Leviathan

  Réalisation : Andreï Zviaguintsev

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 141 minutes

 

 

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La parole est à la vodka



La plaine est sèche et dure. Les visages aussi. Nous sommes en Russie et nous suivons une famille luttant contre son expropriation par un maire corrompu. Ce genre de scénario semble connu : sommes-nous devant la version russe de l'affrontement classique entre les individus et l'Etat tyrannique ?


Un monde profondément corrompu

C'est évidemment l'un des moteurs du film. Kolia, le personnage principal, essaye de se battre contre une machine bien plus forte que lui. Le maire a réussi à étendre son emprise sur la justice et la police. Ce combat bouleverse la vie de la famille et prend toute la place. Tout est pollué par cette corruption, par cette impossibilité de justice. Kolia  fait appel à son ami d'enfance, avocat à Moscou qui est censé incarner un certain idéal de moralité. Il protège bénévolement son ami contre le pouvoir mais pour cela emploie des méthodes similaires à ces réseaux pourris et se retrouve au même niveau qu'eux.

Images

Une scène mémorable entre le bien et le mal, tous les deux complètement bourrés.

Les séances de tribunal illustrent parfaitement cette déshumanisation des affaires. La greffier récite le verdict de manière automatique, à toute vitesse sans laisser passer une once d'émotion. Kolia ne peut qu'écouter son monde s’effondrer devant lui totalement impuissant. C'est toute la corruption de la société russe qu'Andreï Zviaguintsev dénonce dans ce film. Mais on est très loin d'un développement didactique qui utiliserait l'affrontement du héros face à une machine implacable pour dénoncer une situation. Le réalisateur va beaucoup plus loin et la corruption n'est pas que celle du politique, ce sont tous les liens humains qui semblent anéantis.


Des vies profondément abîmées

Le réalisateur va au-delà de la simple dénonciation d'un système. C'est toute la société qui semble détraquée à travers l'image de cette famille qui explose. L'alcool omniprésent est le seul fluide qui fait bouger ces corps lessivés. Les personnages boivent sans cesse, la vodka coule comme de l'eau, dernier refuge de ces âmes désespérées.

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Les visages font échos aux paysages arides

Les liens familiaux ne tiennent pas non plus et cèdent face à la pression. Les amitiés sont trompeuses et rien ne peut soutenir Kolia dans son malheur. C'est cette résignation progressive que filme magnifiquement Andreï Zviaguintsev. Les personnages ont perdu leur élan vital et déambulent dans les pleines vides de la Russie. On pense souvent au magnifique Dernier Voyage de Tanya de Alekseï Fedortchenko qui nous montrait déjà les hommes minuscules au sein des vastes paysages désertiques. Mais ce film laissait de la place à l'espoir, là où Leviathan ne laisse aucune porte de secours. Ces plans esthétiquement parfaits entrecoupent régulièrement l'intrigue et éblouissent par leur beauté. Dans les paysages immobiles, chaque mouvement semble ralenti, englué dans un temps qui ne passe plus. Les carcasses de baleines, mastodontes pétrifiés à jamais sont le symbole évident d'une société qui n'avance plus.


C'est un film d'une beauté froide et dure que nous propose Andreï Zviaguintsev. Un film qui nous transmet sa part de mélancolie et de tristesse résignée. Allez, on prendrait bien un petit verre pour se réchauffer.

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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