Under the Skin

  Réalisation : Jonathan Glazer

  Sortie : 2014

  Genre : Science-fiction

  Durée : 108 minutes

 

 

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Faire la peau

 

Scarlett Johansson en extra-terrestre piégeant les humains, on se croirait devant un film de science-fiction de série B. Et pourtant c’est une œuvre d’une poésie rare et fascinante que nous propose Jonathan Glazer.

 

Des sables mouvants

Le film fonctionne avant tout grâce à son ambiance irrésistible. A l’instar de l’héroïne, Glazer nous prend au piège en nous entraînant peu à peu dans son univers sans que nous ne puissions y échapper. Une musique lancinante, des motifs qui se répètent, des plans relativement longs qu’on ne comprend pas tout le temps, cela suffit à nous emporter et même à nous hypnotiser. Le jeu parfait et la silhouette de Scarlett Johannson participent pleinement à cette séance d’hypnose auquel nous nous prêtons bien volontiers. Peu importe ce qui se passe réellement, peu importent les motivations des personnages, la succession des plans nous enfonce de plus en plus dans des sables mouvants sensoriels.

Pour réussir ce tour de force, il faut évidemment que l’image nous attire. Les plans qui se succèdent sont d’une beauté saisissante et très travaillée. La salle obscure et sans repère dans laquelle l’extra-terrestre tue ses victimes constitue la trouvaille la plus marquante visuellement du film, mais les scènes d’extérieur sont tout autant réussies et le spectateur ne décroche pas une seconde.

 

Désir de l’autre

Le personnage de Scarlett Johansson, qui n’est jamais nommé, n’a apparemment aucun sentiment puisqu’elle assiste à une série de noyades sans broncher. Son objectif est d’aviver le désir des hommes (et uniquement des hommes) afin de les détruire pour, on le devine, les ingérer.  Le corps humain est donc au centre du film. Qu’il soit parfait comme celui de la tentatrice, ou difforme comme celui qui réveillera des sentiments enfouies chez la tueuse.

L’extra-terrestre fait en effet connaissance de ce corps qui n’était qu’un instrument de tentation et de domination. Elle tente des choses et comprend qu’elle n’a d’humain que sa peau. Cette découverte se fera sous les yeux d’un mystérieux motard visible uniquement dans des séquences très courtes.

Jonathan Glazer décide de ne pas dévoiler les clefs de son œuvre facilement. Ce qui se passe devant nous peut donner lieu à de nombreuses interprétations et métaphores. Mais c’est surtout le thème du désir et de la consommation de la chair de l’autre qui domine. L’eau noire qui engloutit les victimes est sûrement aussi le désir physique, qui ne peut s’assouvir que dans la destruction de l’autre ou de soi. Tout désir de l’autre est un désir de dépasser la surface épidermique, désir de le pénétrer physiquement ou mentalement, de percer son enveloppe charnelle, souvent pour le pire, parfois pour le meilleur.

Under the Skin est une expérience cinématographique à vivre absolument. D’une beauté formelle hypnotique,  le film ouvre de multiples questionnements et prête le flanc à de nombreuses interprétations. Même si on peut lui reprocher d’en montrer un petit peu trop à la fin, Jonathan Glazer trouve le ton parfait pour nous toucher et nous entraîner dans la peau de Scarlett Johansson.

4 1             

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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