Make Way for Tomorrow

  Réalisation : Leo McCarey

  Sortie : 1937

  Genre : Drame

  Durée : 91 minutes

 

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No country for an old couple

 

Orson Welles qui avait une grande estime pour ce film a déclaré que celui-ci pouvait faire pleurer un rocher. Quand l’un des plus grands maîtres du cinéma parle ainsi d’un film, on ne peut qu’être curieux. Leo Mc Carey a été l’un des réalisateurs les plus prolifiques d’Hollywood dans l’entre-deux-guerres, connu surtout pour ses comédies (Duck Soup avec les Groucho Marx, The Awful Truth…). Ici c’est un autre registre qu’il aborde en racontant l’histoire d’un vieux couple qui ne trouve plus sa place, rejeté par leurs enfants indignes.

 

« Ils se tiennent la main, ils ont peur de se perdre et se perdent pourtant... »

Donnons tout de suite raison à ce brave Orson, le film est déchirant. Le réalisateur réussit parfaitement à rendre les personnages extrêmement attachants dès qu’ils sont présents à l’écran. La première scène réunissant la famille au complet place immédiatement l’enjeu du film : le vieux couple (interprété par Victor Moore et Beulah Bondi) ne peut plus payer sa maison et doit vivre quelques temps séparés, chacun dans la maison d’un de leurs enfants. Très vite, ils vont se rendre compte que malgré leurs efforts, ils sont une gêne pour leurs fils et filles. Le cinéaste peint d’une manière cruelle l’ingratitude des enfants (et évidemment des beaux-fils et belles-filles), peut-être de manière parfois un peu trop univoque (c’est le seul bémol que j’apporterai au film). Toute la descendance est en effet odieuse, cherchant à tout prix à se débarrasser des vioques. Ceux-ci le comprennent très bien et cela rend leur exil et leur séparation d’autant plus dure à vivre.

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Les affreux...

Avec cette mesquinerie des enfants, contraste la gentillesse pure et totale de ces deux vieux un peu décalés mais lucides sur leur situation. A travers plusieurs scènes, le réalisateur accentue cette séparation entre les générations tant dans l’esprit que physiquement. La mise en scène sépare les personnages âgées du reste des protagonistes. On pense ainsi à la scène de bridge qui voit la grand-mère dans son propre fauteuil, détonner dans un environnement qui n’est pas le sien. De son côté, le vieil homme, affaibli, est à la merci de sa famille, alité et donc toujours allongé, dominé par sa propre fille profondément antipathique.

C’est donc un triste tableau que peint le cinéaste. Mais le film n’est pas dénué d’humour et l’on sourit à maintes reprises notamment devant la naïveté touchante du couple. La dernière partie du film ajoute cependant une autre dimension au film est en fait un classique incontournable.

 

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Leo McCarey se sert habilement du cadre pour exclure la grand-mère de la scène

 

 

Un final tout simplement parfait

Le film finit en effet sur une longue parenthèse dans cette triste situation. En jouant habilement avec le temps, le cinéaste crée une bulle que l’on sait destinée à éclater. Pour cela, Léo McCarey dilate le temps du récit en repoussant indéfiniment un rendez-vous censé mettre un terme à la scène. A cela, s’ajoute l’écho d’un temps lointain qui reprend vie temporairement. Ce double jeu temporel sert parfaitement le propos du film et nous fait voir le couple sous un autre jour. Impossible après ça d’être indifférent à leur sort. Nous voilà témoins d’une vie d’amour et de complicité grâce à quelques heures de promenade. 

Difficile donc de rester de mabre quand le générique s'installe. La simplicité de ces deux personnages et du regard du cinéaste, qui ne tombe jamais dans le tire-larmes, remportent définitivement l'adhésion du spectateur. Tout en nous faisant réfléchir sur la dégradation des liens humains notamment intergénérationnels mais aussi sur la situation sociale des personnes âgées incapables de vivre de manière indépendante, Leo McCarey dresse surtout le portrait du couple le plus émouvant du cinéma, loin devant Rose et Jack. Le grand Yasujiro Ozu s'inspirera d'ailleurs de ce film pour son magnifique Voyage à Tokyo, plus fort cinématographiquement mais peut-être moins émouvant. 

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Le plus beau couple de l'histoire du cinéma ?

 

La même année Léo Mc Carey recevait l'oscar du meilleur réalisateur pour The Awful Truth. Il déclare alors "Merci, mais vous ne me l’avez pas donné pour le bon film". Cela prouve à quel point Leo McCarey avait conscience d'avoir réussi quelque chose d'unique avec Make Way for Tomorrow. Et on ne peut qu'être d'accord avec lui. Un film à voir absolument. 

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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