Nymphomaniac. Volume 1.

  Réalisation : Lars Von Trier

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 120 minutes

 

 

 

La chatte de Schrödinger

 

Il arrive souvent qu’on soit mitigé devant un film, qu’on le trouve moyen, ni mauvais, ni excellent. Ce n’est pas ce que j’ai ressenti devant ce film puisque je l’ai trouvé à la fois très mauvais et exceptionnel.

Il faut revenir un peu sur les conditions de sortie du film. Le director’s cut est censé duré 5 heures 30, Lars Von Trier a accepté que son film soit coupé et divisé en deux films. (le deuxième volume est attendu pour fin janvier). Ces méthodes sont quelque peu contestables et brouillent notre rapport avec le film. Ne voit-on qu’une ébauche ? Une version censurée et donc amputée ? Est-ce le résultat d’une promotion savamment orchestrée ? Le message expliquant la situation au début du film est donc assez pénible pour le spectateur qui a payé sa place.

Passons et analysons le film pour ce qu’il est. Le premier volume de la description de la vie d’une nymphomane. Lars Von Trier utilise le procédé assez (trop ?) basique du récit en flashbacks pour raconter les moments clefs de la vie de l’héroïne. Charlotte Gainsbourg (Joe) évoque donc sa vie à un inconnu (Seligman) dans une pette chambre et c’est à travers son regard a posteriori que sa jeunesse nous parvient. Cela permet au réalisateur de donner un sens précis aux différents chapitres de l’histoire. On peut aussi douter de la vraisemblance de ce qui est raconté comme le souligne l’auditeur du récit devant des coïncidences douteuses. Cependant une certaine lourdeur se dégage aussi puisque chaque extrait est ensuite commenté par les deux protagonistes qui se répètent souvent dans leurs interprétations. Le schéma est d’ailleurs assez répétitif, les protagonistes s’attardent sur un objet dans la pièce, cela sert de prétexte à une histoire et donc un flash-back qui s’appuie sur une métaphore plus ou moins fine. Le procédé déçoit donc et emprisonne le film dans une raideur qui dessert la force des différentes scènes prises séparément.

Cependant on ne peut contester que Lars Von Trier soit un brillant cinéaste. Les scènes sont réussies et souvent touchantes. La quête de sensations de la jeune adolescente nous intrigue et retranscrit bien les doutes d’une jeune fille qui découvre le sexe et s’interroge sur sa normalité. C’est donc un récit initiatique que nous propose Lars Von Trier, l’apprentissage vicié d’une femme qui découvre qu’elle a un pouvoir certain sur les hommes qui l’entourent et qui s’en sert. L’actrice débutante Stacy Martin s’en sort d’ailleurs très bien dans un rôle peu évident.

La question la plus épineuse est celle de l’idéologie portée par le film. Est-il féministe ou misogyne, subversif ou conservateur ? Tout à la fois ? C’est difficile à dire… Lars Von Trier a, on le sait, une vision très noire de la vie dans son ensemble. Nymphomaniac semble être un pamphlet contre le désir, contre le plaisir charnel. Joe ponctue tous ses récits par une pénitence. Son malheur est mérité car elle a pêché et le contre-point de Seligman est trop faible pour introduire une ambiguïté. Le film étant cependant coupé en deux, il convient de rester prudent sur ce point, car le message de l’œuvre est évidemment tronqué. Rendez-vous est donc pris pour le second volet.

3 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

1 vote. Moyenne 2.00 sur 5.