Suspicion

  Réalisation : Alfred Hitchcock

  Sortie : 1941

  Genre : Thriller

  Durée : 99 minutes

 

 


 

Film soupcons26

 

Leçon de suspense

 

Dans la cinquantaine de films qu’a tourné Alfred Hitchock il y en a forcément de très célèbres et d’autres complétement ignorés. Suspicion (Soupçons en V.F) est entre les deux. Il est assez connu de nom, passe souvent dans les cinémas ou à la télé, mais il ne fait pas partie des films que l’on cite spontanément quand on parle du maître du suspense. Est-ce un film mineur ou moins réussi ?

 

Deux films en un

C’est la première chose qui frappe dans ce film. Il commence comme une comédie romantique typique d’Hollywood avec un Don Juan séducteur et parlant très facilement (rôle idéal pour Cary Grant évidemment) qui arrive à séduire une jeune fille propre sur elle et un peu timide. Cette partie marche très bien même si on se demande un peu si on est vraiment dans un Hitchcock. Les acteurs sont à l’aise et l’alchimie se crée parfaitement entre eux. Les dialogues ciselés sont amusants et on s’attache tout de suite au beau-parleur Johnnie.

C’est d’ailleurs sans doute à cela que sert cette première partie du film. Tout repose en effet sur ce couple et la relation qu’ils entretiennent. Passer autant de temps sur leur rencontre avant d’amorcer la phase plus inquiétante du film est donc tout à fait justifié et donne encore plus de force à la fin du film. Hitchcock réutilisera ses changements brusques dans la linéarité du scénario notamment dans Psycho où l’on passe d’un vol assez banal à un mystérieux serial-killer.

Une fois que le couple est bien installé dans l’esprit du spectateur, on comprend assez vite que Johnnie n’est pas le mari idéal que recherchait Lina ( incarnée par la récemment disparue Joan Fontaine) et on commence à voir poindre l’intrigue policière. En effet alors que Lina cerne de mieux en mieux le caractère de son mari, celui-ci contracte de plus en plus de dettes d’argent jusqu’à être acculé et prêt à commettre l’irréparable. C’est à ce moment que le film prend une autre dimension.

 

Quand le doute s’installe

En effet, Lina comprend peu à peu la situation dans laquelle est son mari. Elle sait aussi qu’elle ne peut plus lui faire confiance puisqu’il lui a déjà menti à maintes reprises. Le spectateur est d’ailleurs placé dans sa position, découvrant la vérité sur les petits mensonges de Johnnie en même temps qu’elle. Le doute s’installe donc aussi dans notre esprit. La disparition du nouvel associé de Johnnie est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle est désormais sûre que Johnnie veut la tuer.

C’est là véritablement le nœud du film. Une simple question : Johnnie est-il un assassin en puissance ? Toute la mise en scène d’Hitchcock tourne autour de cette question. Chaque plan, chaque déplacement de personnage, chaque dialogue est calculé au millimètre pour que l'on s’interroge en permanence sur les réelles intentions de Johnnie. Le spectateur est à ce moment totalement détaché du personnage et on ne sait plus du tout à qui on a affaire. Chacun de ses actes est suspect et devient inquiétant. La scène du verre de lait est, de ce point de vue, exceptionnelle. Lina est persuadée que Johnnie veut l’empoisonner quand celui-ci va lui chercher à boire. On le voit ensuite monter lentement les marches de l’escalier portant un plateau sur lequel trône le verre de lait le plus menaçant de l’histoire du cinéma. Hypnotique au milieu de l’écran, il est l’élément central de la scène. Hitchcock adore donner cette importance aux objets inanimés qui deviennent parfois des motifs du film (cf Le Crime était presque parfait). Pour cette scène, il est allé jusqu’à mettre une ampoule dans le verre pour que la blancheur du lait contraste avec l’obscurité de la pièce afin de focaliser les regards sur cet objet qui devient une arme de crime idéale.

 

Je ne dévoilerai pas le dénouement du film, évidemment. Mais peu importe qui est le réel coupable, la beauté du film réside bien dans ce suspense parfaitement mis en scène. Le film est aussi une réflexion sur ces indices, ces fausses pistes et coïncidences troublantes qui font naître le doute chez les personnages certes, mais surtout chez les spectateurs ou lecteurs d’histoires de meurtres et de crimes. Dans ce film datant de ses débuts, Alfred Hitchcock donne déjà quelques clefs de l’ensemble de son œuvre en nous montrant une leçon de suspense. A voir et à revoir.

5 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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