Gravity

  Réalisation : Alfonso Cuaron

  Sortie : 2013

  Genre : Thriller / Drame / SF

  Durée : 91 minutes

 

 



 

Le Kinder Suprise de l'année

 

J’aime beaucoup les critiques. J’en lis tout le temps. Cinéma, séries, livres. Je lis des critiques sur ce que j’ai vu, ce que j’ai hâte de voir, ce que je n’irai jamais voir. Je me demande souvent si ces critiques ne pervertissent pas ma façon d’appréhender l’œuvre, si je ne me suis pas déjà fait mon avis avant de m’assoir sur le strapontin. Et puis un jour, les critiques encensent un film, je le déteste, et je suis réconcilié avec mon Moi profond.

Vous connaissez sans doute ce sentiment quand on mange un Kinder Surprise. On aime beaucoup le chocolat au lait, c’est délicieux et on est tout content à l’idée de le manger pour découvrir le cadeau. Mais une fois ouvert la petite coquille jaune, le cadeau est souvent décevant, un jouet déjà recyclé, une petite figurine dont la structure est évidente et qui ne posera problème qu’aux tout petits enfants.

Vous voyez où je veux en venir ?

Alors oui, Gravity de Cuaron est beau. Très beau. Sublime. Le plus beau film de l’histoire du cinéma ? Peut-être bien. Il est souvent présenté comme le film qui réconcilie le public avec la 3D. Je suis personnellement l’un des rares défenseurs de la 3D qui a déjà connu de grands films (Hugo Cabret, Pina, Tintin…). Mais il faut bien admettre qu’on sent l’avancée technologique. Gravity s’inscrit donc pleinement dans l’héritage d’Avatar de Cameron en bouleversant la technique cinématographique (l’utilisation de la Light Box est un nouveau pas de la motion capture). On est donc saisi par ce qui se passe à l’écran, le film est incroyablement immersif. L’espace n’a jamais semblé aussi dangereux.

Le véritable morceau de bravoure de ce film est la façon dont Cuaron filme les explosions et pluies de débris autour des personnages. Contrairement à la majorité des films d’actions modernes, Gravity ne se sert pas du montage et d’une caméra virevoltante pour saisir le chaos. Au contraire la caméra est tranquille et suit naturellement son orbite, ce sont les mouvements des objets filmés qui créent le sentiment d’anarchie étreignant le spectateur, angoissé à l’idée de voir un de ces objets percuter un élément important (comme la tête de Georges Clooney).

Le film aurait donc pu être un chef d’œuvre. Et pourtant, ils parlent. Passons sur le rôle de George Clooney, définitivement coincé dans un second degré permanent, comic relief très fade. C’est le background du personnage de Sandra Bullock (un de ses meilleurs rôles !) qui commence à nous faire douter du réel potentiel du film dès la première demi-heure. Mère en deuil, qui cherche l’échappatoire dans l’espace mais qui se rend compte qu’en fait vivre c’est chouette… AU SECOURS ! Sans compter que ne trouvant pas le fond assez lourd Cuaron n’hésite pas à en faire des tonnes (et vas-y que je me mets en position fœtale, et que je suis émue quand j’entends un chien… et un bébé qui pleure ! UN BEBE QUI PLEURE ! Jusqu’au dernier plan aussi ridicule que moche).

Et vous vous doutez bien que des personnages aussi caricaturaux ne peuvent évoluer que dans un scénario archi-formaté. Et c’est ce qui fait que je suis sorti tout déçu de la salle de cinéma. Il faut le dire tout net, haut et fort, l’histoire est nulle. Mais vraiment nulle. Bullock est perdue, Bullock essaye de s’accrocher à un truc, Bullock rentre dans le truc mais paf un problème survient alors Bullock essaye de s’accrocher à un autre truc. J’ai personnellement lâché le film lors de la dernière apparition de Clooney, dans une scène complétement ridicule et déjà vue mille fois. Autant de lourdeur pour un film sur l’apesanteur c’est quand même cocasse.

Le film le plus beau de l’année est donc aussi l’un des plus vides. Ce qui aurait pu être un chef d’œuvre est un blockbuster typique sans surprise. Tout est couru d’avance. Je ne m’explique donc pas l’engouement qui a accompagné ce film. Je le redis oui c’est une claque visuelle mais est-ce que cela suffit ? J’ai entendu de nombreuses fois que c’était le meilleur film sur l’espace depuis 2001 (déjà c’est oublier Solaris de Tarkovsky, ce qui est dommage), il faut quand même préciser que ces deux films ne boxent pas dans la même catégorie. Gravity est une réussite uniquement esthétique et ne bouleverse aucun code, il les applique au contraire tous avec un zèle qui lui vaudra sûrement quelques oscars. Allez sortons les mots qui fâchent, ce film aurait très bien pu être une attraction du Futuroscope… C’est très simple, si on regarde ce film en 2D sur une télé, il ne reste rien du tout.

Gravity est donc loin d’être un chef d’œuvre. Comme pour Avatar on s’en souviendra comme d’un moment d’évolution technique du cinéma, pas comme d’un monument de du septième art.

(en vrai, je n’arrivais jamais à les faire ces saletés de jouets Kinder)

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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