Ida

  Réalisation : Pawel Pawlikowski

  Sortie : 2013

  Genre : Drame

  Durée : 80 minutes

 

 

  

La force de la retenue

 

Dans les années 60 polonaises, une jeune fille s’apprêtant à rentrer dans les ordres apprend qu’elle est juive et rencontre sa tante, seule survivante de sa famille. Dit comme ça, le pitch ne donne pas forcément envie et pourtant il serait vraiment dommage de passer à côté de ce petit bijou. Pawel Pawlikowski signe en effet un grand film d’une force insoupçonnée.

 

Une brèche vers l’extérieur

En allant voir sa tante, Ida découvre la vie hors du couvent. Son quotidien Simple et parfaitement rythmé par sa foi vacille. Elle est confrontée à l’inconnu. C’est donc évidemment sur ce dilemme existentiel que repose le film. Qu’est-ce qui fait notre identité ? Quel est le moteur de la foi ? Le passé peut-il dicter notre présent ? Cependant si le film brasse toutes ces thématiques, il est très loin du lourd pensum philosophique. Pawel Pawlikowski ne filme pas en effet ces questions de manière frontale et didactique, il filme une fille qui découvre une autre alternative possible pour son destin. Le regard du réalisateur est assez distancé et on n’entre jamais tout à fait dans la tête de cette femme qui nous fascine. Le film est une succession de plans fixes, la caméra n’accompagne jamais les mouvements des personnages, elle se contente de capter ce qui se passe ce qui renforce l’aspect mystérieux des personnages qui ne se dévoilent jamais totalement. Le réalisateur arrive cependant à nous faire comprendre très rapidement les enjeux de cette rencontre entre Ida et sa tante. N’ayant jamais connu que le couvent, la jeune fille rencontre une femme qui a eu de l’importance dans le système soviétique mais qui semble dans une phase de déclin marquée par l’alcool. Ce moment hors du couvent est donc l’occasion d’une remise en question de son choix

 

Trouver sa place

Ida semble alors commencer à douter de sa vocation. Elle n’est plus dans le même état d’esprit après avoir rencontré sa tante et sa foi n’est plus aussi évidente qu’auparavant. Le film décrit aussi cette recherche de repères et la difficulté de trouver sa place. Les deux personnages sont en proie au doute et ne savent pas ce qui les attend. La caméra souligne subtilement cette angoisse en ne plaçant jamais les personnages au centre des plans. Ils sont toujours à la marge, sur le côté ou en bas de l’écran laissant la majorité de l’espace à l’arrière-plan. Cela accentue la fragilité de ces êtres qui n’arrivent pas à occuper pleinement l’espace qu’ils habitent. Le hors-champ est aussi très important puisque ce choix de cadrage avec une caméra fixe implique que certaines actions, certains dialogues se passent en partie hors de l’écran, accentuant la solitude de ceux qui restent visibles.

A la fin du film, les deux personnages ont chacune trouvé  leur voie, peut-être surprenante mais pas si inattendue que ça. Le film ne cherche d’ailleurs pas à expliquer ce qui les motive, il se contente de filmer ce moment beau dans fragilité, éphémère mais définitif, pendant lequel les êtres doutent juste avant de choisir. 

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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