Spirou & Fantasio, l'intégrale - Tome 1

Auteur : André Franquin

Editeur : Dupuis

Sortie : 2006. Histoires publiées entre 1946 et 1950

Pages : 208 pages

 

 


 

A groom is born

 

Toute ma jeunesse a été bercée par les mythes franco-belges : Tintin, Gaston, Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, Babar… Mais une icône de la BD belge est restée loin de mes piles de bouquins mal rangées : Spirou. Oh, j’ai dû lire une BD vite fait, et je connaissais Fantasio grâce à Gaston Lagaffe mais guerre plus. Je n’ai d’ailleurs jamais lu un magazine de Spirou de ma vie. Un voyage à Bruxelles, lors de la célébration des 75 ans du célèbre groom m’a décidé à acheter le premier tome de l’intégrale qui lui est consacrée. Ce tome réunit ses premières aventures. Enfin plus précisément, à partir du moment où Franquin reprend le flambeau en 1946 alors que Spirou a été créé en 1938. C’est donc l’arrivé de ce génie dépressif qu’est André Franquin que retrace ce premier volume.

 

Gags à gogo

Le volume réunit chronologiquement des histoires courtes publiées dans les hors-séries et dans les tout premiers albums de Spirou (« Quatre aventures de Spirou et Fantasio », « Les chapeaux noirs ») ainsi que quelques inédits. C’est donc de la BD very old-school qui est proposé avec des pages en gaufrier (série de petites cases) et des gags réguliers pour garder l’attention des lecteurs. Les scénarii sont des prétextes pour mettre les héros dans des situations cocasses. Les récits sont aussi tournés vers l’aventure, Spirou et Fantasio affrontent de nombreux méchants et on est parfois étonné de la violence des combats, parfois entre des enfants, dans ces histoires destinés au jeune public (pas de sang bien sûr, mais des uppercuts très bien placés !). J’étais pourtant sûr que c’étaient les mangas qui avaient perverti la douce jeunesse européenne.  Pas de Marsu ni ne Champignac encore, les deux héros partent dans divers intrigues au fil des rencontres sans réelle cohérence. L’aspect feuilleton des publications sous forme de strips dans les journaux est donc très présent.  

Des histoires d’un autre temps donc. Et pourtant, quel plaisir ! J’ai ri à chaque page. Les gags arrivent à nous surprendre parfois par leur originalité, parfois par leur naïveté. Et on dévore donc ces petites histoires le sourire aux lèvres. J’abordais ce livre comme un témoignage sur la naissance d’un héros et j’ai eu la surprise de me laisser emporter par les aventures du jeune groom.

Les dessins de Franquin sont encore un peu primaires mais ils évoluent très vite au fil des pages et on sent déjà sa facilité pour créer le dynamisme et la légèreté qui s’adaptent parfaitement au ton d’aventure joyeuse du récit. Il s'affranchit très vite des traits de Rob-Vel, créateur de Spirou pour donner sa propre vision du personnage, celle qui connaîtra le succès que l'on connaît. Quelques cases plus grandes et plus travaillées montrent aussi qu’il se lie progressivement à Spirou et qu'il peut se permettre s'essayer de nouvelles choses. On sait à quel point Franquin marquera ce personnage et tout le 8ème art plus largement. C’est presque émouvant de le voir progresser devant nous.

 

Ya bon l’humou’ belge !

Il faut quand même le dire. C’est sacrément raciste. L’histoire de Spirou chez les Pygmées est juste incroyable. Son twist final est à mourir de rire tellement le racisme colonial de l’époque semble désuet de nos jours. Certains seront choqués sûrement, ceux qui préfèrent que Tintin enseigne les mathématiques aux petits congolais et n’aiment pas trop qu’il tue les gazelles à la chaîne. Mais c’est une part intégrante de l’œuvre et comment ne pas comprendre qu’il s’agit d’une époque différente. Alors oui certains gags sont racistes, mais ce n’est pas une raison pour se priver de ces histoires qui ne sont plus de notre temps mais qui sont toujours aussi intéressantes à lire.

 

Si vous aimez un tant soit peu la bande dessinée belge, n’hésitez pas et foncez les yeux fermés. C’est un bond dans le temps rafraîchissant et très drôle qui permet aussi de voir les premiers pas d’un des plus grands noms de l’histoire de la BD : Mr André Franquin.

4 1

 

Mehdi Khnissi

Enfant caché de Jean Grey et de Babar, je collectionne les bilboquets en bois.

Je regarde beaucoup de films longs et lents pour oublier l'absurdité de nos vies et je joue à FIFA aussi.

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