La chambre bleue. Cannes 2014

  Réalisation : Mathieu Amalric

  Sortie : 2014

  Genre : Policier

  Durée : 75 minutes

 

 


 

Cannes chiffres

Un triangle oppressant

 

Amalric fait partie de ces hommes fascinants et énervants qui réussissent à peu près tout ce qu'ils entreprennent. Alors qu'il est sûrement l'un des meilleurs acteurs français de notre génération, depuis quelques années il fait aussi des films de plus en plus estimés. Il a fini par être sélectionné en compétition officielle pour Tournée qui l'a consacré comme un réalisateur à part entière. Il revient à Cannes, mais dans la sélection Un certain Regard, avec un film assez court (1h16) inspiré de Georges Simenon. Ce film est-il à la hauteur des attentes ?

Filmé en 1,33, l'écran carré frappe d'entrée le spectateur et enferme déjà les personnages dans un cadre trop étroit. Amalric reconstitue l'histoire à travers l'interrogatoire de l'accusé. On ne comprend ce qui s'est passé que progressivement dans le film. Le spectateur est donc toujours celui qui en sait le moins. Le juge et l'accusé jouent leur rôle en ayant parfaitement connaissance du dossier, pas nous. On est donc obligés de s'agripper aux quelques indices, aux non-dits et aux sous-entendus pour savoir de quoi il retourne exactement avant le dénouement. Ce procédé est très ingénieux et nous plonge directement au cœur de l'intrigue. Ce qui se joue c'est la responsabilité de Julien. Emporté par une passion adultère qu'il ne contrôle pas, il semble impuissant face aux questions du juge et les preuves accablantes. Toute la reconstitution du meurtre, en série de flash-back très courts et qui dévoilent peu de choses, s'inscrit dans cette perspective de la condamnation éventuelle de Julien. Le rythme est donc accéléré, la tension permanente et c'est une impression d'oppression qui se dégage de ce film.

Car la tension de l'interrogatoire contamine tout le film et toutes les scènes qui ont mené jusqu'au drame. La passion folle entre les deux amants réunis dans l'adultère est entachée du meurtre à venir. Et on ne sait pas si Julien est la victime de cette beauté fatale ou le complice ardent. Amalric signe donc aussi un film passionnel. Le dilemme de l'homme marié, tenté par un nouvel amour ardent qui le sort de sa routine est peut-être l'un des topos les plus usités du cinéma et de la littérature. Mais cela fonctionne néanmoins grâce au mystère permanent qu'entretient le film. On ne sait pas ce que pensent les personnages. Que ce soit l'épouse, le mari, l'amante on ne sait jamais ce qu'ils ressentent, ce qu'ils savent vraiment, ce qu'ils ont fait. On ne peut qu'essayer de deviner ce qui se cache derrière la façade présentée. Le jeu des acteurs permet aussi cette mise à distance du spectateur. Amalric incarne parfaitement le mari apparemment perdu mais qui pourrait en réalité être très déterminé. Léa Drucker incarne une épouse modèle qui joue l'innocente mais qui doute certainement de la fidélité de son mari et Stéphanie Cléaux l'amante fatale dont on ne sait si elle est sincère dans la folie ou une manipulatrice hors pair.

Ambigu et oppressant, c'est donc un polar réussi et original dans la forme que nous présente Mathieu Amalric, qui décidément est une figure majeure du cinéma français.

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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