Le Loup de Wall Street

  Réalisation : Martin Scorsese

  Sortie : 2013

  Genre : Drame

  Durée : 179 minutes

 

 

  

 Escrocs, mais beaucoup trop

 

La sortie d'un Scorsese est toujours un événement. Contrairement à Coppola, Martin Scorsese est toujours aussi important dans la sphère d'Hollywood et réalise des films très ambitieux et très variés. Après l'excellent Hugo Cabret et le plutôt mauvais Shutter Island, le voici qui s'attaque au monde de la finance, dans un film qui aurait pu renouer avec ce qui a fait de lui l'un des plus grands cinéastes du XXème siècle, le film de gangster.

 

La comédie de l’année

L'emploi du conditionnel vous a mis la puce à l'oreille, lecteurs zélés et brillants de mes mots, le retour aux sources de Scorsese n'est qu'un leurre. On retrouve certes sa patte dans les différents procédés narratifs qu'il affectionne : voix-off très présente, récit d'un destin unique, violence fascinante et personnages profondément viciés. Mais on est très loin de l'ambiance glauque de Taxi Driver. Au contraire et c'est la principale surprise de ce film : on a jamais autant ri devant un Scorsese. Les dialogues sont ciselés et les vannes fonctionnent quasiment à tous les coups. Scorsese dresse peut-être le portrait d'une génération qui pense pouvoir tout s'offrir sans jamais en payer les conséquences. Mais ce n'est pas vraiment le sujet du film. La critique de Wall Street a déjà été faite maintes fois et le monde de la finance a été beaucoup mieux expliqué dans des films comme Wall Street  ou plus récemment Margin Call. Ici, Scorsese n'en a  rien à faire des magouilles en elles-même et le fait clairement dire par son personnage. N'allez surtout pas voir ce film pour une étude sociale ou psychologique de notre époque.

 

Le roi Léo

A la place, on assiste à l'une des meilleures (la meilleure?) comédies de l'année. Un trip jouissif qui ne se prend pas au sérieux et qui surprend en permanence. Impossible de ne pas parler de Léonardo Di Caprio dont la prestation confirme son talent extraordinaire. Cet homme sait tout jouer. Il se permet même une scène de comique visuel entre Jim Carrey et Charlie Chaplin qui fonctionne parfaitement. Le reste du casting en pâtit un peu mais font le boulot sans déshonneur, à l'exception peut-être de la femme de Léonardo très peu charismatique.

 

Des imbéciles (mal)heureux

Il ne faut cependant pas croire que Scorsese ne porte aucun regard sur ce qu'il filme. C'est bien sûr une critique féroce de son personnage mêlée d'une certaine fascination qui nous est proposée. On retrouve ici cette position ambiguë habituelle de Scorsese envers ses personnages peu étouffés par la morale. Léo est troublant : c'est un abruti total au culot et au charisme uniques. Gourou d'un nouveau genre, sa façon de prendre le micro et de transcender la foule rappelle feu Hoffman dans The Master. C’est aussi une différence à noter d’avec les autres films de Scorsese : jamais ses personnages n’avaient été aussi bêtes. Il est impossible de réellement s’attacher à eux, on rit contre eux et non pas avec eux. Le monde de la finance n’est donc pas expliqué dans ce film mais la cupidité et la vulgarité de ces nouveaux riches sans scrupules est bien dénoncée avec violence par Scorsese. La limite du film étant bien sûr qu’à l’image de ses héros, il fonctionne à l’excès et ne cherche pas la subtilité. Scorsese s’amuse et va jusqu’au bout de ses idées sans pause ni répit. On peut comprendre que certains frôlent l’overdose avant la fin du film.

Un très bon Scorsese donc. Pas un chef d’œuvre, pas un pilier du cinéma comme les plus grandes de ses réussites mais une excellent comédie qui saura vous plaire si vous n’avez pas peur du grandiloquent et de l’excès.

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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