Vie Sauvage

 Réalisation : Cédric Kahn

 Sortie : 2014

 Genre : Drame

 Durée : 106 minutes

 

 

Vie sauvage mea

 

Le drame français


Ces derniers temps, les critiques ne tarissent pas d'éloges et semblent tous tomber d'accord sur Vie Sauvage, le dernier film de Cédric Kahn. J'ai lu ici et là qu'il avait été stagiaire de Maurice Pialat (rien que ça) et que Terrence Malick l'influençait beaucoup. Admirative de ces deux grands cinéastes, j'ai donc voulu moi aussi découvrir ce nouveau réalisateur prodige du cinéma français, qui en est pourtant à son neuvième film. Peut-être avais-je trop d'attentes, mais Vie sauvage, malgré de grandes qualités, m'a légèrement déçue.

Dès la première scène, nous entrons dans le vif du sujet. Une femme, Nora, allume fébrilement sa cigarette et met littéralement le feu aux poudres. Après des années à vivre en caravane dans la forêt , cette mère de trois enfants s'apprête à s'enfuir avec eux, pour avoir une maison, pour entrer dans les rangs de la société, laissant son mari, Paco, à ses convictions inébranlables. Après différentes mésaventures, nous retrouvons ensuite Nora quelques mois plus tard, qui a troqué ses dreadlocks contre un look plus sage. Elle vit désormais dans un petit appartement et Paco, qui vit toujours dans la forêt, vient chercher deux de ses enfants pour les vacances. Ils ne reviendront jamais.

Le film s'attache exclusivement à filmer la nouvelle vie de liberté de ce trio. Paco et ses deux enfants semblent d'abord couler des jours heureux, au milieu des poules et des arbres. Mais rapidement une fourgonnette de gendarmes nous ramène à la réalité. La justice et plus largement cette société dont ils souhaitent tant s'échapper, est à leurs trousses. Les trois personnages sont constamment contraints de fuir, de brouiller les pistes, de laisser en plan ce qu'ils avaient construit, le temps de quelques jours, quelques semaines, voire plusieurs années.

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Vivre en marge aujourd'hui, semble plus relever du combat, d'une lutte acharnée et vaine, que du rêve de bohème auquel on pourrait s'attendre. Ainsi, loin de s'attacher à l'aspect romanesque de la chose, Vie Sauvage reste indéniablement ancré dans la réalité. Quoi de plus beau que de se laver dans une rivière, que de passer des nuits à danser autour du feu, que d'observer un oiseau sur sa branche, mais quoi de plus dur qu'une pluie de plusieurs jours quand on n'a pas de toit, qu'éduquer des enfants quand on trimballe le même vieux livre depuis des années, que manger à sa faim quand on est introuvable, et que de vivre constamment dans la fuite et le mensonge.

C'est, je pense, dans cette ambivalence que réside toute la force de ce film, où jamais rien n'est tranché, où personne ne semble avoir tout à fait raison, ni tout à fait tort, où nous sommes contraints de constater froidement toute la complexité de la situation. Ainsi, si au début la lutte de ce père pour offrir autre chose à ses fils m'a plutôt impressionnée, j'ai vite compris la monstruosité insidieuse qui se logeait dans un tel choix, dans la peine infligée à cette mère et la prison plus ou moins dorée imposée à ces enfants. Et grâce à son jeu excellent, Mathieu Kassovitz parvient à basculer subtilement au fur et à mesure de l'histoire, d'homme attachant à vieux con obsessionnel. A quoi sont réduites toutes ces belles idées de nature et de communauté, quand on en arrive à souhaiter faire « dégager » le clan de punks venu s'installer à proximité ? Soudain, qui devient le sauvage de qui ?

Mais je vous disais en introduction que j'avais été déçue. Peut-être à tort, j'en conviens, car je m'attendais sans doute à une ode à la nature à la manière de the Tree of Life, à en prendre plein les yeux, et à pleurer comme une madeleine (oui je suis comme ça). Or la mise en scène très dépouillée m'a dérangée. Je trouve qu'elle donne un aspect « téléfilm français de l'après midi » à cette histoire. Les scènes au commissariat semblent presque documentaires. Cela a un peu anesthésié mes émotions et d'après moi manque singulièrement de puissance. Malgré tout je suis sortie de la salle avec une certaine aigreur, une certaine amertume, et plein de questions réjouissantes sur la vie, la société, les histoires d'amour et familiales, et la légitimité de mes rêves de grands espaces...un pari à à moitié réussi donc. Avis aux amateurs !

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Ophélie C.

Je viens de terminer mes études en histoire de l'art et j'écris pour différents supports culturels.


Côté ciné, plus un film est bizarre, long et sans dialogue, plus ça me plaît... Mais je me soigne !

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