Deux jours, une nuit

  Réalisation : Jean-Pierre et Luc Dardenne 

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 95 minutes

 

 

 

La bourse ou sa vie ?

 

Et voilà le nouveau Dardenne. Réguliers comme des coucous belges, les deux réalisateurs nous proposent un film tous les trois ans, à chaque fois encensé par la critique. Connus pour leur style épuré et sobre, ils dressent au fil des années un portrait très sensible de l’humanité. Leur dernier coup de pinceau vaut-il le coup d’œil ?

 

Course contre la montre

Le titre du film ne correspond pas à la durée du film qui voit deux nuits s’écouler. Ne criez pas à la publicité mensongère cependant, il s’agit en réalité du compte à rebours qui s’enclenche pour Sandra qui doit convaincre ses collègues de renoncer à leur prime afin qu’elle puisse reprendre son boulot après une dépression. Cette mise en avant du temps comme ennemi principal n’est pas sans rappeler des films comme 12 heures avec Nicolas Cage, 88 minutes avec Al Pacino et bien sûr la série 24 heures Chrono avec Kiefer Sutherland qui ont sûrement beaucoup inspiré les Dardenne. Le film ne s’inscrit pourtant étrangement pas tout à fait dans cette lignée, mais le suspense est bien présent. On ne sait réellement pas comment le film va se terminer et on se prend à s’inquiéter pour le sort de la pauvre Sandra et à partager ses émotions. Le problème des films dont la tension se crée autour d’un résultat final, c’est que généralement la fin trop prévisible, ou trop tirée par les cheveux est décevante. Ce n’est pas le cas ici et on ne peut qu’admirer l’habileté scénaristique des deux frères.

La structure du film peut pourtant faire craindre le pire. Sandra va visiter une grosse dizaine de collègues un par un pour essayer de les convaincre. La liste des arguments étant assez réduite (« j’ai besoin d’un boulot vs j’ai besoin de ma prime »), tout laisse à penser qu’on fait le tour du film après un quart d’heure. Et bien pas du tout. C’est le tour de force des Dardenne dans ce film : en variant les personnages et leurs réactions ils arrivent à nous captiver totalement. Chaque fois que Sandra sonne à une porte on se demande si on va lui répondre, qui va la recevoir et comment ? Et à chaque fois les Dardenne nous laissent entrapercevoir, dans de courts plans-séquences, un bout de vie touché par ce dilemme cornélien.

 

Un choix impossible

En effet, le postulat de départ du film est aussi cruel que réaliste. Sandra sort de dépression veut récupérer son boulot après des mois d’absence. Pour cela, ses collègues doivent renoncer à une prime sur laquelle ils comptaient pour arrondir leur fin de mois, voire pour survivre tout simplement. Ce choix imposé par le patron donne une image assez dure du monde de l’entreprise évidemment mais ce n’est pas le sujet du film et les réalisateurs ne font pas un brûlot anticapitaliste. Ils cherchent à saisir la fragilité des êtres confrontés à une situation intenable. Sandra a bien conscience de cela, elle se rend compte du mal qu’elle fait aux personnes à qui elle demande de renoncer à 1000 euros. C’est ce qui rend ce récit vraiment poignant. L’héroïne s’excuse de déranger et ne cherche pas du tout le conflit. Sa fragilité est manifeste, d’autant plus que Marion Cotillard joue très juste (hé oui !) ce qui rend le personnage crédible.

La simplicité des personnages collent au ton du film. Ou l’inverse. Pas de fioritures chez les Dardenne, évidemment : la musique n’est présente que de manière diégétique, il n’y a pas de bande sonore à proprement parler, la caméra suit de près les personnages et nous met à leur hauteur, les dialogues sont parfaitement ciselés et vont droit au but. C'est exactement ce qu'il fallait pour traiter ce sujet.

Comme toujours, c’est un regard sur l’humanité que nous proposent les Dardenne. Sans jamais tomber dans le cynisme, ni dans la naïveté. Leur cinéma simple et parfaitement maîtrisé nous touche directement. Un très beau film. Vivement le prochain !

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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