2013 : Le top 10 !

            1.    La vie d’Adèle, Abdellatif Kechiche

 

Je ne ferai pas dans l’originalité pour mon film préféré de l’année 2013 mais il était impossible de ne pas choisir le film de Kechiche. La Vie d’Adèle, raconte, certes un amour homosexuel, mais il raconte avant tout un amour asymétrique. Adèle n’a de yeux que pour Emma alors qu’on se rend rapidement qu’Emma, issue d’une famille aisée et future grande artiste, méprise la vie modeste et sans ambition créative d’Adèle. C’est l’histoire de cet échec amoureux que raconte le réalisateur avec la maestria qu’on lui connaît. La caméra capte tous les sentiments des personnages en ne les quittant jamais, en ne leur épargnant rien. Les corps sont beaux dans leur naturel, les visages sont fascinants car sans artifice. Le jeu formidable des actrices renforce la dynamique de Kechiche et nous voilà avec les personnages, plongés dans leur vie. Dans sa vie.

 

            2.    Blancanieves, Pablo Berger

 

Ce petit film espagnol de Pablo Berger a vite été oublié, et pourtant c’est un petit bijou. Libre adaptation de Blanche-Neige au pays des matadors filmé en noir et blanc, le film nous emporte dans sa féerie par son esthétique sublime et sa musique entraînante. Impossible de rester indifférent à l’ambiance de fête et de deuil que nous propose le réalisateur. Malin, beau, touchant, si vous êtes passés à côté, n’hésitez pas à vous procurer cette ode à la vie et à la mort.

 

            3.    Camille Claudel 1915, Bruno Dumont

 

Le choix audacieux de Bruno Dumont de faire jouer de vrais handicapés mentaux autour de Juliette Binoche pour raconter les dernières années en asile de Camille Claudel aurait pu tourner à l’exercice de style malsain et voyeur. Il n’en est rien. Le film au contraire gagne en humanité et en sincérité. Bruno Dumont trouve l’angle parfait pour aborder ce film en laissant s’étirer les séquences et en nous installant avec les pensionnaires de l’asile. Son regard ne juge pas, il n’est pas non plus compatissant. Il observe uniquement des gens, réunis pour leur incapacité à se fondre dans la société, vivre ensemble. Et c’est bouleversant.

 

            4.    La Grande Belleza, Paolo Sarrentino

Rome n’avait plus été aussi belle depuis Fellini. Chaque plan est un plaisir pour le spectateur. Sarrentino capte à la fois la profondeur de Rome et la vacuité de ses habitants. La vie mondaine et stérile du personnage principal n’est pas sans rappeler le personnage de 8 ½. Jep Gambardella traîne sa célébrité de soirées en soirées, sans trouver ce qui le pousserait à écrire. Les scènes se succèdent et ne se ressemblent pourtant pas, Sarrentino réussissant à nous surprendre tout au long du film. Un film magnifique. Avec une girafe.

 

            5.    Only God Forgives, Nicolas Winding Refn

 

La presse a étrillé ce film. Pourtant, même s’il n’égale pas l’incontournable Drive, j’ai personnellement retrouvé tout le génie de Refn dans ce film. La violence n’est pas gratuite, ni valorisée. Stylisée, elle reste repoussante et abjecte. Certaines scènes sont tout simplement brillantes (je pense notamment au combat à mains nus entre les deux protagonistes) et l’ensemble du film est totalement maîtrisé. Refn s’impose du plus en plus comme un réalisateur majeur de notre époque.   

 

            6.    La Vénus à la Fourrure, Roman Polanski

 

En parlant de réalisateur majeur, Polanski a déjà prouvé qu’il était un maître incontestable du 7ème art. Si ces œuvres majeures sont (peut-être) derrière lui, ses films plus modestes restent des moments de pur bonheur. Ce huis-clos (évidemment) entre Amalric et Seigner est captivant. Polanski sait parfaitement ce qu’il fait et inverse les rôles et les codes continuellement entre le metteur en scène mortel et la divine actrice, canidate au rôle. Tout s'enchaîne parfaitement et le film se construit comme une une montée en tension permanente jusqu'à l'apothéose.

 

            7.    A Touch of Sin, Jia Zhang Ke

On est soufflé par la puissance qui se dégage de la charge qu’adresse contre la société chinoise. Succession d’histoires qui n’ont en commun que la violence débridée des personnages, le film ne connaît aucun temps mort et brosse un tableau effrayant et saisissant de la Chine contemporaine. Tout le monde semble prisonnier d’un destin implacable et les êtres semblent se débattre comme ils peuvent pour survivre dans un monde chaotique. Un film fort et intense.

