Tom à la ferme

  Réalisation : Xavier Dolan

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 105 minutes

 

 


 

Tom c3a0 la ferme xavier dolan affiche

La théorie du genre

 

Dolan est un surdoué précoce comme le rappellent tous les médias à chaque film qu’il sort. Et il faut bien avouer qu’il s’est déjà imposé à 25 ans comme l’une des figures du cinéma contemporain. Alors qu’il vient d’être sélectionné à Cannes, sort sur les écrans Tom à la ferme, film annoncé comme hitchcockien et mystérieux sur un jeune homosexuel découvrant la famille de son compagnon qui vient de mourir. Un nouveau chef d’œuvre ?

 

Les caméos de Hitchcock

Autant le dire tout de suite, ce film est très loin de la filmographie de Hitchcock. Si vous cherchez du mystère, des intrigues haletantes, des retournements de situation ou des méchants machiavéliques, passez votre chemin. Alors pourquoi ce film est vendu comme ça dans toute la presse ? D’abord parce que Xavier  Dolan s’éloigne un peu de ce qu’il faisait en introduisant une part d’angoisse dans ce film. L’arrivée du jeune homme est un danger pour la famille : le frère du défunt a caché à leur mère que ce dernier était homosexuel. Il y a donc immédiatement un décalage entre le jeune homme et les autres. Le mensonge plane sur les personnages pendant tout le film.

Dolan se sert de ce postulat de départ pour rendre hommage, en effet, au maître du suspense. Après un premier plan, très réussi qui  mêle Michel Legrand à Shining, une musique inquiétante apparaît très vite pour bien souligner qu’il veut inscrire ce film dans ce registre. Et pourtant cette musique ne fonctionne pas et semble vite artificielle. Une autre scène, sous la douche, fait poussivement référence à Psycho, et les scènes de poursuite grâce un petit effet visuel sur l’écran sont censées donner un rythme haletant au film. C’est malheureusement la partie la plus faible de Tom à la ferme. Ça sonne faux et ne colle pas très bien à l’histoire racontée. L'intrigue en pâtit aussi et on a du mal à croire à certaines scènes. Le personnage de Sarah, qui pourtant est réussi quand elle n'existe que dans la bouche des autres personnages perd tout son intérêt quand elle débarque à l'écran et ses réactions sont très peu crédibles ce qui nous empêche d'ahérer à ce qui est raconté. Cette volonté affichée par Nolan de changer de genre n’est donc pas très convaincante.

 

Stockholm au Canada

Le film est cependant loin d’être raté ! Les personnages sont plutôt bien dressés et intéressants. Tout tourne autour de ce grand frère, figure de rejet et d’attirance. L’acteur est d’ailleurs très bon dans ce rôle assez difficile. Trentenaire violent vivant encore avec sa mère et passant sa vie dans les travaux de champs qui l’ennuient, Francis rejette totalement l’homosexualité de son frère et est prêt à tout pour la dissimuler. On comprend cependant vite qu’il jalouse aussi ce frère qui a pu partir à temps, qui a pu suivre sa propre route et qu’il est tenté de suivre la même voie.

Le face-à-face attendu entre Tom et Francis se transforme finalement en un jeu ambigu et fascinant entre les personnages. Tom semble prisonnier dans une relation sadomasochiste qui remplace peut-être le vide laissé par son copain. Et c’est là que Xavier Dolan montre le meilleur de lui-même. C’est dans les scènes plus intimes qui sortent de l’atmosphère d’un pseudo-thriller, que l’on est vraiment pris par le film. Une danse filmée parfaitement par Dolan nous met à la fois au niveau des personnages pour que l'on comprenne comment Tom se laisse emporter tout en alternant avec des plans larges qui nous détachent des deux héros et nous replace dans le rôle de témoin invisible que nous ne sommes pas les seuls à jouer. C'est dans ces moments-là que l'on regrette que Dolan ne se soit pas concentré sur sur cette évolution des deux personnages principaux.

Un film un peu en deça pour Xavier Dolan que ce Tom à la Ferme. Malgré de beaux moments qui nous rappellent que ce garçon est très doué, le film pâtit d’une volonté trop marquée de s’inscrire dans un thriller angoissant et de faire un film de genre. On reste donc un peu sur notre faim et on attend avec impatience de voir ce que donnera son passage sur la Croisette.

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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