La cité de dieu

  Réalisation : Fernando Meirelles et Katia Lund 

  Sortie : 2002

  Genre : Drame

  Durée : 130 minutes

                                             


Citedieu

 

Dans l’atmosphère bouillante d’une favela brésilienne, les enfants côtoient quotidiennement la violence et les règlements de compte. Avec une description comme ça, on imagine déjà le film dur et éprouvant sur la misère, les larmes et le sang. Or, City of God est étonnamment un film plein d’énergie, extrêmement écrit et terriblement attachant.

 

Tous victimes, tous bourreaux

 

La Cité de Dieu se construit à l’image de ses protagonistes dans une course effrénée et insolente dans les rues de Rio. Un vivier conséquent de personnages survoltés, de nombreuses ellipses, une mise en scène dynamique, tout cela donne une impression de mouvement constant qui ne laisse pas le temps aux situations de stabiliser. Il n’y a donc pas de statut quo dans City of God, tout retournement de situation sera à son tour balayé par un autre événement. Et c’est une idée particulièrement brillante  d'adapter la forme du film à la façon dont ses protagonistes vivent leur vie. Ces enfants et adolescents, ivres de pouvoir et d’argent facile vivent en effet dans un présent perpétuel qui ne laisse aucune place à la contemplation et au repos. Il faut s’adapter aux circonstances et braver les dangers de manière insolente jusqu’à la mort inévitable. Le film suit ce fil si étroit sur lequel dansent tous ces criminels inconscients avant de tomber. Il ne pose d'ailleurs quasiment aucun jugement moral sur ce qu'il filme. Le narrateur est certes non-violent pour faciliter l'identification du spectateur. Cependant, il ne justifie pas son comportement par des valeurs morales mais plutôt par la peur de mourir et un manque de débrouillardise. Le regard qu'il porte sur sa cité (et qui prolonge celui du réalisateur au sein du récit) est celui d'un photographe qui ne cherche qu'à capter le réel. En évitant de filmer les favelas de haut, et de juger ses personnages le réalisateur rend son film beaucoup plus puissant.

Et c’est là, en effet  la plus grande force du film. A travers une galerie de personnages hauts en couleurs qui ne s’apitoient presque jamais sur leur sort, La cité de dieu dresse un tableau glaçant de cette favela. La nonchalance et l’insouciance des enfants vis-à-vis des armes et de la mort est au coeur du récit. La tonalité du film qui se permet quelques gimmicks (ralentis, pause lors de la présentation des personnages, jeu avec la voix-off…) sans aller jusqu'à l'extrême tarantinesque, est en décalage avec l’horreur des situations présentées et le nombre de cadavres qui s’accumulent. Le dernier plan du film, qui glaçe le sang, illustre parfaitement ce contraste

 

Cityofgod2

Peter Parker n'en croit pas ses yeux

 

Une écriture parfaitement maitrisée

 

Alors que les films de « gang » misent d’habitude sur une narration sobre et organique pour filmer de manière viscérale l’horreur des combats, La Cité de Dieu est extrêmement ciselé dans sa narration. L’intrigue est découpée en de multiples arcs narratifs sur des périodes différentes et John Meirelles raconte son histoire en superposant les différentes récits pour mieux les imbriquer. Toutes les pistes et tous les personnages se recoupent en effet à un moment ou à un autre. Les flash-backs servent ainsi à mettre en lumière un aspect différent de ce qui se passe ou à permettre quelques rebondissements de situation. Ce parti-pris peut déranger car il détache un peu le spectateur de la violence du récit, en rappelant que tout cela n’est que fiction. Il pourrait même faire tomber le film dans un exercice de style artificiel d'autant plus dérangeant que le sujet est tristement réél.

Cependant, cette façon de maîtriser tous les fils de l’histoire donne surtout au film l’aspect d’une tragédie grecque. Tout ce qui se passe n’est jamais le fruit du hasard et chaque décision d’un personnage aura des conséquences dans la suite du récit. Meirelles par, sa façon de tenir son récit, fait de la violence, un mouvement auto-entretenu qui ne peut jamais s’éteindre totalement.

 

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Les armes à feu sont pour les enfants des instruments magiques qui les transforment en adultes

 

City of God est l'un des meilleurs films du début du XXIème siècle et s'inscrit au panthéon des grands films de gangsters. Parfaitement écrit et mis en scène, il capture dans un rythme jovial et effréné ce qu'il ya de plus terrible dans la violence : ses cycles perpétuels et l'impossibilité de l'innocence.

 

5 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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