Real

  Réalisation : Kiyoshi Kurosawa

  Sortie : 2014

  Genre : Drame, Science-fiction

  Durée : 127 minutes

 

 

L’attaque des fantômes philosophiques !

 

J’avais entendu beaucoup de bien du diptyque Shokuzai à sa sortie en France. Mais je n’avais pas pu le voir à l’époque. J’étais donc bien décidé à me rattraper et à découvrir l’un des grands noms du renouveau du cinéma japonais : Kiyoshi Kurosawa. (Aucun lien. Il est fils unique). C’est donc avec une certaine excitation que je suis allé voir Real, au concept de départ très intéressant : Koichi essaye de sauver son amie qui est plongée dans le coma grâce à un dispositif lui permettant d’entrer dans sa conscience. Un réalisateur de talent, un sujet novateur et poétique et tout ça au Japon, que demander de plus ? Un bon film peut-être…

 

Aussi subtil qu’un plésiosaure hors de l’eau

(c’est ça un plésiosaure :    

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cd/Plesiosaur_on_land.jpg)

Dès la deuxième scène, on sent que quelque chose cloche. Dans un laboratoire scientifique, un docteur à blouse blanche explique aux personnages (mais surtout au spectateur) le pourquoi du comment de sa machine avec un tas de mots compliqués qui font réaliste. Déjà c’est insupportable. Pourquoi vouloir absolument légitimer scientifiquement un concept de science-fiction dans un film qui se veut poétique ? Personne ne va avaler le transfert de conscience par onde électromagnétique… Il faut assumer le concept et envoyer directement le héros dans la machine. Personne ne se lèvera dans la salle pour dire : « Mais ? Comment il fait le Monsieur ? Cela n’est pas possible techniquement ! Ce film est un leurre !». Pourquoi prendre la peine de commencer le film par une scène explicative qui ne sert qu’à justifier bêtement le concept du film. L’unique intérêt que je vois à cette scène est de nous préparer à la tonalité du reste du film…

Car malheureusement après dix minutes plutôt bonnes qui nous redonnent espoir, le film redevient vite lourd, très lourd. En effet, on comprend très vite (10 minutes montre en main pour moi) qu’il va y avoir un twist. Et non seulement ce qui doit arriver arrive sans surprise, mais le comble c’est que tout, TOUT, est expliqué à travers de longs dialogues poussifs… (pour ceux qui iront voir le film, essayez de ne pas vous cogner la tête sur les murs lors de la scène de l’anagramme). Je ne spoilerai évidemment pas, mais ne vous attendez pas à bondir hors de votre fauteuil lors de ces pirouettes scénaristiques. En plus, elles sont incohérentes quand on y réfléchit deux secondes, mais j’aurais pu fermer les yeux sur quelques failles scénaristiques si le film se voulait avant tout poétique. Hors, hélas, Kurosawa veut faire un film à twist, et rien n’est plus indigeste qu’un film à twist sans subtilité…

 

Coma air de déja-vu

Non mais c’est quand même incroyablement énervant. Comment peut-on faire un film aussi plat et aussi banal avec un thème aussi onirique ? Une fois rentré dans la conscience de sa copine, Koichi se met à mener une enquête sortie d’un mauvais épisode de Cold Case. A part quelques fantômes épisodiques inspirés de l’imaginaire des films d’horreur japonais, un peu de flou pour bien nous faire comprendre qu’on passe dans une autre réalité et une jolie scène lors du twist, l’intérieur de l’esprit de la jeune fille est aussi chiant que la réalité… Notre héros essaye donc de comprendre un sombre mystère du passé qui hante leur présent. On a déjà vu cette histoire mille fois et rien n’est fait pour nous donner envie de la revoir une fois de plus. La mise en scène est plate, les dialogues sont ennuyeux et les personnages quelconques. Les effets de caméra sont réduits au minimum syndical : quelques plans atypiques pour nous rappeler qu’on est dans un univers mystérieux, et les classiques jeux sur l’apparition/disparition des fantômes à travers des champs/contre-champs brutaux mais là aussi déjà utilisés dans à peu près tous les films depuis les frères Lumière… Je ne comprends vraiment pas pourquoi le réalisateur ne profite des opportunités qui s’offrent à lui pour varier un peu sa composition et se permettre quelques audaces filmiques. Parce que ce n’est pas une pièce inondée qui va rendre hommage à la complexité de l’esprit humain. Et je ne parlerai même pas de la limite conscience/inconscience matérialisée par un brouillard.

Cette enquête se poursuit donc jusqu’au twist. Et la deuxième partie du film voit à la fois la résolution des pseudo-mystères installés à la truelle pendant la première heure, mais aussi un grand n’importe quoi censé être poétique mais qui au contraire plombe et matérialise tout ce qui avait encore échappé à la lourdeur générale du film. On ne peut pas reprocher à Kurosawa de faire les choses à moitié : la moindre petite trace de poésie et de non-dit sera attrapée au vol, et transformée en grosse allégorie lourdingue. L’une des rares bonnes idées du film, le dessin du plésiosaure et son explication (je vous ai déjà dit que toutes les idées du film étaient expliquées ?)  est complétement gâchée par la fin nanardesque du film.

Je n’avais pas été autant déçu par un film depuis très longtemps. Je ne retiendrai qu’une chose du film, un concept pour lequel je suis prêt à voir un spin-off : les « Philosophical Zombies » (à prononcer avec l’accent japonais). Enfin juste le nom, hein, parce que même un concept aussi cool, porteur de nombreuses promesses est utilisé de la manière la plus plate possible dans le film. Bon, je vais retourner voir Les sept samouraïs.

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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