Only Lovers Left Alive

  Réalisation : Jim Jarmusch

  Sortie : 2014

  Genre : Drame

  Durée : 123 minutes

 

 


 

C’est long l’éternité, surtout vers la fin

 

Dilatation du temps

Jim Jarmusch revisite la mythologie si riche des vampires pour nous proposer sa vision de ces êtres immortels, hémoglo-dépendants. Il faut bien avouer que les films ne manquent pas sur le sujet. Outre les multiples adaptations du livre phare (qui a très mal vieilli) de Stroker, on pense évidemment en vrac à Entretien pour un Vampire, Le bal des Vampires,The Lost Boys, Hunger et plus récemment Morse et Twilight. Cette courte liste pour le moins hétéroclite tant en qualité qu’en style montre que le thème du vampire n’est pas vraiment un genre en soi mais plutôt un motif qui permet aux auteurs de développer certaines interrogations qui leur sont chères (cupidité, place des minorités, addiction, immortalité,…).

Et clairement ce qui intéresse Jim Jarmusch, c’est le rapport de ses personnages au temps. Les vampires qu’ils nous présentent sont en effet obsédés par le passé. Eve ne cesse de dater tout ce qu’elle touche comme pour mieux se repérer. Cela peut surprendre puisque l’immortalité de ces êtres aurait pu les sortir de cette angoisse du temps qui devrait plutôt être notre souci, humbles mortels. Et pourtant, Jim Jarmusch nous fait comprendre magnifiquement qu’ils sont aussi coincés que nous dans ce temps qui s’étire à l’infini. Leur oisiveté permanente confine à l’ennui perpétuel. Nos héros ne tuent plus et trouvent le sang qu’il leur faut en l’achetant. Ils semblent donc s’enfermer dans une vie morne et sans autre sens que la musique, qu’ils écoutent et qu’ils créent tout le temps. Seule la cousine de Eva, Ada, apporte une touche de spontanéité et de folie nous rappelant des figures plus communes de vampires. L’immortalité n’est alors plus le synonyme d’une puissance supérieure. Elle engendre seulement une lassitude difficile à vaincre qui englue totalement les personnages. Jim Jarmusch réussit l’exploit de filmer l’ennui sans ennuyer le téléspectateur, mission difficile s’il en est (n’est-ce-pas Sofia Coppola ?). Sa caméra tourne autour des personnages et nous hypnotise progressivement pour nous faire comprendre la morosité inhérente à la condition du vampire. Le temps semble disparaître pendant les deux heures que dure le film malgré son omniprésence. Il suffit alors de se laisser emporter.

 

Autant en emporte le vampire

Mais cette sensation d’une vie que rien ne peut arrêter ne dure qu’un temps. Et on comprend vite qu’Eve et Adam sont en réalité très fragiles. La mort imminente de ces immortelles est en effet soulignée à de nombreuses reprises. La balle en bois qu’achète Adam pour se suicider au début du film en est la preuve la plus évidente. Le marasme atemporel et routinier semble toucher à sa fin et quelque chose se fissure dans la vie des vampires dépeints par Jarmusch. Le maître d’Eve tombe d’ailleurs malade, le sang de qualité semble de plus en plus dur à trouver puisque les mortels deviennent nocifs avec leur sang contaminé. La menace pèse donc sur les suceurs de sang qui ne sont plus invulnérables.

Ces figures au visage pâle et émacié qui semblaient glisser hors du temps sont donc confrontées à leur fin. Le film prend alors une dimension crépusculaire et la ville de Tanger apparaît à la fois comme le dernier refuge possible mais aussi comme leur tombe finale. Le dernier plan plein d’ambiguïté est à la fois une renouveau pour les héros mais aussi peut-être la cause de leur trépas. Le temps après les avoir endormis les aura rattrapés. Jim Jarmusch signe donc un film sur ce que devient la vie quand elle n’a d’autre sens que la mort. Encore une fois les vampires ne reflètent finalement que nos angoisses profondes. 

4 1

MK

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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