Le fils de Saul

  Réalisation : Laszlo Nemes

  Sortie : 2015

  Genre : Drame

  Durée : 107 minutes

                                                                                             


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Filmer l'horreur

 

Oscar du meilleur film étranger, Le fils de Saul ressort dans quelques salles pour ceux qui l’avaient raté. Séance de rattrapage.

 

Un film trop bien réalisé ?

L’Holocauste et le cinéma, c’est une rencontre qui pose de nombreuses questions. Est-il possible de créer une œuvre fictionnelle autour d'une des plus grandes tragédies du XXème siècle ? Peut-on créer des personnages, leur faire vivre une intrigue en prenant comme décor la réalité la plus intolérable ? Pas évident. Spielberg et Pontecorvo ont subi les foudres de certains critiques pour avoir appliqué les techniques narratives du cinéma à la Shoah. Laszlo Nemes semble donc prendre un risque considérable en choisissant, pour son premier long-métrage, de filmer de manière aussi stylisée les camps d’extermination.

En effet, le cinéaste fait preuve d’une virtuosité frappante. Les mouvements de caméra sont parfaitement pensés et l’on suit le héros principal dans les différentes parties du camp de concentration comme on avait suivi Michael Keaton dans BirdmanLe fils de Saul peut donc choquer ceux qui pensent que l’art atteint ses limites avec l’Holocauste, ceux-ci préfèreront la voie plus directe du documentaire. Pourtant Nemes s’en sort finalement très bien. En effet, son choix de filmer de très près le héros principal pour placer en arrière-plan, dans le flou, l’horreur indicible est une posture intéressante. Le film réussit à nous faire sentir l’horreur sans jamais la montrer directement. L’intrigue est donc dénuée de tout mélodrame ou de message didactique qui aurait évidemment été déplacés. De plus, si la mise en scène frappe dans les premières minutes du film, elle finit par s'effacer progressivement en se mettant au service de son sujet. Le réalisateur évite les effets trop appuyés et artificiels qui auraient rendu le film intolérable. 

 

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Derrière la quête de Saul, l'horreur est suggérée et frappe d'autant plus

 

Une question de vie ou de mort

Finalement, ce qui dérange le plus dans Le Fils de Saul, ce n’est pas la virtuosité du cinéaste, mais le rapport que l’on entretient avec le personnage principal. On ne ressent en effet, aucune empathie pour ce prisonnier destiné à une mort imminente. Sa quête pour l’enterrement de son prétendu fils le pousse à mettre en danger ses compagnons. Résolu à enterrer un mort, il en oublie les vivants. C’est peut-être l’idée la plus brillante du film. Celle qui permet au film de jouer sur autre chose que les sentiments pour toucher le spectateur. Il est facile de nous bouleverser en nous montrant le destin tragique d’un personnage attachant (La vie est belle de Benigni), choisir un personnage parfois totalement antipathique est très audacieux.

L’une des questions fondamentales que pose le film est celle de la motivation du personnage. Face à la barbarie, à la déshumanisation totale des victimes que représentent les monceaux de corps appelés « pièces » qu’il faut déplacer comme des objets, Saul décide de redonner une dignité à un corps pris au hasard. La symbolique de l’enterrement permet en effet de rendre hommage à tous ces morts incinérés ou jetés dans la fosse commune. En ajoutant à cela le discours d’un rabbin, Saul veut redonner une spiritualité, un sens à la mort dans un univers qui veut humilier les victimes même après les avoir tués. Cette résistance  peut sembler belle et noble mais résiste-t-elle à la question de la survie ? Est-il légitime de risquer la vie des autres pour un symbole, aussi crucial soit-il ? C’est la tension principale de ce film qui nous pousse à réfléchir sur ce qui fait de nous des hommes.

 

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Saul est toujours à contre-courant des autres prisonniers

 

Lazslo Nemes réussi finalement à proposer avec Le fils de Saul, un film fort et très bien réalisé qui interroge le spectateur au lieu de jouer uniquement sur le registre des émotions. Le film peut déranger voire choquer mais c'est justement pour cela qu'il doit être vu.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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