Ex Machina

Auteur : Brian K. Vaughan, Tony Harris 

Editeur : Vertigo

Sortie : 2004-2010

Nombre de numéros : 50

 

 

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L'homme qui murmurait aux oreilles des micropuces

 

 

Créé en 2004 et composé de 50 numéros, le comics Ex Machine raconte le mandat de Mitchell Hundred, maire de New-York et ancien super-héros. Il est écrit par Brian K. Vaughan, l’un des scénaristes les plus importants du moment, créateur du succès Y : The Last Man et actuellement derrière la série Saga, acclamée par la critique. Tony Harris est au dessin dans un style assez figé qui peut rebuter certains lecteurs (il s'inspire de photographies pour dessiner à l'instar du très contreversé Greg Land).

 

 

The West Wing version DC comics

 

C’est la principale force du comics. Vaughan ne sert pas de la fonction de marie du héros comme d’un simple prétexte. Les intrigues politiques sont aussi importantes que le mystérieux superpouvoir du Mitchell. L’auteur n’hésite pas à traiter des sujets aussi variés que la légalisation du cannabis, l’avortement, la peine de mort, la religion, la place de la communauté noire ou la guerre en Irak. Les dialogues particulièrement bien écrits et souvent très malins nous montrent des aspects différents de ces problèmes entre idéaux et manœuvres politiciennes. La bonne idée du scénariste est d’avoir fait de Mitchell un candidat indépendant, ni démocrate, ni républicain, qui triomphe à l’élection après être apparu comme un héros lors des événements du 9/11. Ses avis, généralement progressistes et portés par le bien commun, sont pourtant parfois plus nuancés voire franchement conservatrices. Sa relation avec son adjoint, ancien démocrate et progressiste convaincu, fluctue au fil des épisodes et nous montre un personnage en permanence travaillé par le doute. Un personnage surtout auquel on s’attache de plus en plus.

 

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 Un maire presque normal

 

Hundred for President

 

Drôle, intelligent, fragile, sceptique et plein d’idéaux, Mitchell Hundred semble être l’ami idéal, et on suit avec plaisir ces aventures. Le récit commence après son élection et sa retraite de super-héros mais de nombreux flash-backs retracent sa vie antérieure tout en faisant habilement échos aux dilemmes qu’il affronte dans le présent. Après avoir touché un objet mystérieux, Hundred est capable de communiquer avec les machines. Ce pouvoir, à la fois bénédiction et malédiction comme dans tout bon comics qui se respecte, est l’un des fils rouges du récit puisque le maire essaye de comprendre l’origine de ces pouvoirs, une origine qui sera finalement dévoilée et qui se révèle bien plus terrifiante qu’il n’aurait pu l’imaginer.

 

Face à l’ensemble des personnage secondaires, le lecteur se retrouve souvent (pas tout le temps) à prendre parti pour Mitchell qui incarne à la fois la sagesse mais aussi la faiblesse inhérente à l’homme. Le personnage est ambigu mais sans être sournois. Sa sincérité dans l’appréhension du monde politique en fait une sorte de modèle politique. Après avoir construit ce personnage dans les deux premiers tiers de l’eouvre, Vaughan a cependant l’intelligence de le remettre radicalement en question dans les derniers arcs narratifs. Les derniers rebondissements obligent le lecteur à repenser le parcours du personnage et donnent au récit une dimension supplémentaire à la fois cruelle et tragique.

 

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 Presque...

 

 

Des problèmes de rythme

 

L’association de la vie politique new-yorkaise et de menaces surnaturelles plus traditionnelles des récits de super-héros est une excellente idée. Mais elle souffre de quelques petits défauts dans l’exécution. Les menaces sont un inégales dans leur intérêt et souvent la résolution est un peu décevante. Hundred n’est pas assez mis en danger à mon goût. Le récit autour de la pierre qui lui donne le pouvoir prend une dimension énorme et va très loin dans l’improbable ce qui ne serait pas un problème (surtout pour un lecteur assidu de comics) si les événements n’étaient pas brusqués. On a du mal à être imprégné de l’ampleur de la menace et du schéma maléfique qui s’articule autour de Hundred. Il aurait peut-être fallu mieux répartir les révélations.

 

Les explications se font en effet dans le dernier arc narratif et à peine a-t-on le temps de comprendre les enjeux qu’ils sont déjà résolus. C’est le même reproche qu’on peut faire au tout dernier chapitre, une fois les enjeux-surnaturels évacués, qui révèle des informations majeures sur le personnage de manière un peu trop brutale. Même si les idées sont très intelligentes et cohérentes avec le récit, on aurait aimé qu’elles s’installent plus progressivement pour nous laisser le temps de les ingérer et de les savourer.

 

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Ta ta taaaaaaaaaaa !

Intelligent, original et souvent drôle Ex Machina est un comics très agréable à lire. Il saura flatter les connaisseurs en super-héros mais aussi les amateurs de fantastique de manière plus générale. Malgré un rythme parfois mal dosé, on dévore assez vite les dix volumes pour savoir si la carrière politique de Mitchell va décoller, avec ou sans jetpack. 

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Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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