Her

  Réalisation : Spike Jonze

  Sortie : 2014

  Genre : Drame, Science-fiction

  Durée : 126 minutes

 

 


 

T'as de beaux yeux, PC

 

Dans un futur qui ne semble pas très lointain, Theodore Twombly ne se remet pas de sa séparation avec sa femme. Profondément seul, il vivote, lugubre et résigné, occupant son temps entre son boulot, les jeux vidéo et les sessions de sexe téléphonique. Il est incapable de créer une nouvelle relation avec un autre être humain. Au hasard d’une publicité,  il décide d’acheter un OS, intelligence artificielle, capable de gérer tous les tâches du quotidien. Celle-ci, répondant au doux nom de Samantha se révèle être bien plus que ça…

 

Combler le vide

En effet, Samantha est capable d’évoluer en permanence et devient rapidement une conscience à part entière capable de dialoguer avec Theodore comme n’importe quel être humain. Celui-ci en manque de relation humaine s’investit donc complétement dans cette nouvelle amitié. Samantha est exactement ce qui lui manquait depuis sa séparation : le compagnon de vie avec qui l’on veut partager les petits et grands moments du quotidien. Spike Jonze nous montre parfaitement la progression de leur relation. Amitié un peu étrange au début, les sentiments naissent très vite entre les protagonistes au fil de leurs conversations.

Il faut d’ailleurs souligner la justesse des dialogues. Leur qualité permet de rendre crédible l’amour entre le personnage principal et une voix sortant de ses écouteurs. Samantha n’a pas d’autre présence que sa voix, et il était donc essentiel que les dialogues la caractérisent parfaitement aux oreilles du spectateur pour que celui-ci puisse comprendre ce qui arrive à Théodore. Le choix de Scarlett participe évidemment de cette réussite. Sa voix reconnaissable entre mille nous permet de croire à cette relation en rendant le personnage de Samantha plus réel et donc plus séduisant. Evidemment cela rend le caractère artificiel de l’ordinateur moins prononcé et atténue le clivage qui aurait pu être intéressant entre l’homme et l’intelligence artificiel, mais le film y gagne en émotion.

Car ce film est poignant. Derrière la réflexion sur le futur et l’évolution des ordinateurs, c’est évidemment les relations humaines que Spike Jonze observe. Le personnage de Theodore, brillamment interprété par Joaquim Phoenix, est universel. Il est totalement perdu dans ses émotions et sa première réaction est toujours la fuite, essayer de se retrancher en lui-même, de se recroqueviller pour ne pas avoir à affronter les désillusions de la vie. L’hilarante scène de sexe/ masturbation par téléphone est ainsi très ingénieuse puisqu’elle permet de souligner la détresse du héros tout en préparant le spectateur à une relation qui ne passerait que par l’oral (je parle des dialogues, lecteurs à l'esprit retors). Cette scène de sexe par discussion qui aurait  pu se passer dans le présent annonce en effet une histoire d’amour par discussion. Sa relation avec Samantha est une deuxième chance pour lui de trouver le bonheur et d’échapper à cette solitude tenace, mais aussi un risque de souffrir une deuxième fois.

 

Un futur discret 

Le film s’inscrit dans un futur que l’on imagine assez proche. L’une des forces de ce film est de ne pas en faire des tonnes. La tentation pour tout auteur qui imagine un futur et d’essayer de montrer le plus d’idées possibles. Le champ des possibilités étant totalement ouvert, l’accumulation des inventions est possible mais elle aurait déviée le film de son propos.

Ici, le futur nous ressemble et ne choque pas le spectateur. Spike Jonze crée un univers très dématérialisé où l’écriture semble avoir presque disparu. De manière très habile, le héros est un nègre : il écrit les lettres manuscrites des autres pour les rendre plus élégantes. Or cette écriture qui est au cœur de son métier se fait à l’oral sur un ordi qui imprime par la suite des caractères qui semblent avoir été écrits. Toutes les communications se font donc à l’oral, tous les appareils répondent à la voix, l’ordinateur est débarrassé de son clavier. Quelques crayons dans un pot sur un meuble, semblent être le témoignage d’une époque passée. Détail significatif, le seul crayon utilisé pendant le film sert à signer les papiers du divorce entre les deux personnages. Il est donc ancré dans le passé, rattaché à son ex-femme, écrivaine.

Et c’est aussi les modes de communication qui différencient fondamentalement Théodore de Samantha. Théodore est encore limité et ne peut communiquer oralement qu’à un certain nombre de personnes à la fois tandis que les OS peuvent tout faire en même temps et donc se développer beaucoup plus vite. Cette différence est l’un des points majeurs de la relation qu’analyse Spike Jonze entre l’homme et l’ordinateur et permet au réalisateur de poser des questions nouvelles sur l’évolution des rapports entre les hommes.

Spike Jonze réussit donc un pari risqué. Filmer une histoire d’amour virtuelle sans tomber ni dans les clichés, ni dans le ridicule. La relation entre les deux personnages est crédible et bouleversante. Le futur que nous propose le réalisateur n’est pas envahissant et permet de poser des questions actuelles sur l’évolution des techniques et des moyens de communication mais surtout des questions atemporelles sur la solitude, le douleur de la séparation et avant tout sur le besoin que nous ressentons de nous lier profondément à d’autres consciences que la nôtre. Artificielles ou non.

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

3 votes. Moyenne 4.33 sur 5.