 

            8.     Frances Ha, Noah Baumbach

Un peu de légèreté avec le délicieux Frances Ha qui fut l’une des belles surprises de l’année. Portée par une actrice formidable, le film décrit les péripéties d’une jeune femme sans repères, déboussolée par le départ de sa colocataire et qui tente de trouver sans trop se soucier des pépins de la vie. Rafraîchissant et pertinent, le film est aussi la photographie d’une génération à la fois nonchalante et curieuse.

 

            9.     Blue Jasmine, Woody Allen

Un top 10 sans Woody serait un top 10 scandaleux. Je ne pense pas être aveuglé par mon adoration pour le cinéaste (laissons l’homme de côté cinq minutes) en incluant ce film dans ma liste. Là aussi, le récit est porté par une actrice prodigieuse (Cate Blanchett) qui campe une bourgeoise déchue par les trahisons de son mari, se retrouvant sans le sou. Le concept de base, légèrement manichéen, est transcendé par le regard que pose Woody Allen sur ce destin de femme trompée. Le rire n’est jamais très loin de la pitié et de la compassion. Le dernier plan est parfait. Woody Allen n’est pas mort.

 

           10.   Inside Llewyn Davis, les frères Cohen

Autres habitués des grands films, les frères Cohen nous ont proposé cette fois-ci une ballade intimiste et mélancolique sur fond de folk. Tout en subtilité et en sobriété, le film nous montre les échecs successifs d’un guitariste qui veut gagner sa vie en chantant sa tristesse. L’empathie du spectateur pour ce pauvre héros est immédiate. On rit, évidemment, comme dans tous les Cohen, et on est ému du sort du héros et de son chat, le doux bercé par de doux accords de guitare.

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

 EXTRA TIME :

Je ne permettrai pas de commenter ce top dans la mesure où je n'ai pas vu tous ces films (c'est un euphémisme). Je ne proposerai donc pas mon propre top mais un complément de cette liste avec des films qui sont pour moi des incontournables de 2013 (et des films de science-fiction ou d'action, ça manque cruellement de variété ici !) :

 

            1.    Le loup de Wall Street, Martin Scorsese

Pas besoin d'explications pour celui-là, je vous réfère à l'excellente critique de mon compère.

  

            2.    Star Trek, Into Darkness, J. J. Abrams

La suite de l'orgie de lens flares par J.J. Abrams, qui se révèle une suite intéressante au premier volet sorti en 2009. Un film qui-ne-devait-pas-se-référer-à-l'original-mais-qui-le-fait-quand-même. Rassurez-vous, pas besoin d'être Sheldon Cooper pour apprécier Star Trek, ils ont largement été remis au goût du jour et si vous appréciez les étoiles, les tenues flashys et Leonard Nimoy, vous devriez apprécier ce reboot de la franchise. (Khaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan)

        

            3.    Le Hobbit : la Désolation de Smaug, Peter Jackson

Comment passer à côté de la pierre angulaire de l'héroïc fantasy moderne au cinéma ? Impossible, d'autant que vous pourrez retrouver l'acteur de Khan pour faire la voix de Smaug le terrible dans ce volet moins long et plus ennivrant que le premier (pas de chanson de nain, c'est promis). Par contre, vous devrez faire avec Legolas. Ouais je sais c'est pas de pot.

 

            4.    Pacific Rim, Guillermo Del Toro

Des aliens contre des grosses machines. CQFD. Succombez au petit plaisir coupable de 2013... Je l'ai fait et je ne l'ai pas regretté. C'est sûr là on est loin de la vie d'Adèle. Je vous ai dit que c'était des aliens qui se battaient contre des grosses machines ? Et que Shia LaBoeuf ne fait pas partie du casting ?

 

On pourra y ajouter pêle-mêle Hunger Games 2, Man of Steel, Rush et même Iron Man 3. Haha, non je rigole pour Iron Man...

MH

Martin Hervieu

Programmeur à mes heures, je reste avant tout un enfant des Dents de la Mer qui en plus de m'avoir donné mon prénom m'a donné un nouveau dieu.

Sinon, je joue aussi à des jeux et je regarde des films et surtout beaucoup de séries. Et pas que des biens.

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