Les poings contre les murs

 Réalisation : David Mackenzie

 Sortie : 2014

 Genre : Drame

 Durée : 106 minutes

 

 

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Cellules Grises

 

Le film de prison est un genre en soi, cela ne servirait rien d’énumérer des exemples ici, je suis sûr que vous en avez déjà au moins 5 en tête1. Starred-Up s’inscrit pleinement dans cette niche cinématographique en nous contant la vie pénitentiaire d’un jeune voyou enfermé dans la même prison que son père. Est-ce que ça vaut le coup de retourner une nouvelle fois en cellule ?

 

Une case en moins

David Mackenzie choisit de centrer son film autour d’un personnage insaisissable. On ne sait pas pourquoi il est en prison, on ne sait pas ce qu’il pense, on ne sait pas ce qu’il veut, et surtout on est bien incapable de deviner  ce qu’il va faire dans la scène suivante. Et c’est là le nœud du film. Très dense et dynamique, il ne tombe jamais dans une routine facile et nous surprend dans presque toutes les scènes. Ce personnage qui n’accepte ni les codes de la prison, ni les codes des prisonniers est un électron libre lancé à pleine vitesse dans un endroit qui paradoxalement semblait assez stable avant son arrivée. Et c’est ce déséquilibre que filme avec un talent certain le cinéaste.

Il faut aussi saluer le travail sur la lumière du chef opérateur. Celle-ci oscille entre la blancheur aseptisée d’un lieu où les hommes ne font qu’attendre la fin de leur peine et la noirceur des sous-sols d’isolation où se passent les règlements de compte illégaux. Evidemment, le sentiment de claustrophobie est permanent et ce ne sont pas les scènes de « ballade » où l’on voit les prisonniers marcher les uns derrière les autres dans un cercle absurde qui aère le film.

 

Un film unique malgré quelques redites

Mais le film est aussi très drôle par moments. L’insolence du personnage permet un certain second degré qui ne disparaît jamais et qui donne au film une tonalité unique. Ces touches d’humour passent par des situations absurdes ou des répliques ciselées mais ne sont jamais trop marquées et ne nous font pas sortir de l’ambiance du film. Mais c'est surtout la relation qu'il entretient avec son père qui ajoute une dimension supplémentaire. Les deux se retrouvent donc marginalisés de la société (et on comprend que le père le sera pour très longtemps). La prison est l'occasion pour les deux hommes de se retrouver mais leur caractère insaisissables font qu'ils ne cesseront de se chercher à travers une succession de preuves d'amour et de haine. D'autant plus, qu'Eric, le fils, semble trouver une figure paternelle de substitution chez un conseiller qui aide les prisonniers à gérer leur violence. Qu'est-ce qu'un père condamné par les hommes peut transmettre à son fils qui semble suivre le même chemin que lui ? C'est ce qu'essaye de montrer le réalisateur les enfermant à la fois dans la même prison mais aussi dans le même cadre qui les oppresse et les rassemble. Un regard fin, tendre et inédit de la relation père-fils.

Seule ombre au tableau, certaines situations sont un peu cliché. C’est notamment le cas du directeur de prison présenté comme un affreux méchant très caricatural, en partie à cause du jeu sans nuance de l’acteur.

Ce film est cependant très réussi dans l’ensemble. En s’inscrivant dans un genre très balisé, Mackenzie réussit à trouver une tonalité originale grâce à l’impertinence du personnage principal aussi bien écrit qu’interprété par le talentueux Jack O'Connell.

4 1

1. Dont La Ligne Verte

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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