d'écrire à propos de son idéal de fille. Ruby est en tout point la fille qui lui correspond et il tombe rapidement amoureux de sa création. Le problème c'est que sa création est devenue réalité. Pino... euh Ruby, de chair et d'os, et la nouvelle petite amie de Calvin et elle obéit à la moindre caractéristique écrite sur ses pages. Et le film devint une rom com. S'en suivent les hauts et les bas du couple, Calvin restant ce qu'il était à la base, un jeune homme névrosé et asocial, en manque d'affection et détaché de sa famille. A mesure que Ruby se rend compte de sa déconnexion avec le monde (il n'a ni ami, ni connexion avec sa famille, ni but), elle se rend compte qu'elle ne peut pas porter sur ses épaules le fait d'être la seule dans la vie de Calvin et s'éloigne de lui. A un point qui finit par faire réagir le jeune écrivain.

 

...Jusqu'à ce que ?

Arrivé à ce point du film, on peut le lire de deux manières. La première, la plus évidente et celle qui est soutenue par le trailer et la fin du film. C'est une suite logique de ce qui nous a été proposé depuis le début du film, une réaction de Calvin pour essayer de garder Ruby. Par tous les moyens possibles il affectera Ruby pour qu'elle s'attache davantage lui et ne le quitte pas. Une autre lecture, soutenue par un certain nombre de signes et … la fin du film, bizarrement, c'est que Calvin cherche avant tout à garder la main sur sa création. La création qu'il a fait naître et qui finit par le dépasser car elle a sa propre volonté. Edition après édition, il finira par détruire l'identité de Ruby et la confronter à la vraie raison de son existence. Dans un dernier acte de cruauté, plutôt que de perdre le contrôle de son œuvre, il préfère la torturer en lui faisant faire ce qu'il souhaite, jusqu'à ce qu'elle lui répète qu'il est un génie. Cette idée est tout simplement à des lieues de ce que le trailer laisse entendre, et porte à mon sens le message le plus important du film ; tout le reste n'est que du réchauffé sans grand intérêt.

 

Un dénouement en demi-teinte

Voyant ce qu'il a causé à son œuvre venue à la vie, Calvin, dégoûté, finit par la libérer. Elle aura sa propre vie et sa propre histoire, et ne se rappellera pas de ses vraies origines. Calvin écrit le livre de son histoire avec Ruby et connait un nouveau succès. Suite à quoi il finit par … tomber sur Ruby par hasard. Elle ne se rappelle pas de lui mais semble lui offrir une chance de recommencer leur relation sur de nouvelles bases. Ce que Calvin accepte bien entendu. Et je pense que si l'idée du film est de donner cette seconde chance au couple, il ne faut pas se leurrer sur cette fausse happy end voulue par une rom com. Dans le fond, la fin est encore plus cruelle que le déroulement du film. Calvin a bel et bien rencontré Ruby mais il l'a créée, l'a manipulée et l'a assouvie pour finalement la libérer. C'est en parfait inconnu qu'il va la retrouver, sachant lui-même ce qu'il a fait subir a sa création. Les retrouvailles entre Calvin et Ruby, c'est l'aveu du personnage principal qu'il n'a pas du tout appris de ses – immenses – erreurs. Car si l'on peut penser que le rapport de Ruby à Calvin est le même que d'un auteur à son œuvre, ce n'est plus la manière dont il la voit.

Pourtant, c'est bien ce qu'elle est et ce qu'elle va rester. Sa décision de la libérer ne change en rien le passé qu'ils ont eu ensemble et ses origines, l'encre et le papier. Si l'on considère comme le suggère le film qu'un personnage de roman est un nouveau membre de l'espèce humaine, son père est Calvin et sa relation avec Ruby en devient presque incestueuse. Calvin décide de réitérer l'expérience avec, je suppose, des intentions meilleures mais dans le fond ne fait que se bercer de nouvelles illusions. La fin du film n'est pas une happy end. C'est un constat terrible sur l'incapacité du jeune écrivain à laisser son œuvre partir et surmonter ses émotions. Et ma note sanctionne surtout l'hypocrisie de cette fin qui semble annoncer une suite meilleure : Calvin n'a pas vraiment changé, ou s'il a changé, il ne s'est en tout cas pas amélioré.

3 1

 

Martin Hervieu

Programmeur à mes heures, je reste avant tout un enfant des Dents de la Mer qui en plus de m'avoir donné mon prénom m'a donné un nouveau dieu.

Sinon, je joue aussi à des jeux et je regarde des films et surtout beaucoup de séries. Et pas que des biens.

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