Interstellar

  Réalisation : Christopher Nolan

  Sortie : 2014

  Genre : Science-Fiction

  Durée : 169 minutes

 

 


 

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Des astre

 

Christopher Nolan a su allier une certaine exigence cinématographique et un succès populaire croissant au fil des années, faisant de la sortie de ses films un événement  depuis Batman Begins. Il s’attaque aujourd’hui à l’aventure spatiale, un an après Gravity de Cuaron, 42 ans après Solaris et 46 ans après 2001, pour citer quelques-uns des films qui ont marqué l’histoire du cinéma spatial. Comment s’inscrit Interstellar dans ce cinéma de genre ?

 

Promenons-nous dans l’espace

Autant le dire tout de suite, Interstellar n’a quasiment rien à voir avec les trois films cités, hormis les citations obligatoires. Que ce soit dans la mise en scène, le scénario ou l’objectif même de Nolan, le film suit son propre chemin. Tant mieux.

Autant le dire assez vite aussi, c’est complètement raté. Tant pis. La première partie du film nous narre donc le départ de Cooper interprété par l’inévitable Matthew Macconaughey (dont le jeu d’acteur commence un peu à tourner en rond) de la planète Terre qui est en train de mourir. Le film nous explique rapidement que les hommes sont obligés de se consacrer à la culture du maïs (ils ne font même plus la guerre, c’est dire !). Quelques plans nous montrent la poussière qui tue tout le monde et hop, on peut se consacrer à la recherche d’une nouvelle planète. L’idée n’est pas mauvaise, elle est même probable, la course vers l’espace qui semble ralentie actuellement pour des raisons économiques sera sûrement une nécessité si l’on arrive pas à changer notre système de vie. C’est malheureusement le seul enjeu réellement intéressant du film et l’on peut regretter que les passages sur Terre ne soit pas plus développés. Mais après tout le film s'appelle Interstellar, alors allons-y, dans l'espace !

Cooper et son équipage doivent donc chercher une planète habitable. Ils vont à la recherche de trois éclaireurs qui ont envoyé des signaux positifs de trois planètes différentes. On enchaîne donc les planètes à la manière d’un jeu vidéo. Et ça se gâte déjà. Les images magnifiques (notamment sur la première planète) sont plombées par des ficelles scénaristiques qui semblent copié-collées des scénarii de mauvais films d’action : la mort évitable, le retournement prévisible, les héros pas très malins… Pour un film sur les exo-planètes, on aurait un aimé un peu plus d’originalité… Pauvre, pauvre Matt Damon. Le manque de recherche scénaristique du film est d’ailleurs un problème permanent.

 

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 Le héros à la recherche d'un bon scénario

Les scènes dans l’espace sont belles mais pas époustouflantes. Je ne pensais jamais dire ça un jour, mais on en vient presque à regretter Gravity, que j’avais trouvé beaucoup trop plat dans l’écriture, mais qui avait su nous donner une véritable expérience sensorielle de l’espace. Nolan a modélisé un espace réaliste et majestueux mais sans nous faire vraiment rentrer dedans. De plus, par manque de budget sûrement, les plans ne nous laissent jamais le temps de savourer l’infini, au bout de deux secondes de beauté on a le droit à chaque fois à un gros plan sur la navette qui rompt immédiatement le charme. Dommage.

Petite précision, j’ai vu le film en 35mm et non en numérique. Nolan est en effet l’un des plus fervents défenseurs de la pellicule et son combat est vraiment louable. Petit souci, ce film n’est peut-être pas le plus adapté à ce format, à l’exception des scènes sur Terre, il semble que l’espace était plutôt désigné à la froideur et à la distance qu’apporte le numérique. Mais je ne suis pas un expert.

 

Interstellar holy shit shot 0

 Heureusement, parfois c'est joli.

On a donc le droit à une première partie agréable à regarder mais pas très finaude dans ses ficelles de narration. Malheureusement Nolan ne peut pas s’empêcher de faire du Nolan à tout prix et la deuxième partie du film (la dernière heure à peu près)  s’engage donc dans une série de surprises et de rebondissements d’une bêtise aussi abyssale que l’infini dimensionnel intergalactique multi-temporel.

 

Une seconde partie nanardesque

Sans rentrer dans les détails, pour ne pas vous gâcher les petits rires nerveux que vous ne pourrez pas retenir devant l’absurdité grandiloquente de certaines péripéties, disons simplement que le scénario part en roue libre.

Nolan aime les twists et les scénarios complexes. Ils peuvent être très réussis (Memento, The Prestige) ou un peu trop forcés (Inception). Ici, ils sont inutiles, invraisemblables, irrationnels et particulièrement énervants. L’espace n’est pas un terrain de jeu assez excitant qu'il faille se sentir obligé de rajouter des théories farfelues qui ruinent totalement l’ensemble du film ? Car non seulement, c’est bête mais c’est aussi moche. Nolan veut représenter des conceptions théoriques qui sont déjà à peine concevables par la pensée dans un film narratif qui doit retomber sur ses pattes. La mise en scène fait ce qu'elle peut pour faire fonctionner tout cela mais tout est poussif. C’est un échec complet. Rajoutons à cela des couplets sur l’amour pour être sûr que le dernier spectateur féru de science se soit pendu avec sa ceinture avant le générique. Il faut vraiment que Nolan se force à faire un film sans twists ou il va finir comme Night Shyamalan (qui partait de bien plus bas, je vous l’accorde.).

 

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 Nos héros devant la dernière partie du film

Ne cherchez donc pas de développement des personnages, ils n’existent que pour faire avancer le scénario vers cette fin. Jessica Chastain est cantonnée au rôle de la fille brillante et revancharde, son frère dans le film est de manière assez impressionnante complètement effacé de l’équation, Anne Hathaway est… euh.. amoureuse je crois. Seul le personnage de Michael Caine a un peu d’épaisseur. Des personnages sans dimension, pour un film qui les multiplie (les dimensions) jusqu’à ne plus savoir qu’en faire c’est cocasse. 

Devant un sujet aux promesses infinies, Christopher Nolan tente de brasser des thèmes très ambitieux en utilisant un scénario beaucoup trop simpliste. Cela donne un film à la fois boursouflé et superficiel. À oublier.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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