Fading Gigolo

  Réalisation : John Turturro

  Sortie : 2014

  Genre : Comédie

  Durée : 98 minutes

 

 

 

Un plan à trois avec Allen et Turturro, ça vous dit ?

 

Dès la bande-annonce aperçue il y a quelques semaines, on sentait bien que même si Woody Allen n’était pas derrière la caméra, le ton du film s’inscrivait pleinement dans le style du plus New-Yorkais des cinéastes. On pouvait alors craindre une sorte de pâle copie au goût de déjà-vu. Qu’en est-il ?

Woody Allen, cœur cœur.

Oui, comme on pouvait le penser, le film est très proche  des comédies de Allen. Les dialogues, le ton du film, l’humour, les situations,  presque tout rappelle sa géniale filmographie. La forte présence de l’univers judaïque avec un recul et une distance sur ses travers ne peut que renforcer ce sentiment.  Il est donc déconseillé d’aller voir ce film si on est allergique à son œuvre. Même le rôle interprété par Woody est exactement le même que celui qu’il a presque toujours joué : un être à la fois sarcastique et un peu à côté de la plaque, touchant par sa maladresse et son esprit railleur. Pas de surprises de ce côte-là non plus donc.

Mais si l’on aime le réalisateur d'Hannah et ses soeurs, alors évidemment on prend beaucoup de plaisir. J’ai déjà eu l’occasion de le dire sur ce site, je suis un grand fan du Monsieur. Alors, j’étais immédiatement sous le charme du film. Chaque réplique de Woody Allen m’a fait rire (son enlèvement hilarant par la police juive nous ramène à ses tous premiers films et montre qu’il n’a rien perdu de sa qualité d’acteur comique). Il faut bien avouer que plus le temps passe, plus on a peur de le voir partir en plus. Comment se priver d’une de ses désormais rares apparitions en tant qu’acteur dans un rôle important ? Impossible.

De plus, John Turturro n’en fait pas trop et rend un bel hommage à l’univers de Woody Allen dans ce film. L’humour fonctionne et on n’assiste pas à un essai d’imitation laborieux mais plutôt à une variation élégante sur un thème connu. Si on aime Woody Allen on ne sera donc pas déçu par ce film.


Un film de John Turturro

Et pourtant, (et c’est là le twist de ma critique à l’intrigue finement ciselée) ce film a une personnalité qui lui est propre. Il est même assez étrange dans son rythme et dans son montage. Le film raconte l’histoire de Fioravante, qui se voit proposer par Murphy de coucher avec des femmes en quête d’aventures contre de l’argent et de devenir un gigolo donc. Une fois sorti de la séance, difficile de résumer le film à cela pourtant. Sharon Stone et la plantureuse Sofia Vergara, deux des femmes qui paient ses services, ne sont à aucun moment un véritable nœud de l’intrigue. Leur présence semble même quelque peu gratuite, comme certaines scènes ou gags du film dont on ne sait pas trop ce qu’ils font là. L’existence de la police de quartier juive qui arrive dans l’histoire au moment ou Allen qui a rencontré le personnage de Vannessa Paradis (surprenante dans la peau d’une juive très pratiquante en deuil) en emmenant des enfants retirer leurs poux, la présente à Fioravente, semble aussi sortir de nulle part. Le film est donc presque loufoque même si la narration reste classique.

Certaines scènes sont aussi étrangement coupées et semblent s’arrêter trop tôt. On pense ainsi au gag du baseball dans le jardin où l’un des policiers cachés dans les buissons reçoit la balle lancée par un gamin. Ce gag archi-classique devrait s’inscrire dans une certaine durée pour fonctionner normalement. Ici, la scène est coupée très vite et le spectateur ne sait pas trop comment réagir face à e qu’il vient de voir. La fameuse scène du plan à trois qui est très présente dans le début du film, devient vraiment un moment très simple et sans réelle importance une fois arrivée. Turturro nous surprend donc pendant tout le film en s’éloignant des schémas habituels de narration.

Tout cela donne un charme fou au film qui reste un objet assez mystérieux et surprenant. C’est donc une comédie fort sympathique que nous présente John Turturro. Très inspiré de l’univers de Woody Allen, qui joue à la perfection, il arrive cependant à surprendre le spectateur par un film sans grande ambition mais au final assez touchant.

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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