The Last Picture Show

  Réalisation : Peter Bogdanovich

  Sortie : 1971

  Genre : Drame

  Durée : 120 minutes

 


 

L'adolescence au fil du temps...

 

Je ne connaissais pas du tout Bogdanovitch en commençant ce film, je ne connaissais d'ailleurs de celui-ci ni les acteurs, ni l'intrigue, ni même le contexte de l'histoire. Je ne savais pas qu'il était inspiré d'un roman de Larry McMurty.  Je ne savais surtout pas que j'allais voir un chef d'oeuvre.

 

Teen movie

Les films sur l'adolescence sont nombreux. Ceux réussis sont rares. Quand ils ne donnent pas dans le vulgaire et le graveleux, ils passent souvent tout simplement à côté du sujet en n'arrivant pas à rendre compte de ce que signifie être au seuil de la vie adulte. Bogdanovitch y arrive parfaitement dans ce film qui nous conte la vie de quelques jeunes dans un village tranquille et sans histoires du Texas. Filmées en noir et blanc, les scènes sont toujours à hauteur d'hommes, sans envolée lyrique ou dispositif tape-à-l'oeil. Ce sont des scènes simples qui sont décrites, un quotidien dans lequel le réalisateur nous entraîne immédiatement notamment grâce à l'attachement qui crée avec les personnages.

 

La vie telle quelle

C'est en effet la force principale du film, les personnages (tant les premiers rôles que les personnages secondaires) sont particulièrement bien écrits. Le film ne tombe pas dans l'accumulation de clichés censés représentés l'âge de la puberté. Le beau gosse (un des premiers rôles de Jeff Bridges au cinéma) qui sort avec la bombe du village au début du film se révèle assez rapidement être un sympathique loser, mais pas tout à fait non plus...  Il est en effet impossible de coller des étiquettes à ces adolescents qui réagissent tout simplement de manière différentes aux situations de la vie et qui évoluent. Même les adultes sont très bien dépeints. On ne peut ainsi rester indifférent face au charme de Sam le Lion, propriétaire de la salle de billard et père spirituel du personnage principal.

L'autre force du film est qu'il ne prend pas les jeunes pour des abrutis. Leur réactions ne sont jamais exagérées et toujours compréhensibles. Ils sont aussi très matures et souvent surprenants dans leurs décisions. Que dire de l'histoire entre Sonny et Ruth ? Si ce n'est que sans fioritures, sans coup de théâtre et surtout sans jugement, Bogdanovitch en fait une magnifique histoire d'amour. Les conséquences des actes des personnages ne sont jamais prévisibles ni rocambolesques et c’est cette sincérité du récit qui finit par nous bouleverser. Le réalisateur ne cherche pas à respecter un cahier des charges prédéfinis. Il ne cherche pas à faire passer un message sur les jeunes en général, ni sur le Texas ou l’Amérique, il raconte juste l’histoire de plusieurs personnages dont les destins se croisent le temps de quelques années.

 

Avec le temps…

Le film ne suit en effet nos héros que pour quelques années et pourtant tout semble avoir changé à la fin du film. De manière très délicate et subtile, Bogdanovitch nous fait voir la force du temps sur les êtres. L’adolescence est bien sûr la période la plus propice pour observer les changements qui s’opèrent au fil du temps. Les jeunes qu’on découvre au début du récit sont devenus de jeunes adultes. La mort est évidemment présente pour nous rappeler qu’il n’y a pas de marche arrière, le voyage opéré par nos héros ne se fait que dans un sens. C’est un sentiment de nostalgie qui domine le spectateur quand le générique défile. La fermeture de la dernière salle de ciné de la ville marque évidemment la fin d’une époque. Mais là encore, le réalisateur n’appuie pas sa métaphore. La salle ferme dans l’indifférence générale et nos héros partent. Ce n’est pas un drame qui est joué devant nous, seulement le récit de la vie qui chemine doucement sans qu’on s’en aperçoive.

5 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